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Pestacle


Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 07:25

Le Figaro en parle


Info ou intox ?

Mieux vaut être le premier à se tromper que le second à dire la vérité : tel serait devenu le credo du journalisme, à l'heure des niouses pré-digérées du 20heures et d'internet.

C'est (en partie) le thème de la pièce de Marc Fayet(1) : Le scoop.

Une pièce avec trois visions très différentes du métier de journaliste : le vieux briscard à l'ancienne, grand reporter, honnête et désabusé.

Le requin du JT prêt à tout pour faire de l'audience et au passage régler quelques comptes avec ses collègues et ‘amis’.

Le jeune loup nourri au biberon du ouèbe, wikilies et autres mediaparts ...

Après une mise en place rapide (grâce à une mise en scène dynamique), l'histoire va se mettre en place et les relations complexes qui unissent ces trois personnages vont se nouer (on vous laisse découvrir, évidemment) ...

Il faut saluer la prestation des trois "vieux" : Philippe Magnan est un ancien correspondant de guerre, bougon et retraité, plus vrai que nature et Frédéric Van der Driessche endosse sans états d'âme, le costume de l'affreux aux dents trop longues.

Mais c'est Frédérique Tirmont qui remporte la palme dans le rôle de l'épouse du grand reporter : on attend ses passages sur scène avec impatience tant elle excelle dans cette parisienne bobo-rive gauche et elle n'a aucun mal à se fondre dans le décor !

Les deux plus jeunes, Guillaume Durieux et Aurore Soudieux, attendent encore de faire leurs preuves : au journal comme sur scène !

Sur ce thème inattendu Marc Fayet a réussi à bâtir une pièce solide et apporte la preuve qu'on peut écrire de très bons textes contemporains et intelligents.

L'intrigue est plutôt bien ficelée, ça se déguste comme un polard même si l'on devine certaines ficelles et les dialogues sont incisifs, féroces, grinçants : c'est pas bien joli, les coulisses du journal ...

Ce fut un excellent choix de l'amie Véro pour le réveillon du 31 !

_____________________________________

(1) - que certains avaient pu voir comme acteur dans le Mec de la tombe d'à côté


Pour celles et ceux qui aiment les journalistes.
Froggy en parle et c'est au Théatre Tristan Bernard.

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Dimanche 10 juillet 2011 7 10 /07 /Juil /2011 15:47
Leur site avec vidéos

La voix de son maître. 

Voca People : oui, les people de la planète Voca reviennent faire un tour sur Terre.

Leur ovni musical vient de se poser à Bobino et ne décollera pas avant janvier : profitez-en !

La performance de cette troupe israélienne dont le succès s'est construit sur internet et en Italie, est époustouflante.

Ils sont 8 et chantent a cappella : avec une sono d'enfer mais pas un seul instrument, deux d'entre eux qui jouent de la langue les “boîtes à rythme”, et bien sûr toute la gamme des voix de la basse et baryton jusqu'à l'alto et soprano, ces 8 extra-terrestres semblent sur scène, tour à tour, un véritable choeur symphonique ou un groupe de rock déchaîné.

Leur spectacle est désormais bien rodé (trop ?), amusant, plein d'humour, le public est conquis d'avance, le show fait le plein d'énergie, toute la salle finit debout, rien à redire. Ils enchaînent sans temps mort, les pots-pourris de classique, rock, musiques de films, tout y passe ! À chacun de jouer à reconnaître les siens !

Rançon du succès, on regrette presque que la mise en scène du show, très travaillée, nous laisse à peine le temps d'écouter leurs performances vocales. Certains passages magnifiques [le carmina burana, l'ameno dorime, ...], demanderaient un peu plus de temps pour nous laisser le temps d'apprécier pleinement la “musique”.

On a particulièrement apprécié l'hommage à Queen, remarquable, ou la séquence “house music” finale, suprenante.

Sur leur site français, ne manquez pas d'écouter la bande annonce audio sur la page d'accueil (de bonne qualité).


Pour celles et ceux qui aiment cet instrument de musique qu'est la voix.
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Mercredi 15 juin 2011 3 15 /06 /Juin /2011 17:23
Le site du théâtre

N'importe quoi. 

Une heure de délire absurde et de non-sens clownesque. Une heure de n'importe quoi.

Voilà ce que propose les compères des Chiche-capon(1).

La première partie du pestacle (à la Monty Python) est, littéralement, à pleurer de rire, vraiment.

La seconde moitié vire au délire tout terrain et manque un peu plus de maîtrise.

Aucune prétention théâtrale : les clowns brocardent joyeusement les acteurs et se revendiquent du cirque et du forain. Il faut dire qu'ils ont des dégaines résolument mortelles et qu'ils en jouent avec métier et brio.

Le comique est ici gestuel et visuel : ce sont les corps qui parlent.

Le lendemain, il ne reste d'ailleurs pas grand chose de leur 'pièce' : une heure de rire (et là, chapeau, c'est déjà pas si mal) et le sentiment d'avoir assisté à une sacrée prouesse physique.

Il faut les voir tenir tout un sketche en bouffant une pomme. Ou se taper dessus à coups de boudin de piscine(2).

Mais sous le délire potache, tout est soigneusement maîtrisé et mis en scène : on ne fait pas rire une salle entière en improvisant au petit bonheur.

On regrette (un petit peu) le manque d'unité poétique (quelques filons jaillissant ici ou là gagneraient à être mieux exploités) et l'absence de 'textes' dans la seconde partie.

_________________________________

(1) : mais ne cherchez pas, aucune trace des disparus de Saint-Agil dans le spectacle

(2) : conseil d'ami : évitez le premier rang, on vous aura prévenus


Pour celles et ceux qui aiment les pommes.
Froggy's en parle. C'est jusque fin juin au théâtre de la Pépinière.

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Dimanche 22 mai 2011 7 22 /05 /Mai /2011 10:31
Le site de la compagnie

Humour potache. 

Après avoir beaucoup ri (c'était il y a 4 ans) à l'occasion d'un Tour du monde en 80 minutes, il nous fallait suivre les nouvelles aventures de la petite troupe de Sébastien Azzopardi sur les traces de Florimont.

Le principe est le même : un prétexte historique propice à toutes sortes d'anachronismes, un humour déjanté plein de non-sens, un brin de potache, quelques chansonnettes, et le tour est joué et bien joué.

Est-ce la scène devenue trop grande (rançon du succès ...), est-ce l'effet de nouveauté qui ne joue plus ? Toujours est-il qu'on sourit et qu'on s'amuse sur les traces de Florimont alors qu'on se bidonnait franchement derrière celles de Phileas Fogg. Bien sûr on ne se rappelle plus mot pour mot le texte du Tour du monde, mai celui de Florimont nous a semblé un peu vite écrit(1).

Et pourtant ce spectacle vaut le déplacement ! Oui, car on ne peut pas s'empêcher de se laisser entraîner, emporter, par la fougue et l'ethousiasme des cinq comédiens (soit à peu près trente personnages !) complètement déchaînés sur scène.

Ils s'amusent et nous amusent.

D'autant que ce soir-là, c'était la dernière pour l'un deux et qu'ils s'en sont donné à coeur joie, rivalisant de pitreries et d'impros, chaque gag étant souvant prétexte à désarçonner le collègue. Foux rires garantis, sur scène comme en salle.

Au-delà du texte inégal on l'a dit, la troupe de Sébastien Azzopardi (il jouait Florimont ce soir-là) tient là une excellente recette.

Les acteurs "tournent" selon les soirs, mais ce jour-là on a remarqué la fraîche Aurélie Konaté qui n'hésite pas à pousser la chansonnette.

Et l'incroyable Erwan Creignou capable de jouer à lui tout seul une armée entière de soldats qu'on dirait tout droit sortis d'un album d'Astérix : stupéfiant !

Pour être franc, on avait quand même préféré dans la même veine fin 2010, les 39 marches d'Alex Métayer.

_________________________________

(1) : beaucoup de liaisons explicatives par exemple, qui cassent un peu le rythme qui se devrait endiablé


Pour celles et ceux qui aiment rire.
Gilbert en parle.
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Vendredi 14 janvier 2011 5 14 /01 /Jan /2011 06:51

Le site de la pièce


La famille en chansons.

Une histoire de famille (grands-parents, parents, enfants) racontée en chansons.

Serge Reggiani, Volo, Jacques Dutronc, Georges Brassens, Richard Anthony, et j'en passe ... une bonne partie du répertoire est là, judicieusement agencée et arrangée pour nous conter une petite histoire sans jamais nous lasser.http://carnot69.free.fr/images/album de famille2.jpg

Car cet Album de famille est avant tout musical : les quatre compagnons de la chanson présents sur scène sont vraiment des as.

Il font les pitres, juste ce qu'il faut, ils chantent, jouent de la guitare, chantent, changent de rôles, et chantent. Même a cappella.

http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifSophie Cavaillès est le boute-en-train de la famille, capable de tout faire, depuis le spermatozoïde façon woody allen, jusqu'au feu d'artifice, chapeau l'artiste !

Les deux dames (Sophie Cavaillès donc et la “maman” Mariline Gourdon) ont des voix superbes.

Un spectacle “pour tous ” (ados compris)  mais de très grande qualité.

Ne les manquez pas, ils reviennent à compter du 2 février au Ciné 13 Théâtre à Montmartre.


Pour celles et ceux qui aiment la chanson.
Lise et Froggy en parlent.
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Jeudi 13 janvier 2011 4 13 /01 /Jan /2011 06:14

Le site de la pièce


Lendemains de fêtes.

Le soir d'un réveillon, trois hommes, trois quadras, se retrouvent au commissariat pour infractions.

L'un avait bu un petit peu trop, l'autre avait fumé là où il ne fallait plus pas et le dernier conduisait un peu trop vite. Boire, fumer et conduire vite.

Trois interdits symboles de notre époque où s'épanouit le principe de précaution.

Trois interdits “bravés” par ces quadras d'une génération qui n'a pas connu mai 68.

Nous qui sommes habituellement frileux (et sans grande pitié) vis à vis des textes contemporains trop hâtivement bricolés, nous avons été agréablement surpris par cette pièce remarquablement équilibrée.

Le texte entre théâtre et café-théâtre, capture l'air du temps comme on dit, nous donne à réfléchir, un peu, mais sans donner de leçons sentencieuses.

L'humour est toujours présent et l'on sourit très souvent, on rit même parfois et de bon cœur.

Saluons la prestation de Christian Vadim qui fait le pitre, sans fausse note, pour notre plus grand plaisir.

Philippe Lellouche (auteur du texte et frère de Gilles) et David Brécourt sont également parfaits dans des rôles [un peu]  plus sérieux.

Les trois compères s'amusent (quelques fous rires sur scène !) et nous amusent.

Après quelques dialogues percutants, leur avocate commise d'office survient(1) ... et son angélisme donnera lieu à quelques coups de théâtre bien surprenants. Le pari est osé, le ressort improbable mais, étonnamment, cela fonctionne parfaitement.

Comme tous les spectateurs, on a promis-juré de ne rien en dire et il vous faudra donc aller voir la pièce pour en savoir plus.

Après les prolongations parisiennes, ils sont partis tourner “en province” : profitez-en.

______________________________

(1) : Vanessa Demouy a été remplacée par Marie Fugain qui ne maîtrise pas encore la pièce mais cela reste sans gravité car son rôle est effacé derrière les trois compères


Pour celles et ceux qui aiment braver la police.
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Lundi 8 novembre 2010 1 08 /11 /Nov /2010 09:02

Tika en parle


Jeux de drôles.

Un film d'Hitchcock au théâtre ?

Et bien oui, Éric Métayer relève (avec brio) le défi, avec cette adaptation française d'un précédent succès anglo-saxon. Et de ces 39 marches, il n'en loupe pas une.

Ils ne sont que quatre sur la scène du Théâtre de la Bruyère mais ils débordent d'énergie et interprètent une foultitude de rôles et de drôles(1) : héros, policiers, espions, chat, chien, poule, moutons, cascade, buissons, ... n'en jetez plus !

Les voir jouer un dialogue entre deux policiers avec un seul casque de bobby anglais est un régal.

Si vous n'aviez pas encore vu un train ou le monstre du Loch Ness sur une scène de théâtre, c'est l'occasion ou jamais !

Les trois comparses d'Éric Métayer sont tous excellents et arrivent à soutenir son rythme effréné.

Heureusement, il y a un entracte. Un court entracte !(2)

On se demande sans cesse mais comment font-ils ? où vont-ils s'arrêter ? C'est épuisant !

Le côté burlesque, délirant non sense so british, ne fait cependant pas oublier l'histoire d'Hitchcock fidèlement et finement retranscrite sur scène, avec même plusieurs clins d'oeil à d'autres films(3).

On a même droit, comme dans tout bon film d'Hitchcock qui se respecte, à une apparition fugace(4) du maître es-suspens !

Un spectacle un peu dans la veine de l'inénarrable Tour du monde en 80 jours.

On est généralement plutôt difficiles en matière de théâtre humoristique et pas toujours bon public en ce genre mais là, vraiment rien à redire : fous rires garantis, sur scène comme en salle !

______________________________

(1) : le dossier de presse en annonce près de 150 dont 70 pour le seul Éric Métayer !

(2) : ha, ha ! Private joke réservé à ceusses qui ont vu la pièce !

(3) : La mort aux trousses, Les oiseaux, etc.

(4) : un caméo, pour les puristes de la langue.


Pour celles et ceux qui aiment rire.
Dasola, Amanda et Tika en parlent.
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Mercredi 3 novembre 2010 3 03 /11 /Nov /2010 06:30

Le théâtre de la Madeleine


C'était une Belle-Epoque.

Après le Dindon, voici la Cocotte ...

Quand Sacha Guitry écrit sa première pièce, Nono en 1905, il n'a que vingt ans.

Autant dire que ce texte de jeunesse n'a pas encore la maturité des suivants.

Nono, c'est l'histoire d'une “cocotte”, une belle jeune femme entretenue par ses différents amants.

Ou plutôt l'histoire de deux de ses amants, deux amis qui n'arrivent pas à se partager les charmes faciles et les délicieux caprices de la belle.

Nous voici donc à la fin de la Belle Époque, en pleine comédie boulevardière.

Guitry est réputé pour sa soi-disant misogynie : au-delà des bons mots et des réparties à l'humour grinçant, il est tout autant misogyne que pouvait l'être, dans un tout autre registre, Charles Bukowski. Tous deux font partie de ces hommes qui disent pis que pendre de l'autre sexe mais qui ne peuvent s'en passer une seconde. Et qui cachent le discours de leur vérité derrière une bien mince façade : la grossièreté de Bukowski ou l'humour de Guitry.

Tant la mise en scène que la conclusion de Nono ne laissent guère de doute sur qui est le personnage central de cette pièce dont le titre n'est, lui aussi, qu'une façade.

Précisément, c'est Michel Fau qui met en scène et interprète le rôle principal : celui d'un des deux amants de la belle Nono, un rôle que tint lui-même Guitry en 1910.

Le texte, on l'a dit, est encore loin des sommets qu'atteindra Guitry, on sourit de temps à autre (quand une bonne partie de la salle rit franchement) et ce n'est pas la présence de Julie Depardieu, aussi transparente et vaporeuse que ses tenues (soyons gentils, on dira que c'était son rôle, sans doute) qui apporte quelque chose.

Non, s'il faut aller voir cette Nono au théâtre de la Madeleine, c'est avant tout pour Michel Fau.

Nous ne le connaissions pas jusqu'ici mais nous nous sommes regardés à la fin de la pièce pour nous rendre compte que tous deux, nous étions restés suspendus pendant deux heures aux lèvres du bonhomme. Sa diction est très particulière (elle pourrait d'ailleurs agacer certains), un peu monocorde, presque grinçante ou criarde, proche de que nous aurait donné Devos par exemple, et ici en accord parfait avec le texte.

Il joue comme détaché de la pièce et de son personnage, interpellant le public, quelque part à mi-chemin entre son personnage et le narrateur (il est d'ailleurs également le metteur en scène), nous laissant entrevoir Sacha Guitry lui-même.

Stimulés par cette dimension et ce second degré, on ne s'ennuit pas une seconde.

On dit souvent que c'est le bon texte qui fait l'essentiel du théâtre réussi : Michel Fau nous prouve ici le contraire.

C'est vraiment savoureux et c'est pour lui qu'il fallait faire le détour.


Pour celles et ceux qui aiment les femmes.
Renaud et Luc en parlent.
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Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 10:04

Le théâtre 13


Ah ! qu'il est bon de dire du mal ... 


Molière ? Encore ?

Et ben oui, quasiment un an jour par jour après de savoureuses Femmes savantes au Théâtre 14, voici l'Atrabilaire amoureux, alias Le Misanthrope, au Théâtre 13 ...

Passées les dix ou quinze premières minutes pendant lesquelles, comme d'habitude, il faut s'accoutumer à la versification, on redécouvre avec plaisir ce texte qui a traversé les siècles.

C'est Tristan Le Goff qui tient le rôle titre, l'aigri qui ne supporte pas les hypocrisies de ses contemporains : courbettes et risettes par devant, fiel et mesquineries par derrière.

http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifEt puis apparait Célimène, alias Constance Carrelet(1) : magie du théâtre, la pièce décolle et emporte toute la salle avec elle(2).

http://carnot69.free.fr/images/constance carrelet.jpg

Célimène tient salon, une cour de jeunes marquis se presse autour d'elle et de ses charmes, et l'on passe son temps à dire du mal des autres : quel plaisir gratuit à débiter ainsi plein de méchancetés féroces sur les voisins !

Célimène/Constance et ses petits marquis qu'on dirait tout droit sortis d'Auteuil/Neuilly/Passy, sont tout simplement extraordinaires.

Face à Célimène, Alceste tient son rang, atrabilaire amoureux, misanthrope qui ne supporte plus ses concitoyens mais reste indéfectiblement accroché aux charmes de la belle, figure de proue de la société qu'il abhorre ! C'est aussi une histoire d'amour, façon je t'aime moi non plus.

Le texte de Molière, très respecté, est totalement dépoussiéré et, une fois sorti de sa gangue du XVII°, s'avère étonnamment moderne et contemporain ... sans doute parce que nos moeurs n'ont guère changé sur cet éternel chapitre et que le salon de Célimène, véritable langue de vipère pour ne pas dire autre chose, est tellement parisien ...

La mise en scène de Dimitri Klockenbring est résolument actuelle (mais sans modernisme affecté) et le travail réalisé sur le texte est vraiment remarquable : on dirait une matière première semblable à de l'argile, dont acteurs et metteur en scène arrivent à tirer ce à quoi on ne s'attendait pas vraiment.

Si cette petite troupe passe ou repasse, ne les manquez pas !

_______________________________

(1) : que certains avaient peut-être déjà découverte dans “Le gang des potiches”.

(2) : on applaudit même après certaines scènes sans attendre le salut final, c'est dire !


Pour celles et ceux qui aiment dire du mal des autres.

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Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 07:05
Le site du Théâtre de la Tempête

Quand le dindon danse le haka.

Feydeau est une valeur sûre. Surtout quand la mise en scène arrive à dépasser le ronron boulevardier d'un XIX° très bourgeois.

Et c'est bien le cas de ce Dindon qui glougloute(1) dans la cour de la Cartoucherie au Théâtre de la Tempête sous la direction de Philippe Adrien.

Le théâtre de Feydeau et de ses portes qui claquent est inévitablement comparé à un mécanisme d'horlogerie. Et c'est bien cette mécanique, au sens propre, que Philippe Adrien a astucieusement mise en avant avec plateau qui tourne et portes qui virevoltent sur la grande scène du Théâtre de la Tempête.

Le premier acte est superbe et l'on jubile à voir les comédiens (tous excellents) s'empêtrer à qui mieux mieux dans un échafaudage de mensonges de plus en plus branlant, avec un texte revigoré (!) où sont savamment mis en avant les sous-entendus les plus osés.

Il suffit de quelques minutes et le personnage le plus truculent, le futur dindon joué par Eddie Chignara, se met à danser le haka sur scène pour charmer la belle ... son énergie et sa maîtrise sont époustouflants et toute la salle applaudit. C'est gagné. On est avec eux.

...

Malheureusement, la pièce s'alourdira ensuite avec de nouveaux personnages, de nouveaux lieux, ... le charme fragile sera bientôt rompu. Il faudra attendre les scènes finales pour que la magie revienne peu à peu. C'est bien dommage car on en vient à regretter que les efforts des acteurs et du metteur en scène ne soient finalement pas mieux servis par un texte un peu trop long.

__________________

(1) : oui le dindon ne gougoule pas (ça c'est nous) ; j'ai vérifié sur wikipédia et remplacé mon roucoule initial (oops !) par ce glougloute


Pour celles et ceux qui aiment les portes qui claquent.
C'est jusqu'au 24 octobre au Théâtre de la Tempête dans la belle enceinte de la Cartoucherie (avec navette gratuite depuis le métro Vincennes).
Publikart et Les 3 coups en parlent.
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Samedi 25 septembre 2010 6 25 /09 /Sep /2010 20:00
Le Lucernaire

Au commencement était le verbe.

Il est rare qu'au théâtre les textes contemporains trouvent grâce à nos oreilles trop classiques.

Les 5 clés de Jean-Paul Wenzel feront une nouvelle exception.

C'est que nous sommes retournés (encore) au Paradis, la petite salle perchée tout en haut du Lucernaire.

Pour y déguster une petite pièce, en famille, comme à la maison : la salle est minuscule, Jean-Paul Wenzel introduit lui-même sa pièce, il y tient un rôle, sa fille également ...

Mais le bonhomme n'a rien d'un amateur.

Ses 4 courtes piécettes(1), réunies par quelques musiques, par un mot (-clé, elle est facile celle-ci), sont autant de petits bijoux ciselés à l'or fin : l'or des mots.

Quatre histoires sur le fil, entre chien et loup, où tout est sur le point de basculer, d'un côté du fil ou de l'autre.

Quatre histoires de couples où tout est suspendu aux lèvres des acteurs ...

Un couple pas encore formé de deux jeunes tourtereaux. Un couple déjà défait de deux vieux amants. Un couple d'ennemis. Et même un très beau duo féminin.

Un petit coup de coeur (partagé par MAM et BMR) pour l'histoire de cette rencontre entre une bourgeoise aigrie, comblée mais frustrée et une jeune femme paumée, meurtrie mais vivante.

Un coup de chapeau pour les deux actrices qui incarnent avec beaucoup de présence(2), de justesse et d'humanité ces deux femmes dont les existences se télescopent le temps d'une rencontre, le temps d'un « échange ». Le texte est superbe et les dames aussi.

Lou Wenzel (à gauche) et Jade Duviquet (à droite).

http://carnot69.free.fr/images/les5cles2.jpg

__________________

(1) : et la cinquième clé alors ? c'est vous, nous dira joliment JP. Wenzel.

(2) : et il en faut pour danser le rock toute seule, sans décor, dans une salle minuscule, devant une trentaine de spectateurs.


Pour celles et ceux qui aiment les histoires de couples.
Dépêchez-vous, c'est jusqu'au 9 octobre au Lucernaire.
Les 3 coups, Rue89 et même Télérama en parlent
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Lundi 6 septembre 2010 1 06 /09 /Sep /2010 08:30

Le Lucernaire


  Des pâtes oui, mais celles de Pino ... 

Ce week-end nous sommes montés au Paradis.

C'est le nom de la troisième petite salle du Lucernaire, au-dessus du théâtre Noir, au-dessus du théâtre Rouge, tout en haut des escaliers en colimaçon, dans les combles de l'immeuble de la rue Notre-Dame des Champs.

Pour y voir Nunzio, un texte de l'italien Spiro Scimone, une pièce dont on avait lu le plus grand bien, au point que certains citaient même Beckett ou Steinbeck.

Las, le texte de Spiro Scimone n'est quand même pas tout à fait à la hauteur de ces (trop) illustres références.

Reste que les deux acteurs qui portent ce texte, Christian Abart et Christian Lucas, sont formidables (et dans cette toute petite salle ils ne sont qu'à trois ou quatre mètres de nous ...).

On est en Italie. Christian Lucas est Nunzio, un grand type un peu simplet qui tourne en rond en attendant, non pas Godot, mais son pote Pino. Arrive Pino : mauvais garçon(1), un peu coincé, un brin obsessionnel.

Tout deux partagent une même solitude et les mêmes rêves inaccessibles : les plages de sable blanc et propre du Brésil ou d'Australie là où, je cite, les femmes ont le maillot de bain qui passe dans le cul.

Tout se joue sur la relation et l'amitié entre ces deux meurtris de la vie (l'un à cause d'un cerveau trop léger, l'autre à cause d'un père à la main trop lourde). Mais le texte mériterait d'être plus incisif, les personnages plus à vif.

Reste, on l'a dit, deux acteurs formidables et étonnants de maîtrise : la scène de beuverie où ils se murgent tous deux consciencieusement est un modèle du genre alors qu'elle pourrait justement se prêter à tous les excès et débordements.

Et puis lorsque Pino se lâche (en cachette de Nunzio bien sûr) pour danser la rumba et fredonner des airs brésiliens, on touche à des moments de rare poésie (salués par le petit public).

 ___________________

(1) : devinette : je suis italien, peut-être sicilien. Lorsqu'une mission m'est confiée, je reçois un billet d'avion (par exemple pour le Brésil), une grosse somme d'argent (la motié tout de suite, le reste une fois le travail accompli) et une photo (par exemple d'un brésilien). Qui suis-je ?


Pour celles et ceux qui aiment les pâtes à la tomate.

Lise en parle, Camille également. Dépêchez-vous, c'est jusqu'au 11 septembre au Lucernaire.

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Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 06:54
Le théâtre des Mathurins
Bête et méchant. 

Le théâtre des Mathurins reprend, avec Les autres, trois textes(1) écrits par Jean-Claude Grumberg à la fin des années 60, à un moment où la France avait peur, au lendemain de la guerre d'Algérie, à l'aube de 68.
Daniel Russo incarne (magnifiquement) le beauf' dans toute sa splendeur, sa bêtise, sa connerie, sa veulerie.
Evelyne Buyle, choucroute sur la tête, lui donne la réplique telle une fidèle Simone plus vraie que nature.
Sauf que le metteur en scène Daniel Colas a repris les textes tels quels, sans aucune mise en perspective.
C'est tout juste si quelques actualités d'époque défilent sur un écran et quelques chansons de notre enfance accompagnent les changements de décor, comme pour nous rappeler que tout cela a été écrit 40 ans plus tôt.
Mais alors à quoi bon ?
À quoi bon cette diatribe féroce et vindicative ?
Certes, il y a vait des cons. Il y a vait des gens vulgaires. Il y a vait des beaufs. Certes.
Sauf que, depuis les années 70, beaucoup beaucoup d'autres nous l'ont dit, montré, démontré, démonté.
Comme par exemple, Michel Colucci qui saura, quelques années plus tard, se montrer beaucoup plus subtil et surtout beaucoup plus efficace.
Alors peut-être faut-il lire le texte de Grumberg avec des lunettes d'archéologue, comme pour y déceler les soubassements de ce qui fera plus tard les années Coluche, Charlie Hebdo, ... ? Peut-être.
On en vient presque à regretter l'étonnante prestation de Daniel Russo qui s'empare avec brio et maestria d'un texte difficile (on peut dire qu'il n'a pas le beau rôle !) et, surtout, celle d'Evelyne Buyle qui manie à la perfection l'art de la réplique idiote qui tombe à plat mais qui permet à son chéri, son minet, son Riton, de rebondir et de redémarrer au quart de tour à l'assaut des sommets de la bêtise et de la vulgarité. Sans ce couple extraordinaire, la pièce ne vaudrait pas qu'on en parle.
Un léger goût d'amertume sur ce texte très dérangeant dont on n'est pas sûr que le public, souvent amusé, ait bien compris que les conneries de l'époque ont malheureusement toujours valeur de vérité aujourd'hui : c'est ce qu'on aurait aimé que Daniel Colas mette en perspective.
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(1) : trois textes malheureusement inégaux, le second (le restaurant avec sa séquence pipi-caca) arrivant malencontreusement à masquer les deux autres, plus subtils.

Pour celles et ceux qui aiment les cons.

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Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 19:40
Le théâtre 13
  Astrologie. 

Pedro Calderón de la Barca de Henao y Riaño (rien que ça !) est donné ici ou là comme le petit cousin espagnol de Shakespeare dont il était presque contemporain.

Écrite en 1635, la vie est un songe est la pièce maîtresse de sa nombreuse production et elle est montée au Théâtre 13 par William Mesguich (le portrait juré de son père !).

La mise en scène de Mesguich est délibérément tapageuse et appuyée : on y trouve mécaniques et machineries, écrans de fumée et de vidéos, cages de verre ou d'acier, à la mode steampunk avec cuirs et ferrailles, façon 1984 ou Dune (le film).

Une esthétique aux allures d'anticipation anachronique qui peut paraître bien loin de l'Espagne du XVII° mais qui colle parfaitement au texte modernisé d'une pièce tout en bruit et en fureur.

http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifUne fois ce parti pris de mise en scène volontiers accepté (BMR a beaucoup aimé, MAM a parfois trouvé cela un peu appuyé), on se laisse aller avec délectation au plaisir de savourer un texte superbe dit de très belle manière.

La pièce (très longue) de Pedro Calderòn a été raccourcie, adaptée et relookée : les acteurs (sans exception) se sont approprié le texte et en maîtrisent parfaitement la diction.

Le message de Pedro Calderòn date de près de 400 ans mais semble aujourd'hui encore, couler de source ...

En 1635(1), Basyle règne sur la Pologne et se pique d'être un roi savant qui sait lire l'avenir dans la course des étoiles.

Dans les astres, il a pu voir de funestes présages à la naissance de son fils Sigismond dont le futur destin sera donc celui d'un tyran régicide et parricide.

Appliquant le désormais bien connu principe de précaution, le roi Basyle, fort de sa (pré-)science, enferme son fils au secret, dès sa plus tendre enfance, tel une Belle au bois dormant, pour éviter à tout le monde (lui, son fils et la Pologne) un funeste destin.

L'intrigue se noue au moment où Basyle décide de libérer Sigismond "pour voir" : curiosité malsaine, remords paternel ou plus sûrement irrépressible soif de "savoir"(2) ?

Si cette expérience confirme la violence tyrannique de Sigismond, il sera de nouveau enfermé et on lui fera croire qu'il aura rêvé ses quelques jours de pouvoir : ce n'était qu'un songe.

Qui donc préside à nos destinées(3) ? Les astres, l'amour, les hommes eux-mêmes, les dieux ? L'homme savant peut-il en modifier le cours ? Sigismond saura-t-il profiter de sa liberté et donc de son libre-arbitre ?

Mais le principe de précaution est un véritable paradoxe, et pour le roi, avoir enfermé son fils pendant des années était malheureusement le plus sûr moyen de créer le monstre de vengeance qui n'aura de cesse que d'accomplir la sinistre prophétie ...

Un seul petit bémol pour la seconde moitié de la pièce qui semble juste couler de manière un peu moins fluide : c'est peut-être dû aux coupes (nécessaires) effectuées dans le texte original pour faire rentrer la pièce dans les deux heures actuelles (qu'on ne voit guère passer).

Pour le reste ... un texte passionnant et des acteurs qui le maîtrisent parfaitement : tout le plaisir du théâtre !

__________

(1) : comme en témoigne la date qui s'incruste sur les bandes vidéos qui apparaissent sur scène !

(2) : Basyle-Prométhée joue avec le feu et veut tout à la fois savoir si sa prédiction savante était juste et s'il a réussi à infléchir le cours du destin

(3) : chacun des personnages est marqué au front de l'étoile de son destin ...


Pour celles et ceux qui aiment les étoiles dans les yeux.
Céline en parle, Delphine aussi, Sarah est un peu trop sévère.
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 11:45
Le théâtre
 L'ours et la crevette. 

La petite et très agréable salle du Petit Saint Martin (Paris X°) est comble et le théâtre a réussi un joli coup en accueillant l'adaptation du bouquin à succès de Katarina Mazetti : Le mec de la tombe d'à côté dont on parlait en fin d'année.

Spectacle bien agréable que cette reprise sur scène du texte de la suédoise que l'on comparait un peu à notre Gavalda nationale.

http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifOn retrouve évidemment tout le plaisir du texte et les tendres et amusantes oppositions entre, côté féminin, la crevette intello, écolo et bibliothécaire qui cite Lacan dans le texte et côté masculin, le gros nounours qui sent l'étable et cache des photos de ses vaches laitières dans son portefeuille.

Avec une dimension supplémentaire au bouquin puisqu'ils sont sur scène en chair et en os et que les répliques amusantes (même si on les connait presque par coeur) sont encore plus drôles Anne Loiretque sur le papier et que les moments plus sensibles nous serrent un peu plus le coeur.

La Suède est ici transposée en Normandie et les fameuses boulettes de viande sont devenues de simples cuisses de poulet : francisation sans doute indispensable pour le public parisien qui n'a peut-être pas lu le livre mais qui va comme un gant à Anne Loiret, plus bobo-parisienne tu meurs, pour qui le texte semble avoir été écrit. Elle est faite pour incarner la Daphné du bouquin.

Dans le rôle du gros nounours au coeur tendre, Vincent Winterhalter a un peu plus de mal à équilibrer son jeu. Mais tous deux nous offrent un très beau moment ... idéal à quelques jours de la Saint-Valentin !


Pour celles et ceux qui aiment les amours impossibles.


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