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On A Tout Archivé

6 avril 2007 5 06 /04 /avril /2007 07:25
Chimère en parle ailleurs ... Encore un polar polaire , et un bon qui plus est.
Enfin, ça n'a pas grand chose de polaire puisque Un cri si lointain démarre en plein été dans un Göteborg écrasé de chaleur où la canicule excite les violences.Polar noir
[...] Une fois dehors, il inspira l'air du soir. Une odeur de sel, et de sable qui aurait cuit au four pendant des mois. Ce n'est pas une odeur nordique, pensa-t-il. Du moins pas à cette époque de l'année. Que vont dire les touristes ? Ce n'est pas ça qu'ils viennent chercher ici. Et moi, j'en ai assez de cette chaleur, parce que je suis suédois. Je veux être un suédois fort tourné vers l'avenir. J'en ai marre de cette violence. Cette ville n'a pas une infrastructure adaptée à la violence, contrairement à d'autres, où l'on n'est pas spécialement surpris quand les gens se montrent moins bons qu'on ne l'espérait ...
Cet été-là, Ake Edwardson promène son inspecteur Winter dans les rues de la deuxième ville de Suède : un inspecteur à vélo, amateur de jazz, aux costumes trop bien coupés mais aux cheveux pas assez bien coupés.
Dans ce polar il aura à résoudre deux affaires qui se répondent comme en écho, à 30 ans d'écart, où l'auteur nous piège par d'habiles jeux de miroirs.
Et l'enquête piétine, s'éternise, sur plusieurs mois même. Enervant suspense qui nous tient tout au long des 500 pages : il faudra attendre les 10 dernières pour voir l'intrigue enfin se dénouer.
Bien sûr, on ne peut s'empêcher de penser à Henning Mankell : la Suède dans son environnement géopolitique (ici Winter se rend au Danemark), la Suède et son contexte social, ...

Une autre critique (à l'humour très acide mais pas dénuée de tout fondement) ici même.
Le Challenge ABC
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6 avril 2007 5 06 /04 /avril /2007 07:23
AmazonEncore un tout petit bouquin d'une centaine de pages (décidément 2007 sera l'année des opuscules ) avec 6 petites nouvelles qui se dévorent d'une traite sous la bienveillance de Sainte Rita patronne des causes désespérées.
Chose plutôt rare dans les recueils de nouvelles, celles-ci sont toutes à peu près d'égal niveau, sans laissées pour compte.
Ce n'est pas de la grande littérature mais une petite chose sans prétention et sympa comme tout : Claire Wolniewicz a une plume plutôt féroce et bien aiguisée pour décrire les vies un peu vides, les vies de ceux qui ont oublié un peu trop vite que la leur est un peu trop courte ...
Mais bien sûr l'humour fait passer la pilule et le coté un peu sombre de ces "causes désespérées" sur lesquelles veillent la patronne Sainte Rita.
[...] Je rallume une cigarette.  Je suis vautrée sur mon lit devant la télé que je ne regarde même plus. Ça me fait un bruit de fond, de la présence. Les vieux font ça, les pauvres aussi. Les vieux, je comprends, mais les pauvres, je ne saisis pas.
Avec parfois des démonstrations imparables :
[...] Une saleté cette modernité. On fait croire aux gens des tas de choses, qu'il faut aller de l'avant, que dehors c'est mieux, que la science fait disparaître les maladies, que le chomage diminue, que les étrangers sont gentils, mais c'est des mensonges tout ça.
Elle le vérifie tous les jours, et elle est bien informée. D'ailleurs, il est 20 heures. Ils vont le dire, les journalistes au journal télévisé, qu'il ne se passe que des monstruosités dans le monde, que c'est de pire en pire.

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 20:47
Allie en parle ailleurs ... Comme son titre l'indique, Les lettres chinoises forment un roman épistolaire, comme on dit.
Des échanges de très courtes lettres (1 ou 2 pages) entre une chinoise de Shanghaï et son amoureux parti conquérir le Canada.
L'auteure est d'ailleurs une chinoise émigrée à Vancouver (et elle écrit en français).
Ces petites lettres sont moins innocentes qu'elles ne paraissent au premier abord mais il nous est difficile d'en dire plus sans dévoiler l'essentiel qui doit rester à découvrir au fil de ces échanges à travers les océans.
Il faut se laisser porter jusqu'au bout de ce petit roman par les états d'âmes et les inquiétudes de ces émigrés, qui trouveront un écho auprès de chaque lecteur qui aura été déraciné au moins quelque temps, et à un moment ou à un autre : "loin des yeux, loin du coeur" comme on dit ...
[...] - Te souviens-tu, m'a-t-elle dit, de l'histoire de cette femme qui, à force d'attendre son mari séparé d'elle par une large rivière, est devenue une pierre et plus tard une curiosité pour les touristes ?
N'est-ce pas agréable de devenir une pierre en mourant ? Mais l'idée de devoir m'exposer aux regards des touristes me terrifie.
Tu sais, plusieurs soupçonnent que la rivière ne soit pas le véritable obstacle pour ce couple, mais bien le coeur de l'amoureux en question. On complète même cette histoire en décrivant le retour du jeune homme dans son pays : il est passé près de la pierre en disant à sa nouvelle épouse qu'il trouvait la statue jolie.

Allie (québecoise) en parle ici, et Cathe ici.
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30 mars 2007 5 30 /03 /mars /2007 17:48
On en parle ailleurs ...
Le Groenland manquait encore à notre exploration de la littérature nordique : voilà donc cette absence comblée (et nous aussi) avec cette toute petite (70 pages) excentricité du danois Jorn Riel, La maison des célibataires.
Une sorte d'amuse bouche. Un « racontar » comme se plait à le dire l'auteur ethnologue à ses heures.
Une histoire de pieds-nickelés selon la 4° de couverture : au fin fond du Groenland (un peu le Far-North, sorte de Far-West du nord), cinq vieux garçons entreprennent d'assurer leur vieux jours avec un vrai faux mariage et une fausse vraie maison de retraite.
Cocasse, savoureux, une histoire que l'on aurait pu entendre au coin du feu (que Jorn Riel a certainement entendue au coin d'une cheminée).
Et dépaysant car en cette lointaine terre groenlandaise, les valeurs ne sont manifestement pas les mêmes que les nôtres. Jugez-en :
Bandita est une maîtresse femme qui terrorise ses moutons et toute la colonie :
[...] On racontait qu'elle avait tué son mari, qu'elle l'avait tabassé à mort parce qu'il avait essayé de faire une fugue juqu'à Julianehab. Mais personne ne savait au juste ce qui s'était passé, vu que quand le curé était arrivé, le bonhomme était déjà mort et enterré depuis six bons mois.
Kernatoq ("le noir" en groenlandais) travaille sur le bateau à charbon de la colonie :
[...] Il ne se lavait que rarement et c'est pourquoi sa peau, petit à petit, avait pris la couleur du charbon. Kernatoq aimait beaucoup les femmes, mais les filles de Sardloq l'évitaient. Celles qui, par pure gentillesse, partagèrent quand même occasionnellement son lit, prétendirent que la poussière de charbon crissait entre leurs dents pendant des semaines après.
Tout cela (et bien d'autres encore, au fil de ces quelques pages exotiques) ne doit être qu'exagération assurément !

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29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 18:01
Milena Agus chez Liana Levi
Une petite fusée littéraire partie de Sardaigne

Wwoouhf ! Quelle écriture, que ce petit bouquin sarde d'une centaine de pages.
La narratrice nous relate l'histoire de sa grand-mère, mariée à la fin de la guerre, lorsque les allemands quittent la Sardaigne.
L'histoire ordinaire d'une grand-mère peu ordinaire.
[...]«Bonjour princesse.»
Et ma grand-mère riait, émue et heureuse :
«Princesse de quoi ?»
[...]«Une princesse. Vous vous comportez comme une princesse. Vous ne vous souciez pas du monde autour de vous, c'est le monde qui doit se soucier de vous. Votre seule tâche est d'exister. C'est bien ça ?»
On découvre au fil des pages des personnages de plus en plus riches, de plus en plus complexes : celui-ci ou celle-là que l'on avait catalogué comme ci ou comme ça, se découvre finalement bien plus subtil, bien plus humain et ainsi de suite jusqu'à la pirouette finale.
Tous ces êtres embarqués dans la vie sont dépeints avec une profonde humanité : l'auteure aime véritablement ses personnages et ça se lit à chaque page.

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29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 12:59
Un article du Figaro sur les polars polaires On avait déjà cité Matti Yrjänä Joensuu dans un billet il y a quelque temps.Polar noir
Le voici de retour avec un nouveau roman traduit en français : Harjunpää et le prêtre du mal, qui met en piste une nouvelle fois son inspecteur fétiche : Timo Harjunpää (les épisodes précédents sont en poche).
Joensuu (qui est, « pour de vrai » dans la vraie vie, inspecteur à la crim' d'Helsinki) est certainement l'un des auteurs polaires les plus sombres qu'on ait lus.
Il est passé maître dans l'art d'explorer les méandres des esprits torturés de ses personnages et d'alterner les chapitres qui nous font passer de l'un à l'autre, de l'inspecteur à la victime, ou de la victime au serial-killer.
Décryptant peu à peu des traumatismes insurmontables.
[...] Car on ne se rendait pas à l'improviste chez père et mère - on y était convié. Pour être tout à fait sincère on recevait l'ordre de venir : «tu passeras prendre le café demain à quatorze heures.» Et Mikko n'avait jamais été capable de refuser. Tout au plus, lui était-il arrivé de prétexter vaguement une autre obligation, en pure perte. À l'heure dite, il s'était toujours trouvé sur place.
Ça, c'était la partie cool de l'histoire de Mikko et la décence nous empêche de vous raconter le reste.
Pendant une bonne partie du livre l'intrigue importe peu et l'enquête n'avance guère : on va de personnage en personnage, le temps de s'imprégner des odeurs des tunnels du métro d'Helsinki.
Joensuu distille ainsi une ambiance malsaine qui, sournoisement, finit par nous cerner au fil des pages.
Un peu à la manière de certains thrillers américains (et "Le silence des agneaux" est d'ailleurs cité page 288). Cauchemards garantis.
On vous aura prévenus !
[...] À l'issue de la neuvième incantation, il planta l'épingle dans le dos de sa main gauche, puis dans les jointures de ses doigts, sans hâte, prenant tout son temps pour laisser la souffrance s'installer. Il ne recourait pas à ses pouvoirs, il permettait à la douleur de se manifester, au sang de couler. Il ouvrit les yeux. Parsemé de plaies aux bords enflés, saignant en abondance, le dos de sa main ressemblait à de la viande hachée. Il plia ses doigts de façon à former un poing lâche, l'index pointant vers le bas. Le sang suivit ce chemin jusqu'à l'extrémité de la dernière phalange, d'où il se mit à goutter dans les flammes.
Dépressifs : s'abstenir. Usagers du métro : s'abstenir.
Alors, usagers dépressifs du métro, on ne vous dit que ça : changez vite de quai !
Mais le plus troublant dans les bouquins de Joensuu (et le plus fort), c'est assurément sa désagréable habitude de finir ses romans par une pirouette qui vous laisse à chaque fois et pour longtemps un drôle de goût en bouche, un peu amer.
Ce n'est certainement pas avec lui qu'on apprendra comment dire "happy end" en finlandais. Mais on ne peut pas vous en dire plus ...
[...] À part ça, il gardait de cette journée un petit goût de déception et d'échec - un peu comme s'il avait mordu dans un pain de seigle moisi.
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23 mars 2007 5 23 /03 /mars /2007 17:06
On en parle ailleurs ...
Quand le feu couve sous la glace

Un petit ouvrage du japonais Yasushi Inoué, Le Fusil de chasse.
En à peine une heure de lecture, trois femmes se racontent à un même homme. Trois très belles lettres.
Triste histoire que celle des amours contrariées de ces quatre personnages (l'une de ces femmes connaîtra d'ailleurs un funeste destin). Amours impossibles, amours étouffées par les secrets non dits.
[...] En plus des trente couleurs au moins que contient une boîte de peinture, il en existe une, qui est propre à la tristesse et que l'oeil humain peut percevoir.
L'écriture glacée de Yasushi Inoué ajoute encore au malaise : ses personnages se racontent de manière étrangement distanciée et l'on sent à chaque page le feu couver sous la glace, la passion sous les mots :
[...] Ma vie demeurera présente dans cette lettre jusqu'à ce que tu en aies achevé la lecture. Dès l'instant que tu l'auras ouverte, que tu auras commencé à la lire, tu y retrouveras la chaleur de ma vie. Et pendant quinze ou vingt minutes jusqu'à ce que tu en aies lu le mot final, cette chaleur se répandra dans ton corps entier.
Katell en parle comme d'autres blogs ici, et .
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23 mars 2007 5 23 /03 /mars /2007 17:06
Les commentaires du blog d'Anjelica  A l'image de sa couverture très sombre, c'est un logo en forme de coeur brisé qu'il faudrait pour illustrer Puisque rien ne dure de Laurence Tardieu, un bouquin dont chaque chapitre vibre de douleur et de désespoir.
Heureusement il n'y a qu'à peine plus de 100 pages et c'est bien assez comme ça : on est content de refermer cette douloureuse histoire, en se disant bien vite ouf, ce n'est qu'un roman, la vraie vie ne peut pas être aussi terrible que ça, etc.
Mais le hic, c'est que c'est très très bien écrit et que l'on se croit donc obligé d'en parler à d'autres qui vont, à leur tour, découvrir ces sombres pages et l'histoire d'un couple détruit, brisé par la perte incommensurable de l'enfant.
Bien plus que leur couple, c'est chacun d'eux, elle et lui qui sont ainsi détruits et brisés (le roman est à deux voix).
Tout cela sur un ton très juste, sans mélo ni trémolos (il n'est que très peu question de la fillette perdue) et c'est là toute la force de l'écriture de Laurence Tardieu que de nous faire partager la douleur indicible de ses deux personnages.
Le roman débute lorsque Vincent (lui) apprend la mort imminente de Geneviève (elle), quinze ans après la disparition de leur petite fille et leur séparation qui s'en suivit.
[...] J'essaie de me dire que tu es en train de mourir mais je n'arrive pas à comprendre ce que cela signifie. Je n'y arrive pas. Je prononce la phrase doucement comme un enfant répétant les mots d'un autre : Geneviève est en train de mourir. Mais ça ne veut rien dire. Ça n'a aucun sens.
[...] Nous allons nous faire du mal Geneviève. Pourquoi nous faire du mal si bientôt tu n'es plus là, pourquoi remuer la souffrance en nous ? Ne vaudrait-il pas mieux laisser tout cela reposer en paix ? Il me semble que lorsqu'on sent la nuit venir, on aspire à l'ordre et non au désordre. Le temps n'est plus à la quête.
Leurs retrouvailles (trop) tardives vont faire ressurgir le terrible passé ...
[...] Certains êtres, à mesure que le temps passe, deviennent de plus en plus libres : ils se redressent au lieu de s'affaisser. Il émane d'eux une énergie étonnante. Ils sont lumière pour qui les rencontre. J'aimerais savoir ce qu'ils ont fait des ombres de leur passé. De leurs regrets, de leurs déchirures. Comment ils s'en sont arrangés.
Geneviève (elle) tient un journal et il y est donc également question de la fonction salutaire de l'écriture :
[...] Je ne savais pas que les mots peuvent sauver. Aujourd'hui je le sais : ils maintiennent le lien à soi. Ils permettent de ne pas s'égarer dans la nuit profonde de la folie. [...] Ecrire ce soir m'a permis de finir la journée dignement : sans tomber, sans céder à la tentation d'en finir. Cete fois encore, l'écriture m'a sauvée. [...] Si je m'arrêtais d'écrire je crois que je mourrais. Seuls les mots me maintiennent en vie.
A enchaîner rapidement avec quelque chose comme le lièvre de vatanen pour retrouver goût à la vie !

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21 mars 2007 3 21 /03 /mars /2007 22:30

On en parle ailleurs ...


Quand on picole gentiment au lieu d'avouer qu'on s'aime

Une douce promenade dans le Japon moderne que ce roman Les Années Douces de Kawakami Hiromi.
Candidat au best-of 2007 ! Une femme rencontre par hasard l'un de ses anciens professeurs ("le maître") et nous les suivons ainsi, au fil des soirées, des rencontres, de leurs escales dans les petits troquets de Tokyo où ils picolent pas mal :
[...] Kojima boit tout doucement, à petites gorgées, son bourbon coupé de soda. J'ai pris moi aussi une gorgée du liquide qui se trouve devant moi. C'est un martini, irréprochable lui aussi.
Pour accompagner ces libations (saké chaud, bière, ...) il leur faut des amuse-gueule et donc, comme dans tous les romans asiatiques, on parle beaucoup de cuisine :
[...] Concombres fraîchement cueillis, frappés légèrement au couteau, servis avec de la chair de prune confite au sel. Aubergine fraîches émincées et passées à la poêle, nappées de sauce soja parfumée au gingembre. Feuilles de chou macérées dans du miso.
Il ne se passe pas grand chose dans ce petit roman, mais au fil du bercement des pages et des rencontres et des soirées, on devine peu à peu la relation complexe qui unit ces deux-là.
Une sorte d'amour non dit, où la façon de picoler et grignoter ensemble semble avoir plus d'importance que tout le reste.
Et l'on finit même par se laisser prendre à un presque suspense : comment cela va-t-il finir ?
[...] Si c'était un grand amour, il était primordial d'en prendre soin, comme d'une plante à qui on donne de l'engrais ou qu'on protège de la neige. S'il s'agissait d'une autre espèce d'amour, inutile de s'inquiéter, il suffisait de le négliger en attendant qu'il se dessèche.
[...] - Tsukiko-san, comprenez-vous la signification de l'expression tashô no en ?
- C'est-à-dire qu'il y a un lien, enfin, un petit lien, c'est ça ? ai-je répondu après avoir réfléchi un instant. Les sourcils froncés, le maître a secoué la tête.
- Mais non, il ne s'agit pas de tashô dans le sens de un peu, c'est l'expression qui veut dire plusieurs vies, vivre en se réincarnant, voyons !
Le lien que j'évoquais à l'instant, ce tashô no en, c'est celui qui unit des êtres dans une vie antérieure.
Quelquefois on semble près de basculer dans une rêverie typiquement nippone mais non, on reste toujours sur le fil du rasoir (ou plus exactement sur le fil du couteau à sushis).
Et on se laisse bercer, promener dans les rues et les bars de Tokyo, presque surpris et désolé que tout cela ait une fin.
Une fort belle fin, d'ailleurs.


Pour celles et ceux qui aiment les histoires d'amour et le saké chaud.
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Voir aussi La brocante Nakano, lecture suivante.

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16 mars 2007 5 16 /03 /mars /2007 18:18
D'autres commentaires Amour virtuel et poil de cochon : quelques nouvelles de Chine.
Cinq nouvelles exactement, dans ce premier volume d'une série qui s'annonce intéressante puisqu'il s'agit d'auteurs chinois contemporains et résolument modernes.
Aujourd'hui dans cette Chine-là, les artistes donnent dans la performance et le happening, on prépare les JO de 2008 et on rencontre l'amour en chattant sur le web.
On retiendra surtout la première et la dernière nouvelle de ce recueil.
Une nouvelle de Dai Lai, une auteure de Xinxiang, intitulée "T'es prêt ?".
[...] Le mois précédent, sur la place de la Paix de la même ville, il avait distribué avec le plus grand sérieux deux cents préservatifs de toutes les couleurs aux passants. Cette performance, intitulée "Une vie sûre et colorée", était la plus modérée, la plus sensible et aussi la plus sensuelle qu'il ait réalisée. À chaque fois qu'il donnait un préservatif, il précisait que c'était pour rire, et qu'il ne fallait surtout pas l'utiliser. Ainsi, après sa distribution de deux grosses boîtes de capotes, la place était couverte de petits ballons multicolores.
Et une nouvelle de Yan Lianke, un ancien militaire, intitulée "Poil de cochon", qui décrit de façon savoureuse la vie de la campagne : on se croirait revenu au début du siècle au fin fond de la France profonde ...
[...] Lorsqu'ils avaient fini leur bol, certains se levaient et retournaient chez eux le remplir. D'autres, plutôt que d'y aller eux-mêmes, envoyaient leur gamin. Un de ces gamins, qui venait juste d'arriver avec son bol plein, renâcla un peu devant la demande de ses parents. Ceux-ci l'air furieux, se mirent à l'enguirlander en lui reprochant son insolence.
"On t'a nourri jusqu'à c't'heure, et toi, t'es trop feignant pour aller chercher un bol de soupe à tes parents ! Si on avait su ça avant, on t'aurait pas fait !"
Le gamin, lui, trouva un peu raide d'être assommé d'injures comme ça devant tout le monde. Surtout qu'il n'avait même pas refusé d'y aller, il avait juste mis un peu de temps. Il se leva d'un bond en demandant :
"Qui c'est qui t'a forcé de me faire ? Hein, qui c'est ?".
Ces deux auteurs ont également des romans traduits en français (voir plus haut les liens proposés vers Amazon) qu'on s'est bien sûr promis de (vous faire) découvrir prochainement ...
Un autre livre de Yan Lianke : Servir le peuple.
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On A Tout Rangé