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On A Tout Archivé

13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 06:12
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Ce qu'on appelle broder une histoire.

Mais pourquoi donc les auteurs modernes français s'obstinent-ils à Goncourir pour la prose la plus tarabiscotée ?
Voilà donc Jeanne Bénameur sur le podium aux côtés de Philippe Claudel, Tanguy Viel, Muriel Barbery et quelques autres.
[...] Elle dresse les yeux comme un chien sans flair tente vainement de suivre une trace. Quelque chose disparaît. La lumière a manqué. Une fois encore, la mère et la fille ont failli à la lueur dernière. Une fois encore, la petite se sent de trop dans la poussière, devant la porte. Rien n'ira plus bas que la terre.
Soyons indulgents, cette fois, Jeanne Bénameur aurait un alibi : son phrasé alambiqué désarçonne mais c'est (peut-être) pour mieux nous faire pénétrer dans l'esprit tordu de deux «abruties», deux idiots du village comme on dit.
Deux idiotes en l'occurrence : la mère et la fille, Les demeurées.
Et puis fort heureusement, au bout de quelques pages (l'opuscule n'en compte que 80), ça se calme un peu, à moins que l'on s'habitue.
Et la prose savante s'efface un peu pour laisser place à l'histoire. À l'humanité.
Car c'est une histoire poignante, comme on dit.
L'histoire d'une gamine accrochée à sa mère et d'une mère cramponnée à sa fille, car ces deux-là n'ont qu'elles deux pour survivre.
L'histoire d'une gamine que l'institutrice du village, Mademoiselle Solange, se met en tête d'amener à la lecture (Jeanne Benameur a été prof).
Et c'est là que ça se complique.
[...] Dès que les paroles claires de Mademoiselle Solange menacent de pénétrer à l'intérieur d'elle, là où toute chose pourrait se comprendre, elle fuit. D'une enjambée muette, elle se niche où le plâtre du mur se délite, au coin de la grande carte de géographie, près du bureau. Entre les grains usés, presque une poussière, elle a sa place. Elle fait mur. Aucun savoir n'entrera. L'école ne l'aura pas. Elle demeure. Abrutie comme sa mère.
Et sur le chemin de la maison, l'enfant récalcitrante recrache littéralement ses leçons, tous les mots appris de l'instit, pour être sûre qu'ils quittent sa tête.
Car la petite sait bien que ces mots risqueraient de l'arracher à sa mère. Et les deux demeurées veulent demeurer ensemble.
Qui de l'enfant têtue ou de l'institutrice obstinée aura gain de cause ?
On ne vous le dira pas bien sûr, d'autant que la réponse n'est pas si simple et que ce petit bouquin recèle quelques surprises.
On tient là une très belle histoire, un joli conte de Noël, s'il n'était pas si triste, si dur parfois.
Et surtout une très belle histoire de « mots », avec de quoi ravir tous les amoureux des livres et de la lecture.

Pour celles et ceux qui aiment les mots et les broderies.
Sylvie et Calou en parlent.
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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 07:00
D'autres avis sur Critiques Libres
Ce qu'on appelle broder une histoire.

On avait été enthousiasmé, esbrouffé, estomaqué par la puissance d'un petit texte de Katherine Kressmann Taylor : Inconnu à cette adresse, entendu au théâtre puis lu sur papier.
Alors bien sûr on a voulu rempiler avec cette dame à la belle écriture.
Ainsi rêvent les femmes et Ainsi mentent les hommes sont deux recueils de nouvelles.
On a choisi la version au masculin : Ainsi mentent les hommes.
Ainsi «se» mentent les hommes ou les femmes, ce pourrait être le titre de ces quatre nouvelles : Humiliation, Remords, Mélancolie et Solitude, le ton est donné.
Une écriture à l'ancienne (ça date de 1953), à l'anglo-saxonne (la dame est américaine), au charme un peu désuet mais qui cache une terrible violence.
Celle faite aux êtres : la tyrannie d'un père, le sadisme d'un prof, l'étouffement d'une famille, le désespoir de l'âge, ...
Et sous l'apparence anodine de quelques dialogues châtiés, la mort nous frôle à chaque page.
Alors on se réfugie dans le mensonge, seule échappatoire possible.
On est quand même resté un peu sur notre faim, mais il faut avouer qu'il est bien difficile de soutenir la comparaison après l'exceptionnelle correspondance d'Inconnu à cette adresse.
La dernière nouvelle (Solitude) mérite quand même le détour : une vieille dame dans le besoin, son vieux mari est malade, vient faire des ménages chez un couple bourgeois.
La vieille dame se raconte à la maîtresse de maison.
La vieille dame se raconte des histoires sur un passé meilleur.
[...] « Cette année-là, à Aix, nous avons vu Cézanne plusieurs fois. Il paraissait si vieux. Je suis sûre qu'il ne se doutait pas qu'il allait mourir si peu de temps après. Il m'a montré des choses tellement merveilleuses sur les couleurs, et sur les formes aussi. Je peignais, en ce temps-là, voyez-vous. »
Ainsi mentent les hommes pour échapper à leur misérable condition.
Mais est-ce aussi simple que cela ? Non, bien sûr ...

Pour celles et ceux qui aiment les mots et les broderies.
InColdBlog et BiblioBlog en parlent, d'autres avis sur Critiques Libres.
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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 06:37
Le site du beau Rodolphe
Comme son nom l'indique.

Comme son nom ne l'indique pas, Kat Onoma c'est pas du folklore africain ramené par MAM de son voyage au Bénin, non, c'est du rock français.
De Strasbourg. Du rock français intello qui date plutôt d'hier (les années 80) que d'aujourd'hui.
Leur nom, c'est du grec (ça vous pose un groupe ça) et ça veut dire « comme son nom l'indique ». Oui, c'est exactement ce que je voulais dire.
La voix grave et profonde de Rodolphe Burger, aux accents de Lou Reed, chante parfois du Shakespeare ou du Beckett, rien que ça. Enfin, « chanter » n'est pas tout à fait le mot - « parler », serait plus juste.
Le contraste entre une musique chaleureuse et une diction étrangement distanciée.
C'est pas qu'on est trop fan de tout ça, mais une des chansons nous a bien plu : ça s'appelle Balade mexicaine ,  et ça se laisse écouter bien calé au fond du fauteuil, un rien gris, un rien parti. Comme du Lou Reed quoi !
Une autre chanson sur la vidéo.


Pour celles et ceux qui aiment la voix du mâle.
RFI en parle.


 
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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 06:55
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Tintin au Tibet.

 Enfin non, pas Tintin au Tibet mais plutôt La copine de Tintin au Tibet.
Puisque ce petit polar met en scène une détective amatrice, une jeune étudiante. Ça me rappelle la Bibliothèque verte (tiens, même couleur) et la série des Alice, détective !
La comparaison s'arrête là, car c'est le Tibet d'aujourd'hui, envahi par les chinois et convoité par les indiens.
On retrouve donc les éditions Kailash dont on avait déjà parlé ici même avec un chinois : Petit marché, double bonheur.
Une édition toujours aussi cheap, avec mauvaise reliure, mauvais papier et fautes de frappe (pour ne pas dire d'ortograf). Mais bon, à force, ça fait couleur locale.
Cette fois avec Le mystère des cinq stupas, la collection Mystère et boule d'opium (j'invente rien) nous emmène sur le versant indien du Tibet, sous la plume d'un ... alsacien, Bernard Grandjean.
Nous voici au pied des sommets de l'Himalaya, près du monastère de Tashi Chöling, non loin de Dorje Ling (Darjeeling) et de Mysore (le pays du yoga de MAM : le ashtanga yoga), dans l'état du Sikkim coincé entre le Bouthan et le Népal, entre la Chine et l'Inde.
Là où le thé au beurre de yak ne faillit pas à sa réputation :
[...] À cet instant un moinillon portant une énorme théière de cuivre entra dans la pièce at aussitôt l'entêtante odeur de moisi qui y régnait fit place au puissant parfum du thé salé. Betty chercha du regard le trou du plancher qui lui permettrait de vider discrètement sa tasse, car malgé son année entière d'apprentissage, elle n'avait jamais pu se faire à la boisson nationale des Tibétains. À défaut de trou, elle repéra près de la fenêtre un pot de géraniums qui pourrait faire l'affaire.
Mais derrière l'exotisme de pacotille pour jeune étudiante occidentale en vacances, se cachent des drames bien plus sérieux.
Même si l'on doit prendre un peu de distance avec l'obscurantisme des moines tibétains (comme d'ailleurs de tous les moines en général), force est de constater que le Tibet est un pays où les parents sont prêts à exiler eux-mêmes leurs propres enfants pour qu'ils échappent aux écoles chinoises et puissent préserver, à l'étranger, leur culture.
[...] Tout le monde, y compris l'opinion internationale, sait que de nombreuses familles tibétaines font passer leurs enfants en Inde et au Népal, afin qu'ils échappent à la sinisation et soient instruits dans la langue et la tradition de ce qui fut leur patrie. Invoquer des trafics de main d'oeuvre était un prétexte bien dérisoire pour justifier la reconduite à la frontière, et ainsi ne pas indisposer le gouvernement chinois ...
Stûpa by night Trafic d'enfants et tension indo-chinoise à la frontière (et quelle frontière ! à plus de 6.000 mètres !) servent de toile de fond à cette petite enquête. Un voyage intéressant au pays des stûpas (ou chortens ou encore mchod-rten).
Une prolongation amusante du Cercle du karma, lu récemment.


Au passage, un peu de réclame pour le site d'une amie (Marie) qui organise un soutien aux populations du Tibet au travers d'une association Lab Dra Khampa.
En Tibétain, Lab Dra signifie "école" et Khampa sont les habitants de la région du Kham.
Pour celles et ceux qui aiment les voyages par les livres.
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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 06:00
Son site et l'accès à MySpace
De la pop qui fait pop pop pop !

L'article de Télérama nous avait mis l'eau à la bouche.
Nous voici donc embarqués aux côtés de Lightspeed Champion, emmené par Devonte Hynes, ancien guitariste de Test-Icicles pour un album de pop mâtiné de folk.
C'est beaucoup plus sage que Test Icicles (heureusement !) et l'on compare souvent Dev Hynes à Elvis Costello.
Il y a des comparaisons moins flatteuses !

Un album riche (au point qu'il y a parfois plusieurs chansons dans un seul morceau !), enjolivé comme un sapin de Noël, brillant et clinquant.
Ça peut surprendre et dérouter à la première écoute mais quelques pièces valent quand même le détour.
À essayer pour changer de nos gentilles balades habituelles :
- Everyone I Know Is Listening To Crunk
- et surtout : Galaxy of the lost .

Le Monde en parle aussi.

 
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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 06:29

Un long fleuve tranquille.

Avec Triste vie, on vient de parler de Chi Li, auteure connue pour être une figure de proue du néo-réalisme chinois ...
Revoici dame Chi Li avec Tu es une rivière.
Et c'est pas plus gai que Triste vie, l'auteure ne renie pas son étiquette : Lala se retrouve veuve à trente ans, affligée de 7 gamins et c'est la dure et sordide vie de cette famille de la Chine profonde qui nous est contée ici, du début des années 60 à la fin des années 80.
En chinois, l'idéogramme qui signifie population représentait (avant la simplification de l'écriture) ... une bouche à nourrir !
La prose de Chi Li est toujours aussi simple, claire et fluide (les 200 pages défilent presque aussi vite que le minuscule Triste vie).
Elle convoque d'un ton très égal les menus soucis et les grand drames, les brosses à dents et les puces ou les poux, les amours folles et les morts cruelles. Bref, la vie, toute la vie et rien qu'elle.
[...] - Est-ce que l'eau courante a été installée au bout  de la ruelle ?
Yanchun se précipita, d'un air docte, pour répondre par l'affirmative. On avait déjà commencé à vendre l'eau. C'est la femme de Sun Guai qui était chargée de surveiller le robinet, et elle percevait deux fen pour deux seaux d'eau. À la maison, ils avaient deux seaux moyens - plus grands que les petits mais plus petits que les grands -, si bien qu'ils payaient moitié prix, ce qui était avantageux.

Comme dans l'opuscule précédent, on retrouve ici aussi les enfants au centre du roman (et il y en a !). Ils ne sont pas qu'un décor et les relations parents/enfants sont décortiquées sous le scalpel de Chi Li, et c'est plutôt rude.
[...] Quand Wang Xianlang voulut lui répondre, il demanda à Lala si elle avait quelque chose à transmettre à sa fille :
- Oui, dit-elle : Dong'er, tu as vraiment le coeur trop dur; j'ai peut-être des torts envers toi, mais ça n'empêche, je t'ai portée pendant neuf mois, et c'est moi qui t'ai torché les fesses !
Wang Xianlang ne fit pas la commission.

Dans cette intéressante histoire de la famille de Lala, c'est aussi plus de trente ans de l'histoire contemporaine chinoise qui défilent avec les années de la Révolution Culturelle et la ruralisation forcée, tous ces événements qui n'en finissent pas de hanter la littérature chinoise.
Des événements sur lesquels Chi Li porte un regard presque nostalgique, comme d'ailleurs on avait déjà pu le relever dans Triste vie.
[...] Quelque soit la façon dont, plus tard, l'histoire raconterait ce vaste mouvement d'exode des jeunes instruits, Dong'er ne le renierait jamais.
Des événements vus par le petit bout de la lorgnette, depuis une petite ville de province que vient chatouiller l'écume de l'Histoire. Une écume qui témoigne ainsi de la puissance de ces vagues de fond qui ébranlèrent ce pays gigantesque et son milliard d'habitants.
L'écriture facile et rapide de Chi Li accentue le mouvement : le torrent de la vie emporte tout sur son passage, certains se retrouveront abandonnés sur la rive, d'autres finiront noyés ou brisés sur les rochers, mais le flot tumultueux poursuit inexorablement son chemin, emportant avec lui ceux qui auront survécu (ouah ! il est inspiré le BMR ce soir !).
La rivière de la vie c'est aussi l'histoire récente de la Chine : un pays démesuré et son innombrable peuple qui auront dévalé en moins de trente ans la route chaotique que nous avons mis plus d'un siècle à parcourir.
Comme celle de la vie, cette rivière-là n'aura pas été un long fleuve tranquille.
Triste vie prolonge ce flot en décrivant « la suite », les années 80/90, l'industrialisation et la modernité.
Pour celles et ceux qui aiment savoir qu'ailleurs l'herbe n'est pas plus verte.
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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 06:54
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La ruée vers l'or.

Dans l'Ouest américain, dans les années 1910-1920, la ruée vers l'or a fait place à la ruée vers l'or noir.
Les prospecteurs ont conservé leurs pioches et leurs pelles et ont continué de creuser cette terre sauvage pour en extraire le pétrole.
Le film s'ouvre sur des scènes terribles de cette dure condition des mineurs. Dès les premières images, le ton est donné et on est scotché sur son siège et on le restera jusqu'aux dernières images, dans un autre registre, mais tout aussi fortes.
La bande son, due au guitariste de RadioHead, y est aussi pour quelque chose qui souligne dramatiquement chaque scène et fait croître la tension.
Dans un far-west désolé et désertique, où l'on survit avec quelques chèvres, on peut se retrouver du jour au lendemain assis sur un tas d'or noir.
Superbe reconstitution de cette course au trésor qui met en scène ces nouveaux cow-boys en train de faire naître notre époque.
Daniel Day-Lewis campe magistralement l'un de ces prospecteurs, un entrepreneur, prêt à tout pour exproprier quelques paysans enfermés dans leur religion, forer ses puits et faire jaillir le sang noir de la terre.
C'est presqu'une naissance, une délivrance, celle de l'Homme englué dans la boue, les pieds qui pataugent, qui s'enfonce dans le sol pour exploiter cette richesse et pouvoir ainsi s'élever au-dessus de sa condition.
Mais la terre ne se laisse pas facilement forer et chaque puits aura son prix en vies humaines. Ce qui nous vaut quelques images d'une rare violence.
There will be blood, oui : le sang va couler, celui des hommes comme celui, noir, de la terre.
Mais plus que la violence, c'est une dureté, une extrême dureté, intense, physique, qui émane de ce film et de la vie de ces hommes de l'Ouest.
Après cette première partie sauvage, la seconde moitié du film se concentre sur le duel entre deux personnalités. Un drame quasi théâtral, même si la scène de théâtre est vaste comme peut l'être le far-west.
Daniel Day-Lewis incarne donc l'un de ces entrepreneurs, l'un de ces pétroliers (oil men en VO), obnubilés par les pétro-dollars.
Un misanthrope halluciné dont l'obsession est d'écraser ses concurrents, de faire place nette autour de lui,  d'écarter toute humanité (jusqu'à son fils, son frère, ...), de se réfugier dans la solitude.
Face à lui, un autre illuminé, un prédicateur de l'Église de la Troisième Révélation, en la personne de Paul Dano (le frère mutique de Little Miss Sunshine). Tout aussi convaincant dans le rôle trouble d'un quasi-exorciste, un visage d'ange qui cache d'autres démons.
Tous deux bâtissent : l'un son derrick, l'autre son église. Tous deux sont faits de bois.
Tous deux sont faits du même bois et sont hantés par les mêmes folies tandis que leurs visages se masquent sous les noires couleurs du pétrole.
L'espace Californien est grand, mais il ne l'est pas assez pour ces deux-là.
Paranos et mégalos, ils finiront pas sombrer tous les deux : Daniel Day-Lewis dans l'alcool et la misanthropie, Paul Dano dans le pêché de la chair.
Et, c'était annoncé, le film se terminera dans le sang. Noir encore, mais celui d'un homme cette fois.
L'argent, le pétrole et le fanatisme : toute une époque en train de naître. La nôtre.
Un film « impressionnant ».

Pour celles et ceux qui aiment voir couler le ... pétrole.
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2 mars 2008 7 02 /03 /mars /2008 06:34

Du rififi à Bab-el-oued.

On aime voyager en classe polar.
Après l'Afrique du Sud avec Mankell, Hong-Kong avec Burdett, l'Irlande avec Bruen, les réserves Navajos US avec Hillerman, la Chine avec Fan Tong, Tokyo avec Hara Ryo, la Finlande avec Ekman, on n'arrête pas !

Polar noirCette fois, nous voici partis ... en Algérie avec Yasmina Khadra et La part du mort.
Un ancien militaire algérien, Mohammed Moulessehoul, se cache derrière ce pseudo.
L'islam attise les curiosités et cet écrivain prolixe, très à la mode, surfe sur le succès.
Sa prose s'en ressent qui donne dans les effets de style savamment orchestrés, qui nous agacent passablement comme chez Barbery, Claudel, et d'autres encore, si prisés aujourd'hui.
Du Fred Vargas puissance dix où la moindre phrase est prétexte à un exercice de style et de vocabulaire.
[...] En quelques minutes, de gros nuages arrivent sur la ville, le derrière botté par des coups de vent.
La première partie de son polar s'en ressent : on traîne un peu les pieds derrière le commissaire Brahim Llob dans une Alger désoeuvrée, en proie aux magouilles en tous genres entre les pattes velues des politiciens affairistes.
Le commissaire Llob est une grande gueule intègre, le seul flic honnête de cette ville gangrénée de corruption, et visiblement Yasmina Khadra veut en découdre avec les profiteurs et les prévaricateurs.
Mais comme lui, on ne croit pas vraiment à cette histoire de serial killer qui ne tue personne, ni à celle de cet autre lieutenant de police, un gigolo qui ne trompe personne, et certainement pas sa call-girl de luxe.
Et puis tout d'un coup, à mi-parcours, au détour d'un chapitre, le bouquin décolle.
C'est parti et on ne le lâchera plus jusqu'à la fin.
On croit vite tout comprendre mais on se laisse mener par le bout du nez jusqu'à l'utime dénouement, pressé de découvrir qui tirait les ficelles derrière le manipulateur qui agissait dans le dos de celui qui en coulisse ...
Yasmina Khadra, ou plutôt Mohammed Moulessehoul, fouille là où ça fait mal dans le passé de son pays et de ses compatriotes.
Un passé que l'on partage aussi, puisqu'il est donc question, je cite :  de la guerre de libération et de la révolution qui a permis de se débarasser de l'ennemi impérialiste (toujours salutaire de voir l'Histoire écrite de l'autre côté de la barrière !).
Mais tout n'était pas rose, enfin vert et blanc, même dans le camp algérien et la libération de 1962 ressemble fort à beaucoup d'autres, celle de 1945 par exemple, quand certains se découvrent soudain le besoin de se refaire une virginité politique et une bonne réputation idéologique à moindres frais ...
 [...] - Je ne vous cache pas que le sujet me gêne. Personnellement, je n'ai pas grand-chose sur la conscience. J'ai fait la guerre d'un bout à l'autre, sans excès et sans tricher. J'ai assisté à des choses horribles, aussi. Mais je ne tiens pas à retourner le couteau dans la plaie, monsieur Llob. Les gens d'ici en portent des séquelles irréversibles. De nos jours, il arrive que les échos de ces événements dramatiques réveillent certaines rancunes et , parfois, le sang coule de nouveau.
Car c'est bien de ça dont il s'agit : les drames et les crimes d'aujourd'hui ne sont que l'écho des événements pas si lointains qui ont marqué l'affranchissement de l'Algérie. Les héros ont vieilli et se sont compromis, les enfants ont grandi et aspirent à un monde meilleur.
Le passé si terrible évoqué ici ne date que de 1962 et Yasmina Khadra situe son bouquin en 1988 ... juste avant la montée de l'intégrisme islamique et la quasi-guerre civile qui ensanglantera de nouveau le pays.

Ah, j'allais oublier ! Et pour une fois, qu'on nous pardonne un tel excès de langage sur ce blog policé au discours habituellement châtié. Je ne peux résister à l'envie de citer crûment Yasmina Khadra (qui se donne parfois des airs de San Antonio) lorsqu'il met en scène Mohand, un libraire passionné de bouquinerie ...
[...] Avec lui aucune chance de s'amuser. Pour rien au monde je ne voudrais échouer sur une île déserte avec lui. Incapable de se mettre au lit sans un texte contre la figure, les mauvaises langues racontent que lorsque Mohand porte la main sur la foufoune à Monique, c'est juste pour y tremper le doigt afin de tourner les pages de son bouquin.
N'est-elle pas ainsi délicieuse, ami(e)s des livres ?

Pour celles et ceux qui aiment traverser la Méditerranée.
Le site officiel de l'auteur.
D'autres avis sur Critiques Libres.
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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 06:50

Bateau, boulot, dodo.

Avec un titre pareil, Triste vie, et lorsqu'on vous aura dit que la dame Chi Li est connue pour être une figure de proue du néo-réalisme chinois ... ne venez pas vous plaindre, vous étiez prévenus !
Voilà un petit opuscule (juste la centaine de pages réglementaire) qui est à lire d'une traite, en une heure de temps, en tout cas pas plus d'une journée car l'action se déroule précisément en une journée.
Une journée de la vie d'un ouvrier chinois du Wuhan, une journée, métaphore de sa vie.
Il part le matin de bonne heure en ferry (il faut traverser le fleuve pour aller bosser), son gosse sous le bras (la Chine et l'enfant unique), pour rentrer at home le soir venu.
Entre temps, on aura eu un aperçu de la vie de Yin Jiahou, de ses rêves d'amours perdues (au passage on notera que c'est bien la première fois dans la littérature chinoise que les exils à la campagne de la Révolution Culturelle sont ici prétextes à de douces rêveries ...), de ses rêves professionnels inachevés, de ses rêves de tendresse ou de passion, de ses rêves de ..., bref de sa triste vie quotidienne ...
[...] Avec sa femme,Yin avait déjà tiré des plans pour l'utilisation de cette somme : on achèterait un jouet électrique au petit et on dépenserait le reste dans un restaurant qui sert de la cuisine occidentale.  «Pour une fois, on va enfin en profiter un peu et se faire plaisir» avait-il annoncé à sa femme. Elle avait eu un large sourire : cela faisait si longtemps qu'elle rêvait de goûter à la cuisine occidentale, mais comme chaque fois on arrivait tout juste à boucler le mois, elle n'y avait jamais songé sérieusement.
«Tu as eu ta prime ?» lui avait-elle demandé encore quelques jours auparavant.

Une petite histoire pleine d'empathie pour cet anti-héros d'un jour et ses petits ou grands soucis domestiques.
Même la fin de cette presque nouvelle laisse un goût amer, sans trop qu'on sache si c'est du lard ou du cochon : rentre-t-il chez lui le soir retrouver bobonne car finalement cet amour-là est la seule valeur sûre ? ou rentre-t-il chez lui, désabusé, parce que tout le reste n'est que fantasmes et que son humble foyer est finalement la seule et triste réalité, la triste vie ?
Brrrr, néo-réalisme, on vous a dit !
Profitons en pour glisser notre propre morale : on n'a qu'une vie et faisons en sorte qu'elle ne soit pas triste ! Carpe diem !
On a un autre livre de la dame Chi Li dans la PAL : Tu es une rivière, encore mieux, à suivre donc ...

Pour celles et ceux qui aiment savoir qu'ailleurs l'herbe n'est pas plus verte.
D'autres avis sur Critiques Libres, ou celui de Noir & Bleu.
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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 07:47
John Fante sur Wikipédia
Mémoires d'un vieux dégueulasse.

Il y a quelques jours on ressortait de notre bibliothèque deux bouquins de John Fante : Le vin de la jeunesse et Grosse faim.
Fante, on l'a dit, c'est un peu le père spirituel de Charles Bukowski.
Un Bukowski qui a d'ailleurs grandement contribué à la popularité de Fante.
On tient avec ces deux-là, deux grands écrivains américains, deux piliers de ce siècle de littérature.
Bukowski c'est un peu et en de nombreux points le Serge Gainsbourg de la littérature US : provocateur (avec sa bouteille de pinard chez Bernard Pivot, c'était en 1978 et l'INA a gardé ça en boîte), le physique pas très beau mais grand collectionneur de femmes, grossier personnage et poète sublime.
Dans Women, Bukowski écrit sur les femmes. Enfin c'est ce qu'il dit ou c'est ce qu'il veut faire croire.
[...] - Je dois pas savoir m'y prendre avec les femmes, j'ai dit.
- Tu sais très bien t'y prendre avec les femmes, a répondu Dee Dee. Et tu es un écrivain formidable.
- J'préfererais savoir m'y prendre avec les femmes.

Mais, tout bien pesé, on s'aperçoit vite d'une différence essentielle entre le personnage autobiographique de Bukoswki, Hank Chinaski, et Arturo Bandini, le personnage fétiche de John Fante.
Ceux qui se dévoilent sous la plume de John Fante, ce sont «les autres» : la famille, les copains, les filles, le père, la mère, les oncles, et l'on apprend finalement très très peu de choses sur le petit Bandini/Fante.
Bukoswki, tout au contraire, parle avant tout de lui, enfin de Hank Chinaski.
Dans Women, les femmes défilent dans le lit de Chinaski comme dans la vie de Bukowski, mais l'on apprend finalement très peu de choses sur elles. Et c'est bien Bukowski/Chinaski qui se met à nu.
Est-ce l'âge ? l'époque ? mais les charmes sulfureux de Bukowski semblent aujourd'hui bien éventés. Certes on y parle de sexe et d'alcool, on y baise le soir, on y picole toute la nuit et on y dégueule au petit matin, mais cela ne choque plus guère.
[...] « Soit t'es trop saoul pour baiser le soir, soit t'es trop malade pour baiser le matin », disait-elle.
Car la vie de Chinaski/Bukowski est ainsi faite ...
... de beuveries :
[...] C'est ça le problème avec la gnôle, songeai-je en me servant un verre. S'il se passe un truc moche, on boit pour essayer d'oublier; s'il se passe un truc chouette, on boit pour le fêter, et s'il ne se passe rien, on boit pour qu'il se passe quelque chose.
... de coucheries :
[...] - Je t'invite dehors pour le petit-déjeuner, j'ai dit.
- D'accord, a répondu Mercedes. Au fait, on a baisé, hier soir ?
- Nom de Dieu ! Tu ne te souviens pas ? On a bien dû baiser pendant cinquante minutes !
Je ne parvenais pas à y croire. Mercedes ne semblait pas convaincue.
On est allé au coin de la rue. J'ai commandé des oeufs au bacon avec du café et des toasts. Mercedes a commandé une crêpe au jambon et du café.
La serveuse a apporté la commande. J'ai attaqué mes oeufs. Mercedes a versé du sirop sur sa crêpe.
- Tu as raison, elle a dit, on a dû baiser. Je sens ton sperme dégouliner le long de ma jambe.

(et encore, on a choisi un extrait soft !)
... et de littérature :
[...] Les écrivains posent un problème. Si ce qu'un écrivain écrit est publié et se vend comme des petits pains, l'écrivain se dit qu'il est génial. Si ce qu'un écrivain écrit est publié et se vend moyennement, l'écrivain se dit qu'il est génial. Si ce qu'un écrivain écrit est publié et se vend très mal, l'écrivain se dit qu'il est génial. En fait la vérité est qu'il y a très peu de génie.
Mais rapidement derrière ces propos apparemment scandaleux mais qui ne sont qu'un écran de fumée (et auxquels il serait bien dommage de s'arrêter et de passer ainsi à côté de ce « génial » écrivain), apparait bien vite le désarroi de Chinaski et c'est ce qu'on retiendra de cette relecture de Bukoswki.
[...] J'étais vieux, j'étais moche. C'était peut-être pour cela que je prenais tant de plaisir à planter mon poireau dans des jeunes filles. J'étais King Kong, elles étaient souples et tendres. Essayais-je en baisant de me frayer un chemin au-delà de la mort ?
Un misogyne qui ne peut pas se passer des femmes, un misanthrope profondément humain.
Capable d'écrire, entre deux énormes grossièretés :
[...] En beaucoup de domaines, j'étais un sentimental : des chaussures de femmes sous le lit; une épingle à cheveaux abandonnée sur la commode; leur façon de dire « je vais faire pipi »; ...

Pour celles et ceux qui aiment farfouiller au fond de l'âme humaine.
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Published by BMR & MAM - dans Bouquin
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