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On A Tout Archivé

16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 06:20

Kathel en parle


Ozon le gang des potiches.

Lorsque les archéologues creusent très profond ils découvrent généralement des amphores.

François Ozon s'est contenté de fouiller pas très loin, disons trente ou quarante ans seulement (même si ça peut faire beaucoup pour les gamins de moins de cinquante ans qui nous lisent), et nous remonte de notre passé récent une Potiche.

Une superbe potiche. Son film est un régal. Tout simplement.

http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifDès le générique (lettrage baba cool, vignettes multiples sur l'écran, musique des années 70), le ton est donné : ce sera d'un ringardisme troublant et d'une drôlerie kitchissime.

Et dès le générique, Catherine Deneuve confirme qu'elle est bien une grande actrice : à 67 ans, elle ne doute [plus] de rien et ose trottiner en jogging en s'extasiant niaisement devant les mignons écureuils de son jardin ou en rimant bêtement des petits poèmes. La potiche incarnée. Sauf qu'elle tient ce rôle difficile et casse-gueule sans aucune fausse note : elle est magistrale.

La Deneuve décoiffe, même si elle passe son temps à vérifier son brushing (pardon, à cette époque on devait dire : sa permanente).

Madame est donc une bourgeoise de province (bienvenue chez les ch'tis en 1977), héritière de l'usine de parapluies(1) de papa dont les commandes ont été confiées à Monsieur.

Mais en 1977 tout fout le camp, c'est la crise, les syndicats revendiquent, les ouvriers ne veulent plus travailler plus pour gagner plus(2), ... Monsieur a une attaque et Madame qui faisait tapisserie doit laisser sa broderie et occuper le fauteuil dictatorial directorial pour négocier avec les employés.

La potiche se révélera finalement moins cruche (je cite encore) qu'on ne le pensait ... mais on ne vous racontera pas la suite de cette satire sociale d'un passé étrangement actuel.

On garde le sourire coincé jusqu'aux oreilles du début à la fin, au risque de la crampe, tant le film est délicieux : par son kitsch délibérément assumé, par un second degré légèrement moqueur, par ses délires parfaitement maîtrisés (ah, les flash-backs sur la vie amoureuse de la jeune Mademoiselle Michonneau ou encore l'envolée lyrique finale qui donne envie de chantonner en tapant dans ses mains) et enfin par son casting impeccable.

Jérémie Rénier, déguisé en Claude François(3) durant tout le film, incarne le fils à papa (mais surtout à maman).

Fabrice Luchini est Monsieur et deviendra ensuite le simple mari de Madame.

Judith Godrèche joue les filles à papa, plus vraie que les vraies.

Karin Viard est la secrétaire modèle dont l'une des spécialités est le bouillon de poule (on vous laisse deviner l'autre spécialité).

Gérard Depardieu est le député-maire socialo-communiste et ses pas de deux avec la bourgeoise Catherine Deneuve rappellent parfois les péripéties de Peppone et Don Camillo .

Fort étonnamment (et fort heureusement) le film ne tombe pas dans le travers franco-français des numéros d'acteurs : tout ce petit monde est parfaitement maîtrisé (si, si, même Luchini et Depardieu, bravo Monsieur Ozon) et judicieusement éclipsé par une Catherine Deneuve en grande grande forme.

Un fin équilibre justement trouvé entre la critique sociale et la comédie de moeurs, l'humour en prime.

Le propos n'est pas vraiment édulcoré et reste assez rude et vachard : rien moins que la place de la femme dans la société française de 1977. Une époque où ces dames découvraient tout juste la pilule(4), la dépénalisation de l'avortement(5), le droit au travail(6), la libre gestion de leurs biens(7), etc ...(8)

C'était il y a trente ans seulement ... et cette perspective peut donner lieu à dérision tout autant qu'à réflexion.

C'est toute la réussite de ce film que de nous faire sourire (et souvent rire) mais tout autant gamberger.

Avec l'avantage de plaire aussi bien aux plus jeunes qu'aux quinquas qui à l'époque, tout comme les gamins dans le film, barbouillaient des moustaches à Giscard sur les affiches électorales.

_______________________________

(1) : après ceux de Cherbourg en 1964, voici ceux de Sainte-Gudule, décidément les parapluies réussissent bien à Catherine Deneuve ...

(2) : je ne fais que citer, cette réplique est dans le film, comme d'autres dérapages célèbres du petit mari de notre grande chanteuse, qui feront rire toute la salle !

(3) : il est même question d'un accident de sèche-cheveux !

(4) : pilule et stérilet ne seront remboursés par la Sécu qu'à compter de 1974

(5) : la loi de Simone Veil ne sera votée qu'en 1975, l'IVG ne sera remboursée qu'à partir de 1982

(6) : les femmes attendront la loi de 1965 pour pouvoir travailler librement sans l'accord de leur mari

(7) : c'est également la loi de 1965 qui dispensera les femmes de l'autorisation de leur mari pour ouvrir un compte bancaire mais il faudra encore attendre ... 1985, pour atteindre la réelle égalité dans la gestion des biens de la famille

(8) : à la sortie du ciné, réflexion ô combien fine et pertinente de BMR, bien dans son style éclairé : ok, ok, mais avec toutes ces “avancées”, peut-on vraiment dire qu'aujourd'hui le monde va mieux ? c'est pas évident ...


Pour celles et ceux qui aiment les parapluies, Catherine Deneuve et les chansons de Jean Ferrat.
Critikat, Kathel et Pascale en parlent.
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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 10:13

Yakakliker pour écouter


From the past.

Remercions tout d'abord Utopie pour nous avoir mis sur la “piste” de cette américaine d'origine allemande : Sibylle Baier.

D'autant qu'on avait peu de chance de la découvrir par hasard : la dame n'a enregistré qu'une douzaine de chansons ... en 1970 ! Depuis, plus rien.

Et encore, l'album n'était même pas sorti alors !

C'est le fiston qui, en 2006, a entrepris de secouer la poussière des vieilles bandes et de faire la promotion de maman.

Autant dire qu'il faut savourer et déguster ces perles rares, y'en n'a pas d'autres !

http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifMalgré la distance et le temps, ça sonne clair et juste : une voix très pure, juste accompagnée d'une subtile guitare.

Jetez donc une oreille sur ce Tonight dont on vous livre ici un large extrait ... hmmm.

Très égoistement, on regrette un peu que la dame ait préféré sa vie privée à une carrière potentielle ...


Pour celles et ceux qui aiment les hippies.
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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 06:12

Lorraine en parle


Le choix de Romain.

Avec cet Homme qui voulait vivre sa vie, vous aurez droit pour un seul ticket ciné, à au moins trois ou quatre films dans la même séance(1).

Une première partie très bobo parisien, histoire de couple, couple de riches, riches du Vésinet, pas vraiment sympas, mais c'est justement le point de départ du film : Romain Duris a tout pour être heureux, beau métier d'avocat, belle femme, encore plus belle maison, beaux enfants(2) avec nounou, et même le capital d'une entreprise qui va lui tomber tout cuit dans le bec. Mais justement, il n'est pas heureux. Son hobby c'était la photo. Il n'a pas choisi sa vie, une vie de gosse de riche gâté, mais il a pas pu choisir. C'est pas de bol.

Une seconde partie presque polar : le même Romain Duris tue par accident l'amant de sa femme(3) - c'est encore pas de bol - et va entreprendre d'effacer méticuleusement les traces, de brouiller soigneusement les pistes et d'abandonner courageusement son passé derrière lui(4).

Une troisième partie presque road movie où le toujours même Romain Duris prend la tangente jusqu'au fin fond des Balkans, quelque part dans un trou perdu de l'ex-Yougoslavie. Il s'y planque et se remet au Nikon avec succès.

Trop de succès : on risque de retrouver sa trace - c'est re-pas de bol - et la dernière partie fait dans le film social quand le encore et toujours même Romain Duris fraye avec des clandestins en fuite sur un cargo.

Voilà, tout ça pour un seul ticket ciné. Ça vaut quand même le coup.

Sauf que y'a que la fuite dans les Balkans qui méritait un film : c'est la meilleure partie, heureusement la plus longue.

On serait bien restés une heure de plus au bord de l'Adriatique à photographier les dockers, à savourer les répliques de Niels Arestrup et à profiter des beaux paysages et du sourire rayonnant de la yougo de service(5).

Bon à vrai dire, si BMR bougonne, c'est parce que y'en a que pour Romain Duris et pas assez pour Marina Foïs(6) : un comble puisque c'est son mari, Éric Lartigau, qui tient la caméra ! Heureusement on l'entend plusieurs fois au téléphone(6), ça sauve le film. Mais ça déconcentre BMR : même que c'est MAM qui a dû lui expliquer la morale de la fin, une vie pour une vie, on est quitte, bon vent Romain.

Bon tout ça, c'est bien trop méchant et ça se laisse regarder. Surtout le passage dans les Balkans, mais ça vous aviez compris.

_______________________________

(1) : sans compter en prime l'adaptation des 500 fameuses pages du fameux roman du fameux Douglas Kennedy

(2) : bon d'accord, le dernier-né pleure sans arrêt et ne fait pas ses nuits

(3) : ben oui, dans ces milieux-là ça arrive souvent

(4) : même si il est un peu triste quand même, la femme, la maison, tant pis, mais faut abandonner les gosses (enfin, le grand parce que le dernier-né, c'est pas grave, il pleurait tout le temps et faisait pas ses nuits)

(5) : elle est serbe et s'appelle Branka Katic, aux cédilles près

(6) : la voix la plus sexy de tout le cinéma français


Pour celles et ceux qui aiment Romain Duris (et Niels Arestrup et un peu Marina Foïs).
Lorraine, Critikat et Pascale en parlent.
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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 06:55

Pascale en parle


Not so fair ...

L'histoire est connue, c'est celle de Valérie Plame, agent de la CIA dont le nom fut dévoilé dans la presse ce qui ruina sa carrière et sa vie privée. Il s'agissait d'une fuite organisée, en représailles des prises de position de son diplomate de mari.

Il avait été envoyé au Niger(1) pour vérifier les ventes d'uranium à l'Irak, mais ses conclusions furent que d'uranium en Irak, il n'y avait point.

À la veille du bombardement de Bagdad, cela ne fut guère du goût de l'administration Bush.

Fair Game nous raconte tout cela et fort bien.

Naomi Watts et Sean Penn sont parfaits, tout entiers dévoués à leurs personnages et à la cause défendue.

Sean Penn, cela n'est guère surprenant, est particulièrement à l'aise et crédible dans un rôle taillé sur mesure.

Cette histoire et ce film sont un peu le pendant outre-Atlantique de la Green Zone de Peter Greengrass qui nous avait tenus en haleine en avril dernier.

On y retrouve même la “journaliste” Judith Miller, la honte de sa profession(2), chargée par le Département d'État des fuites organisées dans la presse avec quelques uns de ses collègues, qu'il s'agisse de “confirmer la présence” des armes de destruction massive en Irak ou de livrer au public la couverture d'une agent de la CIA(3).

Mais tout cela est désormais bien connu.

C'était bien sûr déjà le cas avec Green Zone mais Peter Greengrass avait su nous embarquer dans un thriller militaire survolté et haletant, même si l'issue en était connue.

Avec Fair Game, Doug Liman a bien du mal à décoller et le film trop sage et plutôt fade ne vaut finalement que par cette histoire, certes connue, mais qu'il est toujours bon de rappeler. Sait-on jamais, y'en a peut-être qu'avaient déjà oublié.

Au passage, on a été assez surpris des quelques images situées au Niger(4) : un pays que l'on connait un petit peu ... et que l'on ne reconnait pas du tout. C'est filmé exactement comme Bagdad : ambiance tendue, jeep zigzaguant dans les rues, musique stressante, ... on s'attend presque à voir des snipers ou des terroristes au prochain carrefour. Rien à voir avec le Niger donc. Comme quoi les images, on leur fait bien dire ce qu'on veut ... mais c'est justement le sujet du film !

_______________________________

(1) : dans le nord du Niger, à Arlit, où notre Cogema exploite les ressources du pays

(2) : c'est pas moi qui le dit, c'est Sean Penn dans le film. Moi, je ne fais que répéter, tout comme Madame Miller d'ailleurs.

(3) : et ça, c'est un crime aux US

(4) : sans doute pas tournées à Niamey, mais là n'est pas la question


Pour celles et ceux qui aiment Sean Penn et l'Histoire contemporaine.
Libé et Pascale en parlent.
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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 06:03

Yakakliker pour écouter


From Mâcon.

Nicolas comment ?

Oui, Nicolas Comment.

Ou l'histoire du photographe qui se met à la musique (repéré par MAM).

Il avait déjà travaillé avec Rodolphe Burger et son style s'en approche.

Il vient de confier la mise en scène de son album à Marc Collin que l'on connaît bien depuis une certaine Nouvelle Vague.

Voilà pas mal de références qui justifient le détour par le mâconnais pour découvrir cet album qui vient tout juste de sortir : Nous étions Dieux (cette chanson titre est celle qu'on préfère).

Des “textes à texte”, parfois un peu sulfureux (avec un petit parfum de gainsbarre), un phrasé ténébreux (dans la veine du strasbourgeois déjà cité plus haut), une curiosité de la nouvelle scène française.

Même si le bonhomme se dit ambitieux plutôt que prétentieux, cela sonne un peu trop sophistiqué/recherché pour notre goût et pas tout à fait aussi mélodique qu'on l'aurait aimé.

Mais à écouter tout de même : la production franco-française n'est pas si riche que l'on puisse bouder cette découverte.


Pour celles et ceux (mais surtout celles) qui aiment le côté obscur du chanteur mâle.
Libé en parle.
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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 09:02

Tika en parle


Jeux de drôles.

Un film d'Hitchcock au théâtre ?

Et bien oui, Éric Métayer relève (avec brio) le défi, avec cette adaptation française d'un précédent succès anglo-saxon. Et de ces 39 marches, il n'en loupe pas une.

Ils ne sont que quatre sur la scène du Théâtre de la Bruyère mais ils débordent d'énergie et interprètent une foultitude de rôles et de drôles(1) : héros, policiers, espions, chat, chien, poule, moutons, cascade, buissons, ... n'en jetez plus !

Les voir jouer un dialogue entre deux policiers avec un seul casque de bobby anglais est un régal.

Si vous n'aviez pas encore vu un train ou le monstre du Loch Ness sur une scène de théâtre, c'est l'occasion ou jamais !

Les trois comparses d'Éric Métayer sont tous excellents et arrivent à soutenir son rythme effréné.

Heureusement, il y a un entracte. Un court entracte !(2)

On se demande sans cesse mais comment font-ils ? où vont-ils s'arrêter ? C'est épuisant !

Le côté burlesque, délirant non sense so british, ne fait cependant pas oublier l'histoire d'Hitchcock fidèlement et finement retranscrite sur scène, avec même plusieurs clins d'oeil à d'autres films(3).

On a même droit, comme dans tout bon film d'Hitchcock qui se respecte, à une apparition fugace(4) du maître es-suspens !

Un spectacle un peu dans la veine de l'inénarrable Tour du monde en 80 jours.

On est généralement plutôt difficiles en matière de théâtre humoristique et pas toujours bon public en ce genre mais là, vraiment rien à redire : fous rires garantis, sur scène comme en salle !

______________________________

(1) : le dossier de presse en annonce près de 150 dont 70 pour le seul Éric Métayer !

(2) : ha, ha ! Private joke réservé à ceusses qui ont vu la pièce !

(3) : La mort aux trousses, Les oiseaux, etc.

(4) : un caméo, pour les puristes de la langue.


Pour celles et ceux qui aiment rire.
Dasola, Amanda et Tika en parlent.
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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 06:09
L'express en parle

Nouvelles des États-Unis.

Avec James Salter on découvre un auteur états-unien bientôt centenaire et visiblement réputé. Il était temps de rattraper notre retard.

American Express est un recueil d'une douzaine de nouvelles. Un recueil plutôt égal et équilibré au point que c'est même la répétition de ces petites tranches de vie qui fait le charme insolite de ce bouquin.

Des petites tranches d'histoires qui ne semblent avoir ni début, ni fin.

Le lecteur ne semble pas avoir de prise sur ces personnages insaisissables qui entrent par une page et sortent par une autre.

L'écriture de Salter est très distanciée et excelle à décrire par le menu les petits faits insignifiants qui, au final, signifient beaucoup plus qu'ils n'y paraissent.

[...] C'était une femme qui avait un certain style de vie. Elle savait donner des dîners, s'occuper des chiens, entrer dans un restaurant. Elle avait sa façon de répondre à des invitations, de s'habiller, d'être elle-même. D'incomparables habitudes, pourrait-on dire. C'était une femme qui avait lu, joué au golf, assisté à des mariages, qui avait de jolies jambes, qui avait connu des épreuves. C'était une belle femme dont personne ne voulait plus.

Relisez-moi un peu ça : chaque mot semble avoir été pesé et soupesé, jusqu'à la chute imparable.

Allez, on s'en refait une :

[...] Sa famille mangeait en silence, quatre personnes dans la tristesse d'un cadre bourgeois, la radio était en panne, de minces tapis couvraient le sol. Quand il avait terminé, son père se râclait la gorge. La viande était meilleure la dernière fois, disait-il. La dernière fois ? s'étonnait sa femme.

- Oui, elle était meilleure, maintenait-il.

- La dernière fois, elle n'avait aucun goût.

- L'avant-dernière fois, alors, disait-il.

Puis ils retombaient dans leur mutisme.

On n'entendait plus que le bruit des fourchettes, et, parfois, celui d'un verre. Soudain, le frère se levait et quittait la pièce. Personne ne levait les yeux.

Allez, encore une toute dernière, la dernière page de la première nouvelle, sa chute, souvent citée ici ou là :

[...] Elle a de petits seins et de grands mamelons.  Et aussi, comme elle le dit elle-même, un assez gros postérieur. Son père a trois secrétaires. Hambourg est près de la mer.

Voilà : c'est le point final déroutant de la première nouvelle Am Strande von Tanger (sur la plage de Tanger), débrouillez-vous avec ça. Insaisissable je vous dis.

Une écriture (trop ?) exigeante qui nous plonge sans prévenir dans une tranche de vie où s'entremêlent les souvenirs des personnages et qui, quelques pages plus loin, nous en ressort tout estourbi.


Pour celles et ceux qui aiment les nouvelles.
Points édite ces 207 pages parues en 1988 en VO et traduites de l'anglais par Lisa Rosenbaum.
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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 06:30

Le théâtre de la Madeleine


C'était une Belle-Epoque.

Après le Dindon, voici la Cocotte ...

Quand Sacha Guitry écrit sa première pièce, Nono en 1905, il n'a que vingt ans.

Autant dire que ce texte de jeunesse n'a pas encore la maturité des suivants.

Nono, c'est l'histoire d'une “cocotte”, une belle jeune femme entretenue par ses différents amants.

Ou plutôt l'histoire de deux de ses amants, deux amis qui n'arrivent pas à se partager les charmes faciles et les délicieux caprices de la belle.

Nous voici donc à la fin de la Belle Époque, en pleine comédie boulevardière.

Guitry est réputé pour sa soi-disant misogynie : au-delà des bons mots et des réparties à l'humour grinçant, il est tout autant misogyne que pouvait l'être, dans un tout autre registre, Charles Bukowski. Tous deux font partie de ces hommes qui disent pis que pendre de l'autre sexe mais qui ne peuvent s'en passer une seconde. Et qui cachent le discours de leur vérité derrière une bien mince façade : la grossièreté de Bukowski ou l'humour de Guitry.

Tant la mise en scène que la conclusion de Nono ne laissent guère de doute sur qui est le personnage central de cette pièce dont le titre n'est, lui aussi, qu'une façade.

Précisément, c'est Michel Fau qui met en scène et interprète le rôle principal : celui d'un des deux amants de la belle Nono, un rôle que tint lui-même Guitry en 1910.

Le texte, on l'a dit, est encore loin des sommets qu'atteindra Guitry, on sourit de temps à autre (quand une bonne partie de la salle rit franchement) et ce n'est pas la présence de Julie Depardieu, aussi transparente et vaporeuse que ses tenues (soyons gentils, on dira que c'était son rôle, sans doute) qui apporte quelque chose.

Non, s'il faut aller voir cette Nono au théâtre de la Madeleine, c'est avant tout pour Michel Fau.

Nous ne le connaissions pas jusqu'ici mais nous nous sommes regardés à la fin de la pièce pour nous rendre compte que tous deux, nous étions restés suspendus pendant deux heures aux lèvres du bonhomme. Sa diction est très particulière (elle pourrait d'ailleurs agacer certains), un peu monocorde, presque grinçante ou criarde, proche de que nous aurait donné Devos par exemple, et ici en accord parfait avec le texte.

Il joue comme détaché de la pièce et de son personnage, interpellant le public, quelque part à mi-chemin entre son personnage et le narrateur (il est d'ailleurs également le metteur en scène), nous laissant entrevoir Sacha Guitry lui-même.

Stimulés par cette dimension et ce second degré, on ne s'ennuit pas une seconde.

On dit souvent que c'est le bon texte qui fait l'essentiel du théâtre réussi : Michel Fau nous prouve ici le contraire.

C'est vraiment savoureux et c'est pour lui qu'il fallait faire le détour.


Pour celles et ceux qui aiment les femmes.
Renaud et Luc en parlent.
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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 17:26

Pascale en parle


Welcome to Barcelone ?

BMR ne manquerait pas un film d'Alejandro Gonzales Inarritu (même sans son scénariste attitré qu'était jusqu'à Babel, Guillermo Arriaga) et - mais faut-il le préciser ? - MAM ne manquerait pas une apparition de Javier Bardem à l'écran.

Nous voici donc partis pour une épouvantable Barcelone, à mille lieues de celle de Woody Allen, très loin des Biutiful Pyrénées  : n'allez pas voir ce film si vous projetez une prochaine virée en Catalogne, vous changeriez illico de destination.

On a rarement vu un film aussi pessimiste et une ville aussi ... bien filmée !

Car oui, les cheminées crachent une vilaine fumée, les ruelles sont jonchées de SDF, les sous-sols emplis de sans-papiers, les rues envahies de vendeurs clandestins guettant l'arrivée de la flicaille, ... mais, paradoxe, ces terribles images des bas-fonds de Barcelone sont superbement filmées.

Et puis de certains coins de fenêtres, il paraît qu'on peut voir la pureté du bleu de la mer ...

Ou sinon rêver à la blancheur immaculée des neiges des Biutiful Pyrénées ...

Inarritu, Bardem, Barcelone, autant de bonnes raisons d'aller voir ce film.

Alors bien sûr on y retrouve les mauvais rêves d'Inarritu avec une histoire finalement assez proche de celle de Babel, même si le style en est très différent.

L'approche de la mort et le passage vers l'autre côté : Bardem arrondit ses fins de mois en venant toucher les morts lors des cérémonies funèbres et recueillir leurs après-derniers soucis, une fois qu'ils ont perdu leurs "21 grammes", apaiser leur âme, leur faciliter le chemin vers l'au-delà. Il faut régler ses affaires ici-bas si l'on veut voyager tranquille au-delà.

Au passage Bardem encaisse quelques billets des proches du mort : il ne se contente pas d'apaiser les morts mais également (et surtout) les survivants laissés en peine ici-bas.

Est-ce un don médiumnique ? Ou plutôt une gentille arnaque ? Un peu des deux vraisemblablement : Inarritu laisse planer le doute et Javier Bardem joue tout en ambiguïté.

Mais Uxbal, le personnage joué par Bardem, ferait bien de régler ses propres affaires ici-bas plutôt que s'occuper des morts des autres : on lui annonce un cancer bien avancé et une fin très prochaine.

Autre obsession d'Inarritu, le rapport au père et l'abandon par celui-ci des enfants(1).

Ici, Bardem a été “abandonné” par son propre père qui a du fuir l'Espagne franquiste. Il ne l'a pratiquement jamais connu et le retrouvera sous diverses formes dans le film.

Mais l'essentiel c'est qu'ici, Uxbal, rongé par son cancer, se prépare à abandonner ses propres enfants : une fillette de dix ans et un jeune garçon qu'il tente de protéger de leur mère instable(2)

Saluons au passage la prestation des deux gamins : dans ce monde impitoyable et hostile même aux adultes, ils jouent sans une fausse note.

Autre obsession d'Inarritu, encore, les immigrants sans-papiers(3).

Barcelone est envahie de clandestins chinois ou sénégalais : Bardem sert d'intermédiaire et on le suit quand il traficote entre maquereaux de tous bords (exploiteurs chinois, flics ripoux, entrepreneurs locaux peu scrupuleux sur la main-d'oeuvre, ...). Il tente maladroitement(4), de concilier son besoin d'enveloppes pleines de billets et sa conscience.

Après tout ça, que vous faut-il de plus ? Bardem porte tout simplement toute la misère du monde sur ses épaules.

Mais il le fait bien et ça lui a même valu un prix mérité à Cannes.

Le personnage Uxbal, rongé par son cancer, ses visions et sa culpabilité (vis à vis de son ex, de ses enfants, des sans papiers, ...) tente tant bien que mal, et plutôt mal que bien, de naviguer entre tous les écueils. Sans vraiment y arriver : Inarritu ne lui laisse guère d'échappatoire et l'on a rarement vu film aussi pessimiste.

D'autant que, si avec Babel, le côté hollywoodien (acteurs, paysages, ...) nous protégeait confortablement, ici à Barcelone, plus de faux-semblant. On peut à peine se dire que ouf, heureusement qu'Inarritu est hispanique : il aurait été capable de filmer tout ça à Paris (et l'on se doute bien que telles images sont possibles dans chacune de nos plus belles capitales occidentales).

Malgré cette noirceur, quelques très belles scènes nous laissent entrevoir un peu de magie (au moins celle du cinéaste) : le repas de famille entre Uxbal, ses enfants et la mère, un soir qu'elle était à peu près recalée (ah, manger la glace avec les doigts ...) ou encore la scène où Ige, la sénégalaise, ramène les enfants d'Uxbal de l'école (pas un mot et tant de choses sont dites ...).

Vous l'avez compris : si vous êtes en forme et avez vos 21 grammes d'âme bien accrochés, ne manquez surtout pas ce très très beau film. Mais si vous n'êtes pas dans votre assiette en ce moment ou si vous aviez idée d'aller prochainement à Barcelone, évitez peut-être cette très très sombre histoire !

Un beau film, mais une histoire pas biutiful du tout.

_______________________________

(1) : dans Babel, Brad Pitt essayait déjà de récupérer ses gosses ...

(2) : elle est bipolaire, pour faire (trop) court : la nouvelle étiquette des maniaco-dépressifs

(3) : comme la nounou mexicaine de Babel

(4) : le mot est faible mais je n'en dis pas plus


Pour celles et ceux qui aiment les villes et les histoires désespérantes.
Critikat et Pascale en parlent.
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Published by BMR & MAM - dans Cinoche
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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 06:56
D'autres avis sur Critiques Libres

Telle mère, telle fille.

http://carnot69.free.fr/images/chinois.gifAprès vous avoir bassinés avec un été africain, on risque bien de vous imposer un automne vietnamien en prévision de notre voyage en décembre chez les Hmongs, Lô Lô et autres minorités ethniques des montagnes du nord-vietnam ... ! Allez, on commence ...

Kim Thuy est née à Saïgon pendant l'offensive du Têt. Elle quittera le Vietnam 10 ans plus tard en compagnie d'autres boat people. Depuis elle vit au Québec.

Elle a écrit Ru, son premier roman, en français.

Largement autobiographique, ce petit bouquin est comme un collage de souvenirs et d'époques : les derniers temps de l'opulence coloniale avant l'arrivée des communistes, la fuite en bateau jusqu'au Canada via les camps de réfugiés de Malaisie, la vie d'immigrante au Québec, puis ses deux enfants, son retour provisoire au pays de nombreuses années après, ... Kim Thuy entremêlent habilement de petites scènes vécues dans ces différents lieux à différents moments de sa vie. Le patchwork prend forme et se dessinent peu à peu quelques portraits : le sien bien sûr, mais également celui de sa famille, sa mère, Tante 7(1) un peu simplette ou encore l'incorrigible Oncle 2, play-boy désinvolte et charmeur ...

Bien sûr quitter le Vietnam dans ces conditions et à cette époque n'a pas été une excursion touristique : quelques scènes évoquent des souffrances et des blessures pas faciles à oublier ...

Mais l'auteure sait aussi nous faire partager quelques moments de pure poésie asiatique :

[...] J'allais au bord d'un étang à lotus en banlieue de Hanoï, où il y avait toujours deux ou trois femmes au dos arqué, aux mains tremblantes, qui, assises dans le fond d'une barque ronde, se déplaçaient sur l'eau à l'aide d'une perche pour placer des feuilles de thé à l'intérieur des fleurs de lotus ouvertes. Elles y retournaient le jour suivant pour les recueillir, une à une, avant que les pétales se fanent, après que les feuilles emprisonnées aient absorbé le parfum des pistils pendant la nuit.

Mais les plus belles pages sont celles qui évoquent son arrivée au Canada, il y a trente ans, et l'accueil que leur réservaient les québécois. Des pages à lire et relire, salutaires à notre époque où l'on se préoccupe plutôt d'élever des murs et de fermer les frontières.

[...] Ma première enseignante au Canada nous a accompagnés, les sept plus jeunes Vietnamiens du groupe, pour traverser le pont qui nous emmenait vers notre présent. Elle veillait sur notre transplantation avec la délicatesse d'une mère envers son nouveau-né prématuré. Nous étions hypnotisés par le balancement lent et rassurant de ses hanches rondes et de ses fesses bombées, pleines. Telle une maman cane, elle marchait devant nous, nous invitant à la suivre jusqu'à ce havre où nous redeviendrions des enfants, de simples enfants, entourés de couleurs, de dessins, de futilités. Je lui serai toujours reconnaissante parce qu'elle m'a donné mon premier désir d'immigrante,celui de pouvoir faire bouger le gras des fesses, comme elle. Aucun Vietnamien de notre groupe ne possédait cette opulence, cette générosité, cette nonchalance dans ses courbes.

Le bouquin est construit presque comme un journal intime, mélangeant les lieux et les époques. Intime est bien le mot : toute en pudeur, Kim Thuy essaie de se raconter.

Mais on ressort un peu frustré de ce petit bouquin avec l'impression d'avoir passé une charmante soirée avec une jeune femme asiatique agréable, à la conversation très intéressante, qui a su nous faire entrevoir plein d'épisodes de sa vie mouvementée, plein de petites choses curieuses d'autres lieux et d'autres époques et puis qui nous laisse page 143, bon, cher monsieur, il faut que j'y aille, ravie de vous avoir rencontré ...

Oui certes, mais, mais ... on aurait aimé plongé plus au coeur peut-être pas de la vraie vie de Kim Thuy, ne soyons pas indiscrets, mais au coeur d'un bon gros roman qui nous aurait emporté des heures, là-bas, autrefois.

À trop vouloir coller à sa propre réalité intime, l'auteure finit par se cacher, c'est bien naturel. D'ailleurs, elle en convient elle-même : petite, elle était l'ombre de sa cousine, plus grande, l'ombre de ses hommes ... Une histoire moins personnelle et plus romancée lui aurait permis de plus en raconter, en même temps que de mieux se cacher, ombre parmi ses personnages.

Mais ne boudons pas le plaisir à lire ces quelques belles pages, même peu nombreuses !

D'autant que deux autres livres sont en préparation : peut-être l'occasion de passer à nouveau une ou deux agréables soirées en compagnie de cette charmante dame ...

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(1) : Kim Thuy nous dit qu'au Vietnam on préfère souvent les numéros (dans l'ordre des naissances) aux prénoms !


Pour celles et ceux qui aiment les immigrants.
Liana Levi éditent ces 143 pages parues en 2009.
Marie-Claire, À propos, Kathel, Jules et plein d'autres en parlent.
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Published by BMR & MAM - dans Bouquin
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