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Mercredi 16 janvier 2008
Sur Critico-Blog
Quel début d'année !

  Wooouufff, quelle rentrée ciné pour ce début d'année 2008 !

Plusieurs très très bons films à l'affiche, boudés par les grandes chaînes Gaumont ou Pathé, alors que les queues s'allongent de week-end en week-end dans les petits cinés qui ont l'honneur de les distribuer.
Tous ont ceci en commun de peindre de beaux portraits, de nous ouvrir les yeux en nous donnant de belles leçons et d'être de très très beaux moments de cinéma.
Cliquez sur les vignettes pour accéder aux différents billets.
         Vu et aimé !Vu et aimé !             
Vu et aimé !Vu et aimé !Vu et aimé !







It's a free world, est une belle et forte leçon de Ken Loach et c'est LE film incontournable de ce début d'année.

La visite de la fanfare et La graine et le mulet sont plus contemplatifs mais dressent de beaux portraits, tout en subtilité et en humanité.

California Dreamin' est une curiosité déroutante et là encore, une belle leçon nous est donnée, même si c'est sur un autre registre qu'avec Ken Loach.

Shotgun stories enfin, une histoire de vendetta entre demi-frères dans un trou perdu de l'Arkansas.

2008 commence vraiment très très fort ! À vos tickets !

Pour celles et ceux qui aiment les belles toiles.
D'autres avis sur Critico-Blog.
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Mardi 15 janvier 2008

L'apprentissage de la vie.

Hasard des coïncidences, nous voici en ce changement d'année avec deux pavés bien semblables :
- aujourd'hui, Le destin miraculeux d'Edgard Mint de Brady Udall
- et Le demi-frère de Lars Saabye Christensen dont on parle aussi.
Deux gros pavés qui se ressemblent à plus d'un titre : tous deux racontent des histoires d'enfance ou d'adolescence, tous deux sont issus de belles plumes amples et généreuses, tous deux campent des personnages et des décors hauts en couleurs.
Et, plus surprenant, les héros des deux bouquins sont tous deux accompagnés d'une ... machine à écrire.
D'habitude on n'est pas trop fan des histoires de gosses, mais ces deux auteurs n'écrivent pas comme s'ils avaient 13 ans et ils ont depuis bien longtemps oublié la naïveté de l'époque où ils n'avaient pas encore de poils au menton : c'est de la vraie littérature, pour adultes, c'est dur et c'est fort.
Brady Udall, on connait déjà : on l'avait découvert récemment avec quelques nouvelles qui valaient le détour et étaient même montées sur le podium du Best-of 2007.
Revoici donc cet auteur avec un gros roman et toujours un art très abouti de camper toute une histoire en quelques lignes :
[...] Dans le jardin de devant se dressait, squelette calciné, un vieux peuplier frappé par la foudre qui n'offait pratiquement pas d'ombre jusqu'à ce que ma mère ait pris l'habitude d'accrocher des boîtes de bière aux branches noircies à l'aide de fil de pêche. Les centaines de canettes, auxquelles une bonne douzaine venait chaque jour s'ajouter, tintaient doucement quand la brise se levait, mais elles ne contribuaient guère à donner de la fraîcheur à la maison.
Et on n'est là qu'à ... la première page du bouquin !
Un roman ample, foisonnant, débordant d'imagination, de drôlerie, de tendresse mais aussi de dureté, qui raconte l'histoire d'Edgar, un gosse à moitié abandonné (disons plutôt aux trois-quarts abandonné) qui fera le dur apprentissage des choses de la vie.
Un gosse «cabossé» (à sept ans, la jeep du facteur lui roule sur la tête) comme tous les personnages perdus dans cet ouest américain et qui vont l'accompagner pendant un bout de chemin, jusqu'à ce qu'Edgar retrouve la paix dans sa tête malmenée.
Edgar, c'est aussi un demi-Apache et l'on retrouve donc dans cette histoire quelques échos aux histoires d'indiens de Tony Hillerman dont on parlait il y a peu.
Enfin, Brady Udall est mormon et si cela ne transparaissait guère dans ses nouvelles, ici, quelques chapitres pleins de tendre ironie font la part belle à une famille de l'Utah qui reccueille le jeune Edgar.
Mais au fil des nombreuses pages, le roman est peut-être un peu répétitif et, s'il s'agit d'une première découverte de Brady Udall, on préférera les petites nouvelles plus percutantes de Lâchons les chiens.


Pour celles et ceux qui aiment les grandes fresques américaines.
D'autres avis sur Critiques libres.
Chimère parle de ces deux bouquins, elle aussi.
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Lundi 14 janvier 2008
Sur Critico-Blog
V pour Vendetta.

Attention, un titre peut cacher un film : Shotgun Stories n'est pas une fusillade de Tarentino ou de Hong-Kong  mais un film contemplatif de Jeff Nichols.
À England, Arkansas, petite bourgade US de 3.000 âmes errantes, perdue au milieu des champs de cotons on s'ennuie ferme et on regarde les couchers de soleil en buvant des bières sur la véranda et en écoutant le bruit lancinant des trucks sur la grande route.
Les images sont superbes, un véritable album photos, mais l'ennuie colle aux boots ...
Les 3 frères Hayes traînent dans la chaleur de l'été et tournent en rond sans avenir : l'un campe dans le jardin, l'autre vit dans un van dont il répare l'autoradio, l'aîné bosse un peu dans une ferme d'élevage (et ces images de pêche sont les plus belles du film).
Ces 3 frères qui, merci maman, ont grandi dans la haine de leur père qui les abandonnés, sont tellement accrochés les uns aux autres que les femmes ont bien du mal à se faire une place entre eux.
Sauf que le père en question a essaimé un peu plus loin une autre fratrie élevée, celle-ci, dans l'amour du prochain et du Seigneur.
Tout ça, on s'en doute, va se gâter à la mort et à l'enterrement du père des uns et des autres.
C'est l'engrenage, et peu à peu, la violence et la tension montent.
Les mots (mais il y a peu de mots dans une région comme celle-là), puis les poings et enfin les armes.
On se croirait dans une version moderne d'un roman de Thomas Savage.
Le tout aiguillonné par une espèce de diablotin improbable, Shampoo (celui assis sur la voiture sur l'affiche), qui s'occupe de verser de l'huile sur le feu dès que c'est inutile et d'apprendre aux uns ou aux autres ce qu'ils n'avaient surtout pas besoin de savoir.
Le bain de sang n'est pas loin et on serre les fesses.
Mais c'est sans compter sur l'astuce de Jeff Nichols et de son scénario.
Quelques morts plus loin (quand même !), la vie ennuyeuse de England, Arkansas, reprend son rythme lent, comme une chanson de country (belle musique), et l'on se remet à regarder les couchers de soleil en buvant des canettes.
S'est-il vraiment passer quelque chose dans ce trou perdu cet été là ?

Pour celles et ceux qui aiment les histoires de famille.
D'autres avis sur Critico-Blog.
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Vendredi 11 janvier 2008

Un détail de l'Histoire.

Incursion frileuse au Théâtre de la Bastille et dans ce qu'on appelait autrefois le théâtre d'avant-garde.
Voici Sauve qui peut (pas mal comme titre), une pièce à sketches adaptée des Dramuscules de Thomas Bernhard et jouée ici par une troupe belge tg San.

Le mélange est détonnant et il faut retenir les noms des deux.
De l'autrichien Thomas Bernhard, troublion provocateur, on goûte l'art de relever dans les dialogues les plus quotidiens les relents de racisme ou de fascisme les plus honteux. Ces bons bourgeois qui finalement regrettent un peu le bon temps où la police tenait la rue et savait tirer dans le tas, dans cette racaille, qu'il s'agisse désormais des étudiants ou des turcs, voire des yougoslaves.
[...] Finalement, les juifs, bla bla bla, bla bla bla, c'était quand même pas si terrible que ça dans les camps. Hein ? Dans les petits camps. Les petits camps.
Du trio belge tg Stan, on déguste l'art de mettre en parole les mots.
Une maîtrise parfaite de la diction. Un travail essentiel et stupéfiant sur le texte.
Un art consommé de ciseler les mots, de rechercher ceux qui font mal et de les ramener de loin, de les remonter à la surface du dialogue, de vous les répéter en pleine figure jusqu'à ce qu'on comprenne l'intégralité et la puissance de leur pouvoir maléfique.
On est littéralement suspendus aux lèvres de ces trois-là et notamment de Jolente de Keersmaeker.
Entre chaque saynète, quelques pitreries : on s'y déshabille et se rhabille, comme pour mettre à nu puis déguiser l'horreur de ces gens-là.
Le texte dit est si bien dit qu'on les trouve parfois un peu longuets ces intermèdes, oui mais c'est peut-être la condition nécessaire pour décompresser, respirer un peu d'air et d'humour avant de repartir, impatient et concentré, pour le texte suivant.
Ces rares textes (parfois inégaux mais au moins trois sur cinq valent à eux seuls le déplacement) ont un petit goût de trop peu.
Je ne sais pas si on aura l'occasion de retourner au théâtre de la Bastille mais ce qui est sûr, c'est qu'on essaiera de ne pas manquer le prochain spectacle de tg Stan.


Pour celles et ceux qui aiment se faire secouer les neurones.
L'avis de Théâtre On Line.
Le spectacle est en tournée : à Toulouse fin janvier, à Lyon début février.
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Vendredi 11 janvier 2008

Et une autre Guinness, une !

Il y a quelques semaines (mais c'était déjà l'an passé), on avait bien aimé (BMR surtout) Ken Bruen et Delirium Tremens, alors on s'était promis de retourner en Irlande avec son ivrogne de détective : Jack Taylor.
Cette fois c'est Toxic Blues.
Et le bouquin porte bien son titre car, non content d'être imbibé d'alcool à longueur de pages, Jack Taylor est cette fois accro aux drogues dures.
Sans doute avons-nous lu cette deuxième enquête trop tôt après la première : les vapeurs d'alcool ne s'étaient pas encore dissipées et on avait encore la gueule de bois.
Et du coup on a moins apprécié ce second épisode : l'ami Jack en fait vraiment un peu trop.
Bien sûr on retrouve l'essentiel de Ken Bruen et sa marque de fabrique : une intrigue très mince mais bien ancrée dans son Irlande à lui, prétexte à une belle galerie de personnages qui tournent autour de son détective, amateur d'alcools et d'autres substances, de bagarres, de justice rendue un peu n'importe comment, de bouquins et de musique.
[...] Je ne savais pas du tout comment avoir Ronald Bryson.  Le buter était la solution la plus séduisante. Mais pour ça, il me fallait une putain de preuve. Bien sûr, je pouvais toujours dire une prière, mais je ne m'y fiais pas beaucoup. Quel que soit le cours des choses, je ne croyais pas du tout que la religion m'aiderait à coincer ce fumier. Alors j'ai fait ce que je fais quand je suis dans une impasse : j'ai lu. Appelez ça une fuite, si vous voulez. Moi, j'appelle ça la paix.
L'enquête tourne autour des tinkers (littéralement, les rétameurs), qui sont un peu à l'Irlande ce que sont les gitans au continent : des gens du voyage (même s'ils sont irlandais pure souche), anciens colporteurs, anciens métayers, expulsés et rejetés de partout, et qui, cette année à Galway semblent assassinés un peu plus souvent qu'à leur tour ...
Jean-Marc Lahérerre parle du dernier bouquin de Ken Bruen, Le dramaturge (Télérama aussi), où l'ami Jack semble s'être un peu assagi : peut-être tenterons nous un autre voyage à Galway un peu plus tard.
Mais que cela ne vous empêche pas de découvrir l'Irlande de Jack Taylor avec le volume précédent : Delirium Tremens.

Pour celles et ceux qui aiment la bière, le whiskey et cette fois, la coke.
D'autres avis comme celui de Gachucha sur Critiques libres.
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Mercredi 9 janvier 2008
Cliquer pour une planche de la BD
Une profession réhabilitée.

Il y a un an déjà, on avait cru la série terminée avec le 5ème album de Luc Jacamon : Le tueur.
La série nous avait beaucoup plu et avait même eu droit à une place sur le podium du best of 2006.
Aimable surprise que ce nouvel album : Modus vivendi, où Le Tueur reprend du service après une longue absence ...
... pendant que Le Tueur se la coulait douce sur son île des Caraïbes avec femme et enfant, jusqu'à ce que des narcos viennent le narguer.
[...] La vérité c'est que quatre ans sans rien faire, c'est bien, mais ça finit par être long. Faut croire que j'étais un peu jeune, finalement, pour la préretraite.
Bien sûr ce 6ème épisode a un petit goût de réchauffé, mais les accros de la série replongeront avec délices aux côtés de ce méticuleux professionnel.
On apprécie toujours cette BD au graphisme original, moderne et nerveux mais où les textes à eux seuls valent le détour (l'utilisation de la «voix off» permet en effet une plus grande liberté d'écriture que les bulles de dialogue classiques).

Pour celles et ceux qui aiment les gentils bandits.
D'autres avis sur Amazon.

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Mardi 8 janvier 2008
Sur Critico-Blog
Le livre de la jungle.

Au passage saluons la programmation de notre ciné préféré, Les 7 Parnassiens, qui ce week-end a dû voir commencer l'année 2008 en couleurs car de longues files d'attente se pressaient dans une ambiance bon enfant samedi et dimanche pour voir les nombreux coups de coeur de la rentrée : La visite de la fanfare, California Dreamin', Ken Loach, La graine et le mulet, ...
Longue vie à ces petits cinés (et aux grands films qu'ils diffusent) !
Et jetez donc un oeil sur la programmation d'un Pathé ou d'un Gaumont cette même semaine ...


Dimanche donc ...
À plus de 70 ans, Ken Loach sait encore frapper fort, très fort.
Et plutôt du genre coup de poing dans la gueule.
Avec son dernier film, It’s a free world, on en prend plein la tête : rarement on aura vu un film aussi fort et aussi noir.
La démonstration est brève et sans appel : une jeune femme, exploitée par les valets du capitalisme relève la tête, elle tient absolument à s’en sortir. Super, on est avec elle ! Vas-y ma grande !
Pour élever son jeune fils, pour ne pas finir comme son père, …
... elle deviendra elle-même une exploiteuse pour assurément rendre service à tous ces immigrés qui viennent chercher du boulot à l'ouest, permettant ainsi au patronat de maintenir la pression vers le bas sur les salaires du pays.
Mais au-delà de la démonstration politique ou sociale, toute l’habileté de Ken Loach tient dans la personnalité de son héroïne (et dans la direction de son actrice, Kierston Wareing, crédible à 200%) : une jeune femme a priori charmante, quelqu’un pratiquement comme vous et moi.
Et serions nous vraiment sûr de quoi faire à sa place (si tant est qu'on peut s'imaginer à sa place, assis bien au chaud dans son fauteuil de ciné) ? L’enfer est pavé de bonnes intentions et d’ailleurs la belle se prénomme … Angie !
Yes, the jungle it’s a free world.
Et il ne semble guère y'avoir de lueur d'espoir dans cette libre jungle ...
Le père de l'héroïne (Ken Loach ?) qui parait bien désabusé et désarmé, la copine qui laisse tomber, ...
Une fin ciselée à la seconde près, juste le temps de réaliser ce qui vous arrive, et qui vous laisse assommé sur votre siège, brrrr .... il fait soudain un peu froid dans la libre jungle.
Finalement on aurait peut-être mieux fait d'aller au Gaumont d'à côté ...
Après Le vent se lève déjà apprécié fin 2006, Ken Loach prouve une fois encore qu'il est décidément un grand monsieur et l'on se faisait la réflexion que le ciné n'avait guère engendré d'équivalent, d'autre réalisateur aussi clairement engagé et aussi clairement bon cinéaste. Et si Kenneth Loach à près de 72 printemps semble faire cavalier seul, c'est qu'il est sans doute déjà bien trop tard pour lui voir apparaître un successeur.

Pour celles et ceux qui aiment les belles leçons de politique.
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Lundi 7 janvier 2008
Sur Critico-Blog
US go home.

Pendant la seconde guerre mondiale, les roumains ont attendu les libérateurs américains.
Pendant longtemps. 
En vain car, comme on le sait, ce sont les russes qui sont arrivés les premiers.
De l'Amérique, les roumains n'auront vu que quelques bombes larguées, et sur celles qui n'avaient pas explosé, le sigle « made in California ».
De quoi rêver pendant longtemps (California Dreamin') à ce qu'aurait pu être leur vie s'ils avaient pu échapper à la dictature communiste et à Ceaucescu.
Cinquante ans plus tard, en 1999, voici enfin les Américains : sous l'égide de l'OTAN pendant la guerre du Kosovo, un détachement US convoit du matériel secret et urgent à bord d'un train à travers la Roumanie ...
... du moins jusqu'à la gare de Capalnita, un trou perdu au fin fond de la Roumanie (dans un pli de la carte !), digne du village de Don Camillo.
Un trou perdu sans avenir où les parents éduquent leurs enfants ainsi : si tu peux, va faire tes études à la fac, à Bucarest, mais surtout, ne reviens jamais !
À Capalnita, le chef de gare a coutume de prélever son pourcentage sur les trains de marchandises (histoire de dynamiser un peu l'économie locale) et il entend bien tirer profit du train de l'OTAN ... qu'il parque d'autorité sur une voie de garage en attendant d'hypothétiques paperasses.
De cette situation ubuesque, le réalisateur roumain Cristian Nemescu (décédé depuis) tire un film cocasse, plein de charme, avec une galerie de portraits « pas possibles » : le chef de gare bien sûr, le capitaine américain, le maire du village (le Peppone local), l'orchestre local, les ouvriers de l'usine en faillite, les jeunes filles en fleur immédiatement amoureuses des Marines de passage, ...
Cela nous vaut quelques scènes magiques, bien dignes de figurer dans les annales.
Comme ce moment, au café du village, où une jeune fille du village drague l'un des soldats avec l'aide ... de son petit ami qui est l'un des rares à avoir appris quelques rudiments d'anglais (à l'école de Capalnita, on apprend ... l'espagnol !). Et bien entendu, le petit ami roumain propose une traduction « très personnelle » des propos échangés entre les deux tourtereaux d'un jour et entend bien faire passer ses propres messages !
Ou encore cette longue scène du bal (une fête est bien évidemment donnée au village en l'honneur des hôtes de passage !), toute en subtilité et en humanité, car sous la caméra de Nemescu, le ridicule ne tue jamais.
Mais derrière l'humour délicieux et l'ironie savoureuse, pointe régulièrement le drame et l'on rit jaune, souvent mal à l'aise.
Jusqu'à la fin renversante pour qui n'aura pas vu venir le drame et se sera contenté des échanges de propos diplomatiquement corrects.
Car le message est on ne peut plus clair : chers amis d'outre-Atlantique, certes nous vous avions attendus longtemps pendant la Guerre, mais si vous êtes venus aujourd'hui dans les Balkans, c'est pour foutre le bazar ...
Malgré quelques longueurs, un « drôle de film », à mi-chemin entre la leçon d'Histoire (jamais pontifiante) et la galerie de portraits humanistes (jamais ridicules).
On notera au passage la « présence » de Maria Dinulescu (Monica, la fille du chef de gare) qui semble débuter une belle carrière ...
Pour celles et ceux qui aiment les beaux moments de cinéma.
D'autres avis sur Critico-Blog.
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Dimanche 6 janvier 2008

Ouvrez grands les yeux.

Nous avions découvert ce texte au théâtre (au Lucernaire) l'an passé.
La guerre mondiale est au programme de 3° au collège.
Deux bonnes raisons de voir débarquer ce petit opuscule à la maison.
C'est une américaine, Kathrine Kressmann Taylor, qui a écrit ce petit texte Inconnu à cette adresse, un échange épistolaire de quelques lettres entre deux amis.
Enfin deux «amis» au début ... quand tout va bien.
Quand vers 1933 le juif resté aux US écrit à son ami rentré en Allemagne.
[...] Qui est cet Adolf Hitler qui semble en voie d'accéder au pouvoir en Allemagne ? Ce que je lis sur son compte m'inquiète beaucoup. Embrasse les gosses et notre abondante Elsa de la part de ton affectionné Max.
Peu à peu, l'échange tourne au vinaigre, au fur et à mesure que l'allemand se laisse embarquer par le nazisme triomphant.
[...] Je n'ai jamais haï les juifs en tant qu'individus - toi, par exemple, je t'ai toujours considéré comme mon ami -, mais sache que je parle en toute honnêteté quand j'ajoute que je t'ai sincèrement aimé non à cause de ta race, mais malgré elle.
Au fil de ces quelques pages, l'histoire (et l'Histoire aussi) vire franchement mal lorsque l'allemand refuse son aide à la soeur du juif, en proie aux persécutions à Berlin. Son frère recevra bientôt une lettre avec la mention : inconnu à cette adresse, qui indique que la soeur bien-aimée n'aura pas survécu.
Sa vengeance sera sans appel ... et on vous laisse découvrir ce que cache réellement le titre de ce petit livre terrible mais très astucieux (on aurait presque pu le classer dans les polars), avec une belle alliance de la forme et du fond.

Comme dans tous les livres écrits depuis sur cette époque (comme dans le Rapport de Brodeck pour n'en citer qu'un qui fait beaucoup parler de lui en ce moment) on y parle de pogroms, d'extermination, de camps de concentration, ...
Mais le plus terrifiant n'est pas dans le texte mais dans quatre petits chiffres hallucinants sur le copyright : 1938 !
L'américaine a écrit cette histoire 2 ou 3 ans avant la guerre !
Plusieurs années avant que le monde ouvre les yeux !
Un livre obligatoire !


Pour celles et ceux qui aiment qu'on éclaire leur chemin.
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InColdBlog en parle.
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Jeudi 3 janvier 2008

Labyrinthique.

L'idée de lire Le terrier, ce tout petit opuscule (oui ! encore un), une nouvelle en fait, nous était venue en octobre à l'occasion de l'expo Bêtes et Hommes à La Villette.
Un extrait du texte de Kafka y était lu en boucle par Denis Lavant dans l'obscurité d'un faux-terrier reconstitué et c'était, avouons-le, saisissant, du moins pour celui qui se donnait le temps de prêter l'oreille.

Alors comme promis, on a retrouvé ce très beau texte en version intégrale.
Intégrale ou presque, puisqu'il s'agit d'une des dernières nouvelles de Franz Kafka, ... jamais achevée.
Mais, dans l'esprit tortueux de Kafka, y'avait-il seulement une fin à ce texte qui tourne en rond comme tourne en rond la créature, mi-homme mi-bête, qui s'agite et s'affole dans son terrier ?
Le discours obsessionnel de cette créature est vraiment hallucinant.
[...] Il me semble parfois dangereux de baser toute la défense dans la forteresse, car la diversité du terrier m'offre un très large éventail de possibilités, et il me paraît plus conforme à la prudence de disperser un peu les provisions et d'en pourvoir un certain nombre de petits ronds-points; je décide alors par exemple qu'un rond-point sur trois deviendra une réserve ou qu'un rond-point sur quatre sera une réserve principale et un sur deux une annexe, et autres calculs du même genre. Ou bien, en guise de manoeuvre de diversion, j'exclus totalement que certaines galeries puissent être garnies de provisions, ou bien je choisis au hasard un petit nombre de ronds-points, en fonction de leur position par rapport à la sortie principale. [...] Il me semble parfois - habituellement lors d'un réveil en sursaut - que la répartition actuelle est tout à fait mauvaise, qu'elle peut être source de graves dangers et doit être sur l'heure rectifiée au plus vite.
Et ainsi pendant des pages et des pages, des jours et des jours, l'homme ou la bête tourne en rond dans son terrier, défaisant ceci, refaisant cela, améliorant ici, fortifiant là, ... cherchant à se protéger toujours mieux et toujours plus d'une hypothétique attaque ...
Jusqu'à ce qu'un jour il entende un bruit inhabituel, un chuintement.
Et voici l'homme ou la bête (le choix n'est jamais possible et c'est là un des nombreux atouts de ce texte) reparti à la recherche sans fin de la source de ce chuintement, un ennemi sans aucun doute, un prédateur à sa poursuite, ... à moins qu'il ne s'agisse peut-être que de l'écho de sa propre respiration ?
Nous ne le saurons jamais et Kafka a emporté son secret dans son propre terrier.
Un opuscule minuscule par la taille (quelques 60 pages sur 15 petits centimètres de hauteur) mais grand par la puissance du texte.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires de fous.
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Mercredi 2 janvier 2008
Impudique en parle
Entre deux Bobs.

On est pas tout à fait accro du successfull et multicuturel Ben Harper (pas comme Marion qui, si je me souviens bien, est fan de ! ).
Mais le disque sorti cet été à Paris nous a bien plu avec quelques belles balades de Ben, qui se situent quelque part entre deux Bobs (le Marley et le Dylan).

Histoire de commencer l'année tout en douceur, on vous en propose trois extraits :
- In the colors
- Fight outta you
et surtout le très doux : Lifeline , qui donne son titre à l'album et qui diffuse un joli refrain plein de sagesse : Life is much too short ...

Ben Harper qu'on avait déjà écouté ici en 2006 avec Diamonds inside.
En prime, le clip de With my own two hands  dont on avait également déjà parlé ici ...


publié dans : Miousik commentaires (1)    ajouter un commentaire

Mardi 1 janvier 2008
Best of 2006Comme l'an passé, notre blog sacrifie à la tradition du «best-of» de l'année.
Pour les plus pressés d'entre nous, c'est aussi l'assurance de ne pas louper ce qu'on pourrait appeler «les coups de coeur de nos coups de coeur».
Même s'il est toujours difficile de faire un choix parmi les meilleurs,  car le tri a déjà été fait une première fois avant d'arriver sur le blog  ...

  • Dans la catégorie bouquins, Soie d'Alessandro Baricco fait l'unanimité chez nous comme ailleurs. Même ovation tous ensemble pour 84, Charing Cross Road de l'américaine Hélène Hanff. Mais il nous a été impossible de choisir pour la troisième place. MAM voulait distinguer Là-bas de Peter Cameron, BMR ne voulait pas que Brady Udall et Lâchons les chiens se retrouve out à la quatrième place. Mais vous pourrez retrouver tous les autres candidats nomminés dans le best-of bouquins.
  • Dans la catégorie cinoche, l'année avait commencé en beauté avec La vie des autres en février. Depuis sa sortie, ce film a fait beaucoup parler de lui mais c'est sans conteste le premier de la classe 2007. À ces côtés, deux films intimistes et très humanistes : Ceux qui restent , un exercice d'équilibre difficile et réussi d'Anne le Ny (l'occasion de saluer au passage la présence incomparable d'Emmanuelle Devos) et tout récemment, De l'autre côté un film mi-turc mi-allemand de Fatih Akin. D'autres auraient pu prétendre également à une place sur le podium trop étroit : Dans la vallée d'Elah ou 7h58 ce samedi-là par exemple.
  • Si l'on en croit le palmarès de Télérama, on regrettera d'avoir manqué : Paranoid Park, Le fils de l'épicier et 4 mois, 3 semaines et 2 jours.

  • Dans la catégorie cinéma asiatique (on ruse pour pouvoir rajouter des lauréats !), il ne fallait surtout pas manquer L'étoile imaginaire (un film ... italien, mais qui se passe en Chine quand même !), ni La cité interdite transfigurée par Gong Li (BMR est allé la voir deux fois ! la ?  la Cité ou Gong Li ?). À la troisième place, Le vieux jardin coréen fait cette année un écho cinéphile à un lauréat littéraire de l'an passé.
  • Dans la catégorie documentaire (alors là ! c'est de la tricherie éhontée ! en plus y'avait que deux candidats), deux films remarquables ont été remarqués cette année : L'avocat de la terreur sur Jacques Vergès et A very british gangster.
Voilà, c'est dit, c'est fait, vive 2008 !

Et pour ceux qui auraient raté le best-of 2006 : c'est
publié dans : ... et le reste commentaires (8)    ajouter un commentaire

Vendredi 28 décembre 2007

Polar chez les indiens.

Répétons-le encore, dès fois que d'aucuns auraient loupé les billets précédents : l'avantage des polars, c’est qu’ils permettent de voyager facilement et de découvrir de nouveaux pays et de nouvelles gens.
Après la Chine et l'Irlande évoquées récemment, nous voici
, avec Tony Hillerman et ses enquêtes navajos, dans le Far West moderne, chez les indiens donc (les navajos forment la plus importante minorité indienne aux US).
Après avoir vécu deux ans dans le Pacifique Sud, on se rend compte que l'on connait finalement mieux les aborigènes d'Australie que les Indiens d'Amérique qui, pourtant, ont peuplé les films de notre enfance (mais il faut dire qu'ils étaient sévèrement encadrés par les cow-boys ...).
Et les parallèles entre les deux peuples sont nombreux.
L'importance de la tradition orale et du chant, le silence à observer sur le nom des morts, la convoitise des blancs pour leurs terres, le caractère sacré des montagnes que viennent escalader des grimpeurs blancs, ...
[...] - Celui qui vivait ici avant, reprit-elle en utilisant la circonlocution navajo pour éviter de prononcer le nom d'un mort, il disait que c'était comme si nous, les Navajos, on allait escalader cette grande église qu'ils ont à Rome, grimper au sommet du mur des Lamentations ou sur cet endroit où le prophète de l'Islam est monté au ciel.
- C'est un manque de respect, acquiesça Chee.

Avec Tony Hillerman on plonge avec chaque épisode (ici : Un homme est tombé) au coeur de cette culture : les crimes sont commis sur le territoire de la Réserve et la police tribale mène l'enquête au rythme des autochtones qui savent prendre leur temps et dont on dit qu'ils vivent « à l'heure navajo » (il ne doit même pas y avoir de traduction pour « ponctualité » !).
Leaphorn attendit. Attendit encore. Mais Demott n'avait nulle hâte d'interrompre ses souvenirs. Une brise soufflait dans le sens du courant, douce et rafraîchissante, faisait bruire les feuilles derrière l'ancien lieutenant et fredonnait cette petite mélodie que le vent léger chante dans les sapins.
- C'est une drôlement chouette journée, finit par dire Demott. Mais clignez des yeux deux fois et l'hiver s'abattra sur la montagne.
- Vous vous apprêtiez à me dire ce qui n'allait pas chez Hal.
- Je n'ai pas les diplômes qu'il faut pour pratiquer la psychiatrie.
Il hésita un très bref instant, mais Leaphorn savait que la réponse allait venir. c'était quelque chose dont il voulait parler ... et ce, probablement, depuis très, très longtemps.

Un roman très intéressant pour ceux qui sont curieux de découvrir l'ouest américain et ses populations.


Pour celles et ceux qui aiment les histoires d'indiens, même sans cow-boys.
L'incontournable page de Cottet.
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Vendredi 28 décembre 2007


Bénin, oui, oui.

On avait déjà eu l'occasion de dire du bien du musée Branly.
Et bien nous y revoilà puisque MAM prépare studieusement son prochain voyage au Bénin avec ses copines.
Le musée Branly expose donc jusqu'au 6 janvier (oui, il est juste temps) cinq siècles d'art royal de la cour du Bénin qui occupa entre 1400 et 1900 une partie de l'actuel Nigeria.
Quelques très beaux objets, comme ces têtes de reines-mères en laiton (c'est l'affiche), des léopards en bronze et des cornes sculptées en ivoire, sont rassemblés ici après avoir échappé aux pillages et destructions des britanniques à la fin du XIX°.
Beaucoup de statuettes et de bas-reliefs en bronze et surtout en laiton, finement ciselés et gravés : en langue locale (le yoruba), « se souvenir » se dit littéralement « fondre un motif dans le métal » ... tout un programme.
De quoi motiver une visite à cette culture méconnue, imprégnée pendant des années du commerce avec les portugais.
On regrettera une mise en scène un peu sommaire et des explications confuses sur la complexe organisation du pouvoir du Bénin sous le règne de l'Oba, le roi du ciel.
À visiter le soir pour profiter une fois encore des néons en fleur du jardin du musée.

Et pour continuer en musique, ré-écoutons Asa, une nigériane dont nous avions parlé il y a quelques semaines.

Pour celles et ceux qui aiment l'ethnique.

 

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Mercredi 26 décembre 2007
Sur Critico-Blog
Conte de Noël.

L'israëlien Eran Kolirin doit être né sous une bonne étoile car son premier vrai film, La visite de la fanfare, écume les festivals et récolte les lauriers.
Très librement inspiré d'une histoire vraie, le film raconte les mésaventures d'une fanfare de la police égyptienne égarée dans un village paumé du bled israëlien ...
À la suite d'une méprise, la fanfare partie pour Petah TikvahLa porte de l'espoir », une implantation agricole juive historique) se retrouve à Bet HatikvahLa maison de l'espoir », un trou perdu, genre Bagdad Café, une colonie récente ignorée du monde ... jusqu'à ce film).
On pouvait craindre le pire à partir d'un tel scénario, rempli de sous-entendus politiques et de bonnes intentions ...
Mais non, c'est tout en justesse et en finesse qu'Eran Kolirin brosse quelques portraits emplis d'humanité.
Tout le film se noue en quelques mots lorsque Dina, la tenancière du café de lieu propose à la fanfare de passer la nuit chez elle et quelques voisins ou amis. Une longue soirée s'annonce ...
Car à Bet Hatikvah donc, désert humain perdu dans le désert tout court, on erre comme des âmes en peine, on tourne en rond à la discothèque, on s'ennuie ferme devant la télé, entre « des tonnes de solitude » comme il est dit.
On ne se parle pas, on ne sait pas se parler.
Et c'est la magie paradoxale des hommes de cette fanfare égyptienne, rigides dans leurs uniformes et qui pourtant ne baragouinent que trois mots d'anglais rocailleux, que de traverser le village et la soirée et d'arriver à créer finalement quelques liens fugaces entre les uns et les autres.
Cela nous vaut quelques scènes d'anthologie, à la limite de l'absurde, comme celle du repas d'anniversaire où ce ne sont pas arabes et juifs qui s'affrontent (ils ont bien du mal à échanger quelques mots d'anglais communs) mais plutôt les juifs entre eux, une famille comme tant d'autres où pèse le non-dit et où l'on s'envoit des vacheries en hébreu sous le regard lourd d'incompréhension des invités arabes.
Avec la belle Dina qui tient le café du lieu et les minces rênes de l'intrigue, c'est une présence pleine de charme qui traverse ce film lent et tout en tendresse : celle de l'actrice Ronit Elkabetz qui mériterait d'être plus connue de ce côté-ci de la Méditerranée.
Pour finir, pfffuiitt, la fanfare disparaitra aussi soudainement qu'elle était apparue et chacun reprendra sa place devant le café de Dina.
D'ailleurs, sont-ils jamais venus en visite, ces égyptiens ?

Pour celles et ceux qui aiment les photos de groupe avec orchestre.
D'autres avis sur Critico-Blog et la critique de l'Huma ou du Monde.
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on écoute !

un extrait surprise
à découvrir bientôt ...

on a tout rangé