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On A Tout Archivé

29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 06:32
Le site officiel
Dirty dancing.  

Un coup de coeur pour L'Arnacoeur au grand coeur évidemment.
Un pré-générique façon 007 (hilarant), une équipe impossible façon Mission Impossible avec électroniques diverses et usurpations variées, sans que personne ne se prenne au sérieux dans cette joyeuse comédie.
Romain Duris est chargé de séduire Vanessa Paradis (ça tout le monde avait compris) avant que la belle ne convole en tristes noces avec le premier de la classe.
Le beau Romain et son équipe, rompus à ce genre d'exercice, se mettent à l'oeuvre, pressés par le temps et l'argent, mais rien ne va plus ... et bien évidemment, le tombeur trompeur finira par tomber ... amoureux de sa proie.
C'est de toute évidence cousu du même fil que la robe de mariée mais, magie du cinéma, la mayonnaise prend et l'équilibre astucieux entre pitreries abracadabrantes et romance amoureuse fonctionne à merveille.
Avec trois fois rien mais un art consommé Pascal Chaumeil compose un coquetèle remarquablement réussi : une bonne de dose de Romain Duris, deux bonnes pincées épicées de ses deux acolytes (Julie Ferrier, excellente, et François Damiens), et un nuage de Vanessa Paradis.
On est pliés de rire la moitié du temps et l'autre moitié on reste béats, le sourire fendu jusqu'aux oreilles devant cette sympathique et surtout charmante histoire du beau gosse et de la jolie fille.
La réplique qui tue quand le papa mafioso accompagne la mariée à l'autel et lui chuchote à l'oreille discrètement : à la sortie, y'a une voiture avec les clés dessus. Tout est dit !
Ben oui quoi, la vie est trop courte pour se marier triste !
Et, oui mesdames, Romain Duris sait tout faire avec classe et avec le sourire : chanter, conduire, danser, boxer, vacciner, repasser, courir, pédaler, et même cuisiner les spaghettis ...
Un film où l'on découvre comment parler aux filles, aux colombes et aux dauphins.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires d'amour.
Pascale en parle.
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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 12:08
Le site officiel
Sehr sympathisch.  

Décidément, le mal de dos est très tendance : il y a quelques jours le Bad lieutenant Nicolas Cage traversait La Nouvelle-Orléans bossu de douleur et voici Adam Bousoukos qui fait la cuisine torturé par une hernie discale dans Soul Kitchen, du réalisateur turc-allemand Fatih Akin.
Un petit film bien sympathique qui brosse le portrait d'une petite troupe d'amis des milieux branchés d'Hambourg : musicos, artistes, squatteurs et marginaux, ... qui se retrouvent dans un hangar désaffecté, transformé en restaurant par un immigré grec incarné par Adam Bousoukos.
Dans un joyeux désordre tourbillonnant, il se débat avec ses affaires de coeur (sa chérie, blonde allemande bcbg, est partie aider les tibétains), ses affaires tout court (le resto bat de l'aile, les promoteurs immobiliers sont à l'affut et les services d'hygiène et du fisc à la porte) et son frangin qui sort de taule et qui veut "faire semblant de travailler".
Heureusement, notre héros est secondé par une serveuse (un nom à retenir : Anna Bederke) qui picole visiblement plus que les clients et un cuistot qui est un adepte du lancer de couteaux !
Le tout est servi avec une sauce musicale bien relevée (la BOF est aussi sympa que le film).
Ne manquez pas non plus le générique de fin, très vintage.
Un film où l'on découvre comment accomoder le poisson pané, comment baiser le fisc et comment guérir radicalement une hernie discale.

Pour celles et ceux qui aiment la cuisine underground.
Les irréductibles en parlent. Pascale et Le Monde aussi.
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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 06:56
Son site

Chagrin d'amour.

Il y a peu on évoquait avec Madame Aime, quelques comédiennes qui s'essayaient à pousser la chansonnette.
Voici cette fois une vraie chanteuse qui s'est aussi aventurée au cinéma ou à la télé : Marie Espinosa.
Elle vient de sortir fin 2009 son premier disque La démarrante écrit, parait-il, à la suite d'une déconvenue amoureuse(1).
C'est frais et sympa, une sorte d'album photos un peu mélancolique.
La demoiselle et son piano méritent une écoute attentive : voix haute et claire, riches arrangements, textes pas bêtes, ... on était presque tentés de mettre un petit coeur.
Toutes les chansons de l'album ne sont pas égales mais on aime bien :
- L'annonce
- Toi de Paris .
Les paroles de L'annonce :
Charmante jeune fille de 25 ans / bouffe la vie à pleines dents
essaie de vivre intensément / et partager appartement
Charmante jeune fille de 25 ans / qui veut rêver le monde en grand
voudrait voir la vie autrement / viens, montre-moi comment.
J'annonce, j'annonce, j'annonce / toujours pas de réponse
J'annonce, j'annonce, j'annonce / j'attends votre réponse.
Charmante jeune fille de 25 ans / pas de mari et pas d'enfant
qui ne croit plus au prince charmant / se contenterait d'un bon amant.
Jeune fille 25 ans passés / prendrait bien cours particuliers
pour voir la vie du bon côté / aimerait se sentir comblée.
[...]
http://carnot69.free.fr/images/deezer.pngUne jeune fille à suivre au-delà de ses 25 ans puisqu'elle veut décrocher la lune, même si elle doit y laisser des plumes ...
et à écouter sur notre playlist Deezer.
_____________
(1) : au fait, merci à l'imbécile qui l'a plantée là, je veux dire : merci pour l'album.

Pour celles et ceux qui aiment les jeunettes.
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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 06:27
Le site officiel avec un dossier
Il faut que cela soit dit.  

Pour découvrir ce qui se cachait derrière La Révélation, il fallait passer outre le titre français peu accrocheur (c'était Sturm, la tempête en VO).

En réalité le film aurait pu s'intituler : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Cour Pénale Internationale de La Haye sans jamais avoir eu le temps de le demander.

Ou plus précisément sur le TPIY, le Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie qui la préfigure et qui n'est rien moins que le premier tribunal de guerre depuis Nuremberg(1).

Le réalisateur allemand Hans-Christian Schmid nous fait suivre les travaux d'une procureure attachée à faire condamner un ancien officier bosno-serbe coupable de crimes contre l'humanité.

Toute ressemblance avec des Radovan Karadzic ou des Milan Lukic n'est évidemment pas fortuite même si le metteur en scène se défend d'avoir voulu s'inspirer de faits réels.

Une bonne partie du film se déroule donc dans les bureaux du tribunal, dans des hôtels internationaux, entre couloirs froids et chambres impersonnelles : c'est le travail la vie quotidienne de ces agents, entre deux avions ou deux taxis.

Mais le film est loin d'être ennuyeux, bien au contraire, car il est monté comme un polar : depuis l'arrestation du triste sire sur une plage accueillante des Açores jusqu'aux scènes de procès où tout le monde porte les écouteurs de la traduction simultanée, en passant par les escales dans la poudrière d'ex-Yougoslavie, l'intérêt ne faiblit pas un instant.

Au coeur de cette enquête prenante, le témoignage difficile à obtenir d'une jeune femme qui a subi les horreurs de l'épuration ethnique, il y a 15 ans ...

Sur ce chapitre du viol organisé, du viol ethnique, devenu une nouvelle arme de guerre, le film est exemplaire de pudeur et de retenue, ne tombant dans aucun voyeurisme mais réussissant à nous faire ressentir l'oppression et l'horreur sans même une image d'archives comme on dit (le procédé eut été facile). L'indicible y est traduit, avec beaucoup de force, par un simple ... paquet de bonbons.

Et l'on découvre les mécanismes du procès, les tractations avec la partie adverse, les pressions de l'ONU ou de l'OTAN (qui finance et assure la sécurité sur place ...), les compromis nécessaires avec la realpolitik de l'UE qui voudrait accélérer le processus d'intégration de cette région dans l'Union et qui verrait d'un mauvais oeil le sire Duric s'ériger en martyr de la cause nationaliste, ...

Au coeur de ces manigances juridico-politiques, le témoin balloté dans la tempête (d'où le titre en VO) qui vient bouleverser sa vie, pour la seconde fois 15 ans après.

Le duo d'actrices qui porte le film est formidable : la néo-zed Kerry Fox semble taillée pour le rôle de la procureure essayant de manoeuvrer dans la jungle internationale et la roumaine Anamaria Marinca incarne sobrement la douleur de la jeune femme malmenée par la guerre. Toutes deux y perdront encore quelques illusions.

Leur dialogue qui clôture le film semble dire qu'au-delà de la justice proprement dite, il est vital pour les victimes - notamment les femmes qui subissent [...] ce que subissent les femmes en temps de guerre - que les choses puissent être dites, à défaut d'être jugées.

Tout cela est filmé un peu façon reportage, la caméra centrée en gros plan sur les acteurs, tous excellents, pour tirer le portrait d'une galerie de personnages.

Juste quelques plans des lieux dans lesquels ils évoluent et qui semblent peser lourdement sur eux : hôtels froids, Yougoslavie en état de siège, ... seules quelques images de Berlin où la jeune femme, victime et témoin, avait tenté de refaire sa vie et d'oublier son passé, seules ces quelques images d'enfants, d'écoles, d'appartement familial, ... suggèrent qu'une vie normale existe ailleurs.

Un film où l'on découvre que la justice est rendue par des hommes (et des femmes), même la justice internationale.
______________
(1) : mais avec une différence notable depuis Nuremberg qui était le tribunal des "vainqueurs", puisque le tribunal de La Haye dépend des Nations Unies.


Pour celles et ceux qui aiment les leçons d'histoire contemporaine.
Une interview du réalisateur Hans-Christian Schmid sur Courrier Int.
L'intéressant (si, si ...) dossier pédagogique du site officiel.
Critikat et Telerama en parlent, les Irréductibles aussi.
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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 16:47
Versatile en parle
Bad trip.  

Pas trop fan des tics agités de Nicolas Cage mais forcément attiré par la sensualité pulpeuse d'Eva Mendes depuis We own the night, BMR s'est laissé tenter par le remake du film d'Abel Ferrara par Werner Herzog : Bad lieutenant / escale à la Nouvelle-Orléans.

Et même si - avouons-le tout de suite comme ça on n'en parle plus(1) - on n'a pas vu l'original, toutes ces références semblaient prometteuses.

Première entorse à l'original justement, l'action a été transposée de New-York à New-Orleans où, après Tavernier, les brumes électriques laissées par le déluge Katrina n'ont pas encore fini de se dissiper ni d'attirer les cinéastes ...

Il faut dire que la chaleur humide des rues coloniales de la Louisiane va comme un gant en peau de croco à ce polar poisseux.

Il est d'ailleurs beaucoup question de serpents, d'iguanes et d'alligators dans ce film, comme si après l'ouragan, la nature primitive refaisait surface et venait ronger notre civilisation.

Depuis Mickey Rourke et Angel Heart on sait que la sorcellerie irrigue les marais de cette région.

Dans le film de Tavernier, Tommy Lee Jones voyait des fantômes sudistes dans les brumes du bayou.

Ici, le Bad Lieutenant voit batifoler les iguanes et danser les âmes des victimes.

Avec Nicolas Cage, flic ripoux avide de sexe et de drogue aux commandes d'une enquête mal barrée, on pouvait craindre un polar hyper-violent et hyper-tendu.

C'était sans compter sur l'alchimie qui a opéré entre ces deux givrés que sont Herzog et Cage.

Le résultat est un film surprenant qui, une fois ce décor polar planté, prend patiemment son rythme : le Bad Lieutenant traverse ce film comme une âme errant dans les mondes souterrains (l'enfer c'est ici et maintenant).

Perdu entre deux portes ou entre deux rives du Styx(2), il semble porter toute la misère du monde sur ses épaules, au figuré comme au propre puisqu'il se traîne à demi bossu, bourré de substances diverses - certaines licites d'autres beaucoup moins - pour ne pas trop souffrir d'un mal de dos chronique qui le plie en deux.

Accro à toutes sortes de drogues dont sa girl-friend, ce personnage très attachant survole cette enquête déjantée comme légèrement décalé, sachant que quelque part il doit forcément exister une paix inaccessible.

Le film est ainsi parsemé de scènes très poétiques : comme celle dans la remise du jardin à la recherche de la petite cuiller en argent perdue (la madeleine du Bad Lieutenant qui voyait là un trésor de pirates quand il était petit).

Les diverses rencontres, parfois agitées, avec le père alcoolo dans la vieille maison coloniale sont pleines de charme.

Le film se conclura sur une morale ambigüe et finalement une dernière image enfin apaisée devant un aquarium : les poissons rêvent-ils, that is the question !

Un film où l'on découvre comment truquer les matches de foot et bien sûr comment obtenir de la came sans payer.

Un coup de coeur très personnel pour ce film qui ne plaira peut-être pas à tout le monde mais certainement à ceux qui accepteront, sans a priori, de se laisser porter par les folies douloureuses du tandem Cage-Herzog.
_________
(1) : l'essentiel des débats tournent autour de ce "remake" : fidèle or not fidèle, that is not the question. D'ailleurs Herzog, un brin provoc, clame partout qu'il n'a pas vu le film de ... de qui déjà ? Ferreri ?
(2) : en VO comme en VF, le sous-titre du film rappelle que ce n'est qu'une escale ...


Pour celles et ceux qui aiment les trips planants.
Versatile en parle, Critikat et les Inrocks aussi. Un amusant billet du Monde.
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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 07:07

Littexpress en parle


Au temps béni des colonies.   


Il était une fois.
Amadou Hampaté Bâ est l'auteur malien par excellence. D'origine peule, il est né à Bandiagara au pays Dogon avec le début du siècle et il s'éteindra un peu avant lui.
Ethnologue et écrivain reconnu, il prononcera à l'Unesco cette phrase restée célèbre : "En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle."
Avec L'étrange destin de Wangrin il a recueilli puis mis sur le papier les mémoires de cet étrange Wangrin, personnage réel mais ô combien insaisissable, dans tous les sens du terme.
Interprète officiel des gouverneurs (du temps où l'AOF recouvrait le Mali, le Sénégal et d'autres colonies françaises), il aura consacré sa vie à monter des arnaques en tout genre, grugeant indifféremment ses compatriotes et les colons français, aux seules fins de s'enrichir et d'asseoir son influence.
Si la concussion, la malversation et la prévarication étaient des disciplines olympiques, nul doute que le sieur Wangrin aurait réussit le grand chelem sans forcer.
Drôle d'idée donc que de brosser ainsi le portrait d'un noir a priori peu sympathique ... mais dont on ne peut s'empêcher de suivre avec intérêt les aventures abracadabrantes (et pourtant bien réelles, Hampaté Bâ nous l'a dit), racontées au rythme des contes et légendes de la brousse mais avec un suspense digne d'un polar.
http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifIl faut dire que les crimes perpétrés par l'infâme Wangrin ne sont jamais bien graves(1) : il ne s'agit, après tout, que de trafics et d'argent, de l'argent des colons français venus s'enrichir en Afrique, juste retour de manivelle.
Et puis Wangrin se montre un étonnant connaisseur des ressorts de l'âme humaine, jaugeant précisément ses interlocuteurs, trouvant habilement leurs points faibles.
Enfin, tout cela est mené de main de maître es arnaque, au nez et à la barbe des gouverneurs français, roulés dans la farine de mil.
Il faut dire que Wangrin a été à bonne école : l'école des otages, comme on l'appelait alors, lorsque les colons réquisitionnaient de force les fils des notables de la brousse pour les avoir sous la main dans des écoles éloignées et ainsi s'assurer de la fidélité de leurs vassaux(2).
L'école des colons blancs coiffés du casque colonial : [...] Cette coiffure ridicule ne faisait pourtant rire personne. Bien au contraire elle inspirait la peur. C'était en effet la coiffure officielle et réglementaire des Blancs, ces fils de démons venus de l'autre rive du grand lac salé [...] C'était un emblème de noblesse qui donnait gratuitement droit au gîte, à la nourriture, aux pots-de-vin et, si le coeur en disait, aux jouvencelles aux formes proportionnées pour les plaisirs de la nuit.
Finalement, dans ce monde peu sympathique (c'est l'époque de la Grande Guerre), Wangrin nous apparaît plutôt humain et passe presque pour une sorte de Robin des Bois de baobabs, un Robin des Baobabs qui volait beaucoup les riches et donnait un peu aux pauvres et qui, comme la charité bien ordonnée, commençait par se servir lui-même.
Les histoires d'argent comme les histoires d'amour finissent mal, en général, et l'on se prend à la fin de ces aventures truculentes, à regretter ce trouble personnage, l'écriture impeccable d'Hampaté Bâ et le rythme répétitif des contes de la brousse ...
Un livre où l'on découvre les vilenies dont sont capables les colons blancs, et comment utiliser à son profit différents mécanismes de l'âme humaine (sans couleur celle-ci).

Voir aussi les polars de Moussa Konaté, un autre auteur malien.
_____________
(1) : bon d'accord, il joue quand même un temps les proxénètes avec une cousine adoptive ...
(2) : Hampaté Bâ y a également "séjourné".

Pour celles et ceux qui aiment les contes africains.
Les éditions 10-18 éditent en poche ces 366 pages qui datent de 1973 ou de Ramadan 1391.
D'autres avis sur Critiques Libres. Nathalie parle longuement de l'auteur et du livre sur Littexpress.
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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 07:37
L'article de Critikat
Snow-movie givré.  

http://carnot69.free.fr/images/polaire.gifOn connaissait le road-movie US, en voici la version polaire : Nord, le snow-movie de Rune Denstad Langlo.
On se souvient d'Une histoire vraie racontée par David Lynch où Alvin partait sur les routes américaines fièrement assis sur sa tondeuse ... et bien voici Jomar(1) qui parcourt les plaines, les forêts et les montagnes enneigées de Scandinavie sur sa motoneige.
Une sorte de cousin norvégien du finlandais Vatanen (celui du lièvre hein ! pas celui des rallyes, pfff ...).
Alors évidemment les jeux de mots sont faciles : humour blanc, film givré, comédie blizzard, ... Passons.
Jomar est en pleine déprime : ancien sportif déchu, largué par sa femme, il fait la navette (en motoneige) entre l'hôpital psy et sa cabane du remonte-pente qu'il est supposé faire fonctionner(2). Comme rien ne va plus, il finit par mettre accidentellement le feu à son chalet mais se garde bien de l'éteindre(3) : il prend ses cliques et ses claques, et enfourche sa motoneige.
Direction : le nord (Narvik : 890 km). Le nord qu'il a perdu.
Et nous voilà partis à travers les sapins, musique d'ambiance, sur les traces d'un Jomar plus préoccupé du ravitaillement en alcool qu'en essence (il finira d'ailleurs à skis !).
En chemin quelques rares rencontres dans le désert blanc, toutes plus improbables les unes que les autres, qui nous valent quelques scènes fantastiques.
Au fil des étapes et des rencontres, Jomar gagne peu à peu en sagesse et en sérénité.
Peu de mots. Un film très elliptique où chaque raccourci est l'occasion de se laisser surprendre et d'entrevoir quelques chemins de traverses. Un fim sobre et lent, on dirait du cinéma asiatique !
Quelques thèmes récurrents viennent ponctuer le récit comme cette étrange fuite des parents(4).
À travers la caméra de Rune Denstad Langlo, ces quelques échantillons du peuple norvégien nous apparaissent très humains, très étranges et en tout cas pas banals.
Des pionniers du far-north, perdus dans leurs petites maisons dans la prairie ... blanche.
Un film où l'on découvre, entre autres choses, l'art de se saoûler sans boire et les différentes façons de se servir d'une motoneige.
____________
(1) : ça a l'air de se prononcer un peu comme you-mar
(2) : mais quand il va vraiment mal, les clients sont priés de se servir eux-mêmes en forfaits, en échange d'une casserole remplie de neige qu'il fera fondre pour sa tambouille ... !
(3) : il est en fait obsédé par les incendies dans les tunnels (comme celui du Mont-Blanc) qu'il regarde en boucle à la télé sur National Geographic ... !
(4) : ceux de l'adolescente qui vit avec sa grand-mère, ceux du jeune homme qui sont partis en Thaïlande, et même le vieux sâme qui part, lui aussi ...

Pour celles et ceux qui aiment le ski de fond.
Critikat en parle. Télérama aussi, et bien pour une fois (pfff, quand je relis leur critique de l'ennuyeux Sans laisser de traces !).
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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 07:07

Le site de l'éditeur


La guerre de Troie a bien eu lieu. Deux fois.   


Il était une fois.
Dans une Afrique imaginaire, à une époque imaginaire, Laurent Gaudé nous conte La mort du roi Tsongor, à la veille des épousailles de sa fille unique et préférée.
Mais rien ne va plus dans le pays de Massaba.
Un deuxième prétendant s'invite au mariage de la fille. Le roi meurt. Les deux princes vont s'entre-déchirer pour la belle et son royaume, ils vont livrer bataille au pied des murailles de la ville assiégée.
Bref, tout fout le camp et il y a quelque chose de pourri au royaume de Tsongor, un empire bâti à force de conquêtes, d'ambitions, de batailles et donc de morts.
Trop de morts, qui pèsent maintenant lourdement sur le destin de chacun : aucun n'en sortira indemne.
Dans un style très théâtral, Laurent Gaudé fait preuve d'un étonnant syncrétisme mythologique rassemblant des bribes de tragédie grecque, de guerre de Troie, d'amazones, de jardins babyloniens et même d'une armée de soldats d'argile.
On retrouve dans cette épopée homérique la poussière des combats déjà soulevée dans les romans d'Ismail Kadaré.
On aurait aimé y retrouver le souffle qui animait l'albanais nationaliste.
On aurait aimé y retrouver un peu d'exotisme puisqu'on n'est finalement guère curieux de retrouver ici une autre Hélène ou d'autres Hector ou Achille sous les remparts de la ville : un air de déjà vu.
Tout cela est fort bien écrit mais on aurait aimé y trouver un supplément d'âme plus intime comme si Laurent Gaudé s'était livré à un exercice trop académique : rassemblez vos souvenirs de la classe de mythologie classique et racontez une belle histoire.
On aurait surtout aimé que l'Afrique soit plus présente ou que l'humain et le fantastique s'invitent plus souvent, comme dans ces troublants passages où l'âme en peine du Roi Tsongor qui attend son heure sur les berges du fleuve des morts, voit peu à peu "arriver" les combattants trucidés, puis ses sujets, et enfin ses fils eux-mêmes, ...
[...] - J'ai vu aujourd'hui une foule immense apparaître à mes yeux, reprit le mort. Ils sortaient de l'ombre et se sont dirigés, lentement, vers la barque du fleuve. C'étaient des guerriers hagards. J'ai observé leurs insignes ou ce qu'il en restait. J'ai regardé leurs visages. Mais je n'ai reconnu personne. Dis-moi, Katabolonga, qu'il s'agit d'une armée de pilleurs que les troupes de Massaba ont interceptés quelque part dans le royaume. Ou de guerriers inconnus qui sont venus mourir sous nos murailles sans que personne ne sache pourquoi. Dis-moi, Katabolonga, que cela n'est pas.
- Non, Tsongor, répondit Katabolonga. Ce n'est ni une horde de pilleurs ni une armée de mourants venus s'échouer sur nos terres. Ce sont les morts de la première bataille de Massaba. Tu as vu passer sous tes yeux les premiers écorchés de Souame et de Sango Kerim, mêlés les uns aux autres dans une pauvre colonne de révulsés.
- Alors la guerre est là et je n'ai rien empêché, dit Tsongor. Ma mort n'a servi à rien.

Pour celles et ceux qui aiment les tragédies antiques.
Les éditions Actes Sud Babel éditent ces 205 pages qui datent de 2002.
D'autres avis (partagés également) sur Critiques Libres.
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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 06:10
Le site de MyMajorCompany

Devenez producteur de zik.

Aujourd'hui on vous propose de jeter une oreille du côté de chez Joyce Jonathan, dont les médias sont friands en ce moment (MAM avait repéré la demoiselle dans les magazines).
Non que la zik ou la voix de Joyce Jonathan soient vraiment remarquables (ça ressemble quand même un peu trop à de la variété, soit dit sans méchanceté) même si on aime bien par exemple : L'heure avait sonné .
Mais c'est surtout le "système" qui se cache derrière qui nous a un peu scotchés.
Ces jeunes artistes sont en effet co-produits grâce au site My Major Company où les internautes peuvent écouter leurs musiques et "miser" sur leurs poulains préférés.
Des vrais euros (10 €, 100 € pour certains, 5.000 € pour d'autres !) et qui dit miser, dit aussi retour sur investissement potentiel ... ou espéré.
Après les sites de microcrédit en ligne (comme Babyloan), voici une sorte de Monopoly de la zik, pour de vrai.Deezer
Reste plus qu'à acheter des cigares et des pompes en croco pour poser dans son salon en Eddie Barclay.
Bon, si jamais vous placez vos économies sur My Major Company, dites-nous : on ira écouter "votre production".
En attendant écoutez notre playlist sur Deezer.

Pour celles et ceux qui aiment la starac' en ligne.
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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 06:54
Le théâtre des Mathurins
Bête et méchant. 

Le théâtre des Mathurins reprend, avec Les autres, trois textes(1) écrits par Jean-Claude Grumberg à la fin des années 60, à un moment où la France avait peur, au lendemain de la guerre d'Algérie, à l'aube de 68.
Daniel Russo incarne (magnifiquement) le beauf' dans toute sa splendeur, sa bêtise, sa connerie, sa veulerie.
Evelyne Buyle, choucroute sur la tête, lui donne la réplique telle une fidèle Simone plus vraie que nature.
Sauf que le metteur en scène Daniel Colas a repris les textes tels quels, sans aucune mise en perspective.
C'est tout juste si quelques actualités d'époque défilent sur un écran et quelques chansons de notre enfance accompagnent les changements de décor, comme pour nous rappeler que tout cela a été écrit 40 ans plus tôt.
Mais alors à quoi bon ?
À quoi bon cette diatribe féroce et vindicative ?
Certes, il y a vait des cons. Il y a vait des gens vulgaires. Il y a vait des beaufs. Certes.
Sauf que, depuis les années 70, beaucoup beaucoup d'autres nous l'ont dit, montré, démontré, démonté.
Comme par exemple, Michel Colucci qui saura, quelques années plus tard, se montrer beaucoup plus subtil et surtout beaucoup plus efficace.
Alors peut-être faut-il lire le texte de Grumberg avec des lunettes d'archéologue, comme pour y déceler les soubassements de ce qui fera plus tard les années Coluche, Charlie Hebdo, ... ? Peut-être.
On en vient presque à regretter l'étonnante prestation de Daniel Russo qui s'empare avec brio et maestria d'un texte difficile (on peut dire qu'il n'a pas le beau rôle !) et, surtout, celle d'Evelyne Buyle qui manie à la perfection l'art de la réplique idiote qui tombe à plat mais qui permet à son chéri, son minet, son Riton, de rebondir et de redémarrer au quart de tour à l'assaut des sommets de la bêtise et de la vulgarité. Sans ce couple extraordinaire, la pièce ne vaudrait pas qu'on en parle.
Un léger goût d'amertume sur ce texte très dérangeant dont on n'est pas sûr que le public, souvent amusé, ait bien compris que les conneries de l'époque ont malheureusement toujours valeur de vérité aujourd'hui : c'est ce qu'on aurait aimé que Daniel Colas mette en perspective.
_____________
(1) : trois textes malheureusement inégaux, le second (le restaurant avec sa séquence pipi-caca) arrivant malencontreusement à masquer les deux autres, plus subtils.

Pour celles et ceux qui aiment les cons.

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On A Tout Rangé