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Le blog de A à Z

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 08:14
D'autres avis sur Babelio

Debriefing.

D'habitude on n'est pas trop fan des espions de John Le Carré, un auteur prolixe qu'on trouve souvent un peu loin de ses personnages.
D'autres avis sur BabelioMais celui-ci, Un traître à notre goût, nous était gentiment proposé par Babelio, alors ...
... alors, ce fut finalement une bonne surprise et on a effectivement trouvé cet espion à notre goût.
On accompagne un gentil couple d'anglais, bcbg c'est rien de le dire, Mr est sportif (tennis, alpinisme) et intello (prof d'université), Mme est jolie (forcément) et intelligente (avocate), bref aucun réalisme(1) mais on ne peut pas s'empêcher de les trouver à notre goût.
Mr et Mme passent de charmantes vacances à Antigua (aux Antilles hein, pas aux Canaries !).
Ils y rencontrent un gros mafioso russe qui les prend en amitié et joue au tennis avec Mr Bond tandis que Mme Bond s'apitoie sur les gentilles petites filles du vilain qui est venu sur l'île accompagné de toute une smala. La vie des mafieux russes a l'air bien compliquée et l'on comprend vite que l'affreux repenti (y'a sans doute des encore plus vilains derrière) cherche à passer à l'ouest moyennant quelques infos croustillantes sur les compromissions des puissances occidentales dans l'industrie du blanchiment d'argent sale, industrie dans laquelle les russes ont désormais damé le pion aux ringards parrains de Sicile.
Voilà, vous savez tout ou presque.
L'intérêt du bouquin n'est pas dans cette histoire qui nous vaut quand même quelques petites parenthèses bien sympas comme celle sur le goulag comme usine à fabriquer de la mafia (ah s'ils avaient su ...) ou sur quelques rouages du blanchiment ou encore sur les fausses pudeurs d'une City londonienne qui ne se montre pas très regardante en ces temps de crise et qui se moque bien de savoir d'où viennent ces liquidités providentielles.
C'est un ponte du Secret Service qui parle ...
[...] Si on regarde les choses en face, qu'est-ce qu'il y a de mal à transformer de l'argent sale en argent propre, en fin de compte ? Oui, l'économie parallèle, ça existe, et dans des proportions énormes. Nous le savons tous. Nous ne sommes pas nés d'hier. L'économie de certains pays est plus sale que propre, nous le savons aussi. En Turquie, par exemple. En Colombie. Et oui d'accord, en Russie aussi. Alors, cet argent, vous préférez le voir où ? Sale là-bas ou propre à Londres, entre les mains d'hommes civilisés, disponible pour des buts légitimes et le bien public ?
Effectivement, présenté comme ça, à l'heure où la machine à laver du Vatican déborde, on comprend qu'il faut se montrer accommodant avec ce nouvel ami venu de l'est. Surtout s'il détient quelques numéros de comptes en Suisse capables de faire tomber quelques personnalités occidentales.
Alors Mr et Mme Bond se retrouvent malgré eux embarqués dans une histoire qui les dépasse.
[...] Moi, je me retrouve avec pour ami et protégé un criminel endurci et impénitent, assassin de son propre aveu et numéro un du blanchiment d'argent.
Finies les vacances à La Barbade. Les voici chaperonnés par une équipe du Secret Service de Sa Majesté, guidés pas à pas pour finaliser la transaction avec l'affreux mafieux repenti qui détient des infos qui nous intéressent et surtout qu'on préfère avoir nous, plutôt que d'autres.
Le livre est une succession de dialogues savoureusement agencés, judicieusement construits, entre Mr/Mme et le vilain, entre Mr/Mme et les agents de Sa Majesté ou entre Mr et Mme tout simplement. Par touches successives on découvre tout cela, la grande histoire et le passé du parrain moscovite et de sa famille, les petites histoires et les dessous des agents du Secret Service chargés de débriefer Mr et Mme ou encore d'habiliter, comme on dit, le candidat transfuge.
Malgré l'absence d'émotion qui caractérise encore une fois Le Carré (ou le milieu qu'il dépeint ?), le livre se dévore agréablement et le suspense sera conservé jusqu'aux dernières pages ...
______________________________
(1) - non, je dis pas ça parce que madame est belle ET intelligente, mais quand même ce gentil petit couple propre, riche et beau est vraiment too much, et finalement c'est ce qui fait un peu le charme du bouquin

Disponible en ebookPour celles et ceux qui aiment les espions amateurs.
Points édite ces 446 pages qui datent de 2010 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Isabelle Perrin.
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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 14:44
D'autres avis sur Babelio

La croisière picole.

C'est d'abord le lieu (le Spitzberg, la Zona frigida, le Svalbard en norvégien) qui nous a accroché : il y a déjà longtemps, BMR & MAM y avait passé une semaine frigorifique, kayakant entre phoques et glaçons. Beau mais froid, même au mois d'août !
Le bouquin de la norvégienne Anne Birkefeldt Ragde retrace tout cela parfaitement : l'atterrissage à Longyearbyen en provenance de Tromsø tout en haut de la Norvège, la colonie russe de Barentsburg(1), le jour continuel et la fin des horaires, la peur des ours qu'on ne voit pratiquement jamais mais dont on parle tout le temps, l'obsession norvégienne pour garder ces terres propres et sans mégots de cigarettes(2), tout y est.
Mais au-delà de la balade touristique (réussie), on a découvert une auteure méconnue ici et réputée chez elle, quelque part entre Bridget Jones et Anna Gavalda.
Sauf que Anne B. Ragde décoiffe : elle n'a rien de politiquement correct, sa prose est juste et féroce, on se marre, on rit jaune, on jubile, on dévore son bouquin comme un ours dévorerait un phoque.
L'écriture est vive, la traduction visiblement à la hauteur.
L'héroïne de son bouquin (Béa) est caricaturiste pour les journaux politiques : c'est dire si le trait est acéré.
Ça commence avec une petite déprime,
[...] J'ai pris deux cafés en même temps, pour éviter de retourner faire la queue. Ce genre de chose aurait énervé Torvald. Le café était servi à volonté. mais il fallait se lever pour aller le chercher. J'ai donc dépensé quinze couronnes pour pouvoir rester assise. Ça l'aurait rendu fou. Il disait que mon côté panier percé raccourcirait sa vie de plusieurs années. Heureusement pour lui que je l'ai quitté, donc. Même si, au fond, il était adorable quand il dormait. À ce moment-là, il ressemblait à un ange. Sauf que ce n'est pas une vie d'avoir un partenaire qui vous plaît surtout quand il dort. On m'a dit que certaines personnes éprouvaient ça avec leurs enfants, mais je ne suis pas la personne pour en parler.
Et voici Béa notre dessinatrice partie en voyage organisé au Svalbard.
Sauf que la jeune dame ne se contente pas de larguer ses mecs, de dédaigner son rôle de mère potentielle et de boire des cafés.
En réalité elle picole comme un trou. Que dis-je, un gouffre. Elle est organisée. Quasi une scientifique du biberonnage.
[...] C'est un exercice délicat, cette histoire de bière light. Il faut savoir bien doser, pour sentir les effets de l'alcool et éviter la somnolence. On n'a pas ce genre de problèmes avec une bière plus alcoolisée. On est sûr d'avoir l'ivresse avant de devenir léthargique.
Elle ne se cache même pas d'avoir choisi cette destination parce que les alcools y sont détaxés.
Nos flics et inspecteurs avinés habituels sont relégués au dernier rang de la classe. Béa est désignée major de promo, sans contestation possible. Et en plus, sympa, elle n'a pas le vin triste.
Mais tout ça, c'est à la surface de la glace. Dès le début, grâce à quelques indices soigneusement dosés, on nous laisse deviner qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. L'alcool. Le titre. Béa semble avoir entrepris ce voyage moins pour le cognac ou le gin détaxé que pour se venger de quelque chose, sans doute un passé terrible ?
Le mystère se dévoile aux deux tiers du bouquin et on est un peu surpris de découvrir si tôt le pot aux roses et le dénouement. Malgré l'ombre du passé, on s'amusait bien en compagnie de Béa. Pochetronnée ou pas, elle ne gardait pas sa langue dans la poche de sa doudoune et on aimait bien suivre avec elle la croisière dans les eaux glacées et ensoleillées, au rythme des jours et des jours(3).
Mais finalement la dernière partie du bouquin tiendra ses promesses, d'autres masques tombent, d'autres passagers de la croisière se révèlent sous un autre jour : Anna B. Ragde s'avère une sacrée portraitiste.
[...] « Alors, c'était bien ton voyage ? » Bien sûr, je lui raconterai plus tard. Tout. C'est-à-dire rien.
Une fois embarqué à bord, impossible de lâcher le bouquin qu'on dévore en quelques heures, un bouquin qui mériterait presque un petit coeur ... le prochain peut-être ?

(1) - c'est le charbon qui fut un temps la richesse de l'archipel
(2) - la Norvège n'a que des droits d'administration sur ces îles et se voulant irréprochable aux yeux des Nations, elle veille jalousement sur leur écosystème : on y débarque avec ses sacs poubelles et on repart avec, aucune trace !
(3) - notez cet habile jeu de mots(4) puisqu'il n'y a pas de nuit là-haut ...
(4) - oui bien sûr, l'habitude vous a rendus attentifs à ces traits d'esprit, fins, spirituels et désormais fameux, mais des fois je souligne quand même, des fois que l'un de vous somnole un peu après une dure journée et passe à côté de l'un de ces grands moments de la blogoboule, ce serait dommage, après tout le mal que je me donne !

Disponible en ebookPour celles et ceux qui n'aiment ni les ours, ni les phoques.
Balland édite ces 396 pages qui datent de 2011 et qui sont traduites du norévgien par Hélène Hervieu et Eva Sauvegrain
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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 09:01
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Robinson des glaces (1/2).

Finalement, on avait bien fait.
Bien fait de ne pas céder aux sirènes de Sukkwan Island, le premier roman de David Vann. Bien fait de résister à l'effet de mode qui nous avait paru suspect.
Bien fait d'attendre un peu et de ne prendre un billet que pour le vol suivant, direction Alaska toujours bien sûr, pour Caribou Island et Désolations, voyage éprouvant dont nous ne sommes pas revenus tout à fait indemnes.
À la lecture (surtout dans cet ordre-là !), Sukkwan Island n'est finalement qu'une pâle copie, un brouillon du roman suivant, beaucoup, beaucoup plus abouti.
Autant Désolations nous aura marqué d'une forte empreinte, autant Sukkwan Island nous laisse sur notre faim de saumon fumé.
On y (re)trouve les mêmes thèmes et les mêmes personnages : parents et enfants, couple plus que finissant, mâle coureur de jupons, homme fuyant sa propre vie sur une île déserte et glacée, cabane en planches de guingois, vaine pêche au saumon, paysages grandioses et hostiles, homme en perdition que seule l'obstination entêtée semble maintenir en vie, désolations ...
Notre billet Il aurait voulu ne pas être celui qu'il était, ne jamais trouver personne. S'il trouvait quelqu'un, il faudrait lui raconter son histoire qui, il devait bien l'admettre, semblerait terrible.
Certes l'histoire est terrible mais celle de Désolations, moins tape-à-l'oeil s'avère finalement plus puissante et mieux construite et il faut avouer qu'ici on peine un peu à suivre ces deux personnages, père et fils, perdus sur Sukkwan Island. Emporté par la violence sourde et la force inéluctable de son histoire, David Vann a délaissé l'écriture. C'est tout l'inverse dans Désolations où il ne se passe presque rien et le second roman, peaufiné, affiné, est beaucoup, beaucoup plus fort.
Qu'y avait-il de magique dans ces endroits ? Qu'y avait-il dans cette idée de Frontière qui le poussait à penser que rien d'autre n'avait d'intérêt ? Ça n'avait aucun sens, il aimait son confort et ne supportait pas la solitude. À chaque instant de la journée, désormais, il avait envie de voir quelqu'un. Il avait envie d'une femme, de n'importe quelle femme. Peu lui importait le paysage s'il devait l'admirer seul.
Alors résumons-nous : si vous ne connaissez pas encore David Vann précipitez-vous sur l'île des Désolations, et si vous aviez déjà succombé aux charmes de Sukkwan Island, ne manquez pas le remake en bien plus mieux.
Dans tous les cas, ne passez pas à côté !
Évidemment avec des romans d'une telle puissance dévastatrice on se dit que David Vann n'a pas dû avoir une vie toujours facile, alors on se renseigne : James Vann, le père de David donc, aime les femmes, la pêche et la chasse. Quand son fils nait, il est dentiste sur l'île d'Adak à la pointe ouest de l'Alaska. Mais James Vann est infidèle. Les parents se séparent, le père reste dans ces froides contrées tandis que la mère, David et sa soeur partent pour la Californie. Finalement le père se suicidera au pistolet.
Trente ans après, David Vann a refait surface : il est devenu écrivain célèbre (!) et fait de la voile dans les eaux turques.
Il s'apprête finalement à réaliser le rêve du garçon de Sukkwan Island : faire le tour du monde en bateau ...
Après avoir lu ses deux bouquins, bon sang, c'est tout ce qu'on lui souhaite : bon vent !

Pour celles et ceux qui aiment les histoires (terribles) de père et fils.
C'est Nature Writing de Gallmeister qui édite ces 200 pages qui sont traduites de l'américain par Laura Derajinski.
D'autres avis sur Babelio. 
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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 15:16
D'autres avis sur Babelio

Géométrie appliquée.

BMR & MAM, deux baobab-coolAvec son titre curieux, Mathématiques congolaises est un bouquin qui ne paie pas de mine mais qui vaut vraiment le détour : enfin un roman africain moderne et à l'écriture très contemporaine, avec de l'humour et même un petit air de polar pour rendre le tout encore plus lisible à nos yeux européens.
Le Congo dont il s'agit n'est pas l'ancienne colonie française mais celui d'en face, le Congo-Kin, celui de la RDC et de Kinshasa.
À travers une très belle galerie de personnages savoureux qui se croisent et dont les vies s'entrecroisent, In Koli Jean Bofane nous fait découvrir la vie quotidienne de Kinshasa et au-delà, la vie quotidienne de nombreux pays africains(1).
Dans les rues de Kinshasa, Célio Mathématik trime et frime.
Son (sur)nom, il le tire d'un manuel de maths qui ne le quitte plus :
[...] Lui, qui n'avait plus de parents et personne d'assez intime pour lui servir de guide à travers la vie, commença à bâtir ses convictions à partir de ce qui était écrit dans le manuel. En grandissant, sa confiance en le livre s'était renforcée. [...] Parfois même, lorsqu'il lui avait fallu jauger ses semblables, il lui avait été utile de savoir que deux pyramides, qu'elles soient droites ou obliques, étaient identiques si les bases et les hauteurs étaient les mêmes. L'apparence ne comptait pas, il fallait savoir mesurer ce qu'il y avait à l'intérieur, comme chez les êtres humains.
Leçon de choses ou leçon de maths, leçon de gens surtout : petites gens, frimeurs, militaires, politicards, ...
[...] Les bailleurs de fonds nous ont fuis depuis longtemps. Tout cela donne du carburant aux troubles sociaux de toutes sortes. Comment voulez-vous démocratiser dans ces conditions ? [...] Toujours là à donner des leçons. Pourtant les Occidentaux ont bien bâti leur puissance sur l'oppression du monde, eux ! Combien de peuples n'ont-ils pas dû opprimer et massacrer avant d'asseoir leur soi-disant démocratie ? On ne bâtit pas sur rien, Celio. Ils le savent pourtant bien. Il y a un prix à payer pour tout. Qu'on nous laisse un peu de temps, bon Dieu !
Très intéressant regard (à la fois tendre et lucide) sur les africains. 
In Koli Jean Bofane est né en RDC mais vit désormais à Bruxelles et c'est là son premier roman. Chapeau.
______________________________________
(1) : ceux qui ont eu la chance de vivre quelques temps ici ou là, retrouveront dans ces descriptions, tout “leur” quotidien 

Pour celles et ceux qui aiment l'Afrique.
C'est Actes Sud (Babel) qui édite ces 318 pages qui datent de 2008.
D'autres avis ici et .
 
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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 09:04

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L'art de l'esquimautage.

Ah, prendre un bouquin d'Échenoz ! Ah, quelle annonce de plaisir. C'est comme décapsuler une bouteille de sa meilleure bière(1). C'est comme mettre un bon CD dans la boîte à zik.

Il faut dire que Jean Échenoz joue de la musique des mots comme d'autres de celle du piano.

Quel virtuose. Quelle mélodie que ces phrases qui tournent et qui roulent, l'humour discret, sans jamais se prendre trop au sérieux, sans effet d'orchestration trop appuyé.

Cette chanson-ci commence et finit par les mêmes mots, le même refrain : Je m'en vais.

On commence comme ceci :

Je m’en vais, dit Ferrer, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars. Et comme les yeux de Suzanne, s’égarant vers le sol, s’arrêtaient sans raison sur une prise électrique, Félix Ferrer abandonna ses clefs sur la console de l’entrée. Puis il boutonna son manteau avant de sortir en refermant doucement la porte du pavillon.

Pour finir comme cela :

[...] Je suis désolé, dit Ferrer en s’approchant avec prudence, je n’avais pas du tout prévu ça. C’est un peu compliqué à expliquer. Pas grave, dit la fille, je suis moi-même là par hasard. Vous allez voir, il y a des gens assez marrants. Allez, venez. Bon, dit Ferrer, mais je ne reste qu’un instant, vraiment. Je prends juste un verre et je m’en vais.

Entre ces deux Je m'en vais, deux cent pages où il ne se passe pas grand chose, comme d'habitude chez Échenoz, juste l'errance de ce Ferrer, marchand d'art qui se prête quand même à un voyage au fin fond du Canada pour récupérer quelques babioles d'esquimos, une fortune d'art ethnique qui ... bon, on ne va quand même pas vous raconter le fil ténu de l'intrigue presque policière qui agrémente le récit.

Mais comme d'usage chez cet auteur, ce n'est pas l'important : l'essentiel est ailleurs, dans les petits riens sans importance justement, les petits riens qui font le récit du réel, de la vraie vie des personnages dont Échenoz tire le portrait.

Car Jean Échenoz est grand portraitiste.

Jean ÉchenozLe sieur Ferrer connaîtra quelques déboires avec sa galerie d'art mais aura surtout du mal à se fixer auprès de la gente féminine, entre deux Je m'en vais : [...] Cette moitié féminine peut aussi, a-t-il remarqué, se diviser en deux populations : celles qui, juste après qu’on les quitte, et pas forcément pour toujours, se retournent quand on les regarde descendre l’escalier d’une bouche de métro, et celles qui, pour toujours ou pas, ne se retournent pas. En ce qui concerne Ferrer, il se retourne toujours les premières fois pour estimer à quelle catégorie, retournante ou non retournante, appartient cette nouvelle connaissance. Ensuite il procède comme elle, se plie à ses manières, calque son comportement sur le sien vu qu’il ne sert vraiment à rien de se retourner si l’autre pas.

Ah, quelle musique. Échenoz est incontestablement notre auteur français préféré, inégalé sans doute parmi ses contemporains.

Ce bouquin n'est peut-être pas le meilleur de la série mais ressemble un peu, avec ses faux airs de polar, au Lac déjà commenté ici.


(1) : oui, plutôt une cannette de bière qu'une bonne bouteille de vin : les bouquins d'Echenoz sont généralement courts et plutôt du format 33cl que 75cl, c'est comme ça.


Pour celles et ceux qui aiment les esquimos.
Les éditions de minuit éditent ces 199 pages qui ont obtenu le Goncourt de 1999
.
Une bio d'Échenoz et d'autres avis chez Babelio.

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 06:06
Telerama en parle

Les îles aux trésors.

Un bouquin sur R.L. Stevenson, voilà qui avait de quoi nous attirer.
http://carnot69.free.fr/images/chinois.gifUn bouquin écrit par un japonais, Nakajima Atsushi, voilà qui avait de quoi nous appâter. Alors évidemment, si c'est le japonais qui se met à évoquer Stevenson ...
La mort de Tusitala, raconte les dernières années de R.L. Stevenson dans les îles Samoa (façon Brel ou Gauguin), fuyant pour raisons de santé, l'air vicié de sa Grande-Bretagne natale.
Tusitala était le nom local de R.L. Stevenson et à quarante ans, RLS se considérait déjà comme très vieux :
[...] si l'âge, d'une certain façon, se calcule d'après la distance plus ou moins courte qui nous sépare de la mort.
Nakajima Atsushi brosse un très beau portrait (à peine imaginaire) de l'écossais qui avait l'âge d'être son père et qui l'était sans doute au plan littéraire. La prose du japonais est étonnament moderne (belle traduction sans aucun doute) et l'on se surprend à plusieurs reprises à déchiffrer les dates : oui, Atsushi est né en 1909 et son bouquin date de sa dernière année : 1942. Surprenant.
[...] Cet homme, très malade des poumons, mais d'un tempérament volontaire, insupportablement prétentieux, poseur et vaniteux, qui se faisait passer pour un artiste sans en avoir le talent et abusait de ses faibles forces pour produire à tour de bras des oeuvrettes insignifiantes mais joliment faites, essuyait dans la vie réelle de constantes railleries, à cause de cette préciosité puérile, subissait sans cesse chez lui la domination d'une épouse plus âgée et, pour finir, mourait misérablement, au fin fond des mers du Sud, en regrettant jusqu'aux larmes le Nord et son pays natal.
Ce court roman en forme de fausse-vraie biographie alterne les vraies-fausses lettres de RLS et le récit de Atsushi qui partage de nombreux points communs avec son 'modèle' : le japonais vécut lui aussi dans les îles du Pacifique (les îles Palaos, du temps de la conquête nipponne) et lui aussi malade des poumons, se savait condamné (pleurésie, asthme, ... il mourut très jeune d'une pneumonie). Pour ces deux là, l'écriture était la seule façon d'échapper à leur destin et ce petit bouquin est donc un hymne joyeux à l'écriture (et à la lecture) :
[...] Mais d'un autre côté, la joie mystérieuse, devenue comme une seconde nature, d'aligner les lettres sur le papier [...] voilà qui n'est pas près de se laisser oublier.
Dédié aux amoureux des livres.

Pour celles et ceux qui aiment les écrivains.
C'est Anacharsis qui édite ces 170 pages traduites du japonais par Véronique Perrin et qui datent de 1942 en VO. 
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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 06:17
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Lectures givrées ...

Ici même, on avait déjà parlé de Jørn Riel (il y a ... cinq ans déjà !).
Le nouveau petit bouquin que l'on vient de lire est de la même veine : Jørn Riel nous raconte des histoires invraisemblables venues du fin fond des terres glacées du Groënland.
Avec un tout petit peu moins de cocasseries potaches que dans le précédent ouvrage, Un safari arctique est un recueil de nouvelles, de racontars comme le dit l'auteur, truculentes, savoureuses, hénaurmes, ... à la dimension des landes désolées du pays.
Jørn Riel maîtrise parfaitement l'art de raconter une histoire. Et le plus souvent, il met en scène un personnage qui lui-même, se fait conteur pour ses compagnons. Cette mise en abyme est également celle du gars qui raconte l'histoire du gars qui lui a raconté ...
À chaque étape ou étage, l'histoire est, comme il se doit entre gens de bonne compagnie, embellie, enjolivée. Les fanfaronnades deviennent encore plus exagérées et les invraisemblances encore plus vraies. Si Tartarin n'avait pas été de Tarascon, il eut été de Fimbul ou de Bjørkenborg assurément.
L'histoire d'Emma par exemple, est extraordinaire : à plusieurs reprises, Jørn Riel nous donne le fin mot de l'affaire, la clé de l'histoire, mais non, rien n'y fait, comme les chasseurs du Groënland on a tellement envie de croire à cette jolie histoire qu'on se laisse emporter au fil des quelques pages et on se laisse surprendre par la chute qu'on nous avait pourtant déjà dévoilée. Chapeau !
Emma voyageait beaucoup. Elle se déplaçait de fjord en fjord, de cabane en cabane et de couchette en couchette. Dans certains endroits, son séjour était bref, dans d’autres, il pouvait durer des mois. Malgré les nombreuses expériences de toutes sortes, elle restait douce et candide, comme le jour où elle avait jailli de l’imagination de Mads Madsen. Ses joues de beignets aux pommes rougeoyaient comme le soleil d’août chaque fois qu’on lui présentait un nouveau fiancé, et ses yeux d’un bleu de glacier brillaient d’impatience en attendant que les négociations, après beaucoup de vives discussions, aient pris fin. La vie dans le nord-est du Groenland devint vite aussi passionnante pour Emma que pour les chasseurs. Les mois passèrent. Moins d’un an s’était écoulé qu’elle avait déjà fait le tour de la côte plusieurs fois. Elle passa le mois d’hiver le plus froid chez Valfred dans la Cabane de Fimbul. Ce fut pour la jeune fille une sorte d’état d’hibernation. Une longue période de repos dans la couchette supérieure de la cabane. De bon coeur, Valfred l’avait reprise au Comte qui, par erreur, l’avait achetée à Herbert contre douze bouteilles de vin à étiquettes et la moitié de la récolte de pommes de terre de l’année suivante.
– Est-ce qu’elle est pas un peu du genre olé olé ? demanda Fjordur, sentant à nouveau le doux bourdonnement sous les hanches.
– Emma change de partenaire comme nous autres nous changeons de chemise, avoua Siverts, c’est-à-dire à peu près une fois par mois.
La nouvelle qui donne son titre au recueil est également un morceau d'anthologie quand une riche et noble dame s'en vient chasser le boeuf musqué aux côtés de nos rudes gaillards, puants et barbus :
– Hé, hé, j’ai connu un machin comme ça autrefois. Une vraie dame que c’était, hé, hé, mais y a longtemps d’ça. Tout le monde regardait Valfred. Avoir connu une dame, c’était vraiment quelque chose. Peut-être qu’on pouvait profiter des expériences de Valfred.
– Et t’as connu combien de dames ? demanda Herbert.
– Ah, combien, combien ? Ça dépend, répondit Valfred, sibyllin. Il y a donc longtemps de ça, mais d’une façon ou d’une autre on se souvient quand même. Celle que j’ai connue avait un magasin de broderie à Gothersgade, une rue de Copenhague. Elle avait peut-être rien de particulier à voir, mais c’était une jolie petite chose et une dame surchoix. Elle avait une odeur particulière, et je crois que toutes les vraies dames sont comme ça.
– Quel genre d’odeur ? demanda Anton. Il était avide de s’instruire et n’avait que très peu de connaissance en matière de dames.
– Ouais, Anton, comment te faire comprendre ça ? Valfred se gratta la nuque. C’était un peu du genre de la lotion pour les cheveux du Comte, et puis un brin comme quand on fait bouillir du chou. Pas beaucoup, ça ne piquait pas le nez, juste un peu, vous comprenez. C’est parce que les dames, ça se lave tous les jours avec du savon, et après, ça s’asperge avec de l’eau de toilette ou des choses de ce genre.
– Mais le chou ? Anton était désireux d’en savoir plus. D’où il venait ?
– Je suppose qu’il venait de l’intérieur, mon ami, dit Valfred.
http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifQuelques petites nouvelles qui s'enchaînent et se répondent, sans vraiment se suivre mais quand même, qui brodent toute une galeries de portraits de ces chasseurs de peaux venus passer quelques hivers sur la banquise groënlandaise et qui ne repartiront peut-être jamais, trop heureux d'être là, seul(s) et loin de tout.
Dépaysement garanti : Jørn Riel a vécu plusieurs longues années au Groënland dans une base scientifique et désormais, comme le dit son éditeur, il 'décongèle' dans la jungle de malaisie avec en tête, tout plein d'histoires à raconter aux papous.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires tout simplement.
10/18 édite ces 157 pages qui sont traduites du danois par Susanne Juul et Bernard Saint-Bonnet
Blanche-Neige en parle (à qui on a piqué le titre).
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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 08:00
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L'avenir est derrière nous.

Un avenir de Véronique Bizot est évidemment un bouquin qui parle du passé. Les autres opuscules
Au hasard de circonstances, Paul retourne dans la maison de leur enfance (ils étaient six frères et soeurs). Pendant que seul, il tourne en rond dans cette grande bâtisse, peu à peu tout le passé de cette fratrie remonte à la surface des mots.
[...] à vrai dire, aucun de nous n'aurait parié sur le mariage d'Adina et Dorthéa, qui, jumelles, elles aussi, avaient largement dépassé l'âge d'un premier mariage et n'ont pas hérité de la clarté norvégienne de notre mère, ce sont deux femmes d'apparence assez sévère, et Adina a en outre cette cicatrice en travers de la joue. Dorthéa a toujours l'air plus ou moins sale, mais elle peut à l'occasion de montrer enjouée, quoique la plupart du temps je la trouve simplement agitée. Assis dans le fauteuil de velours jaune, notre frère Odd ne desserrait pas les dents et il me semble que notre plus jeune soeur Margrete était comme à son habitude installée à la table derrière le canapé, et comme à son habitude occupée à écrire, c'est-à-dire noircir ses cahiers quadrillés dont a toujours ignoré quelles histoires, quelles inventions, quelles confessions ils pouvaient bien contenir. [...] Elle s'y mettait dès le matin depuis des années, jour après jour, si je n'écris pas sur ces cahiers, disait-elle, tout ce qui est dans ma tête y demeurera et me submergera, nous submergera tous, affirmait-elle. Si bien que notre soeur Adina la laissait faire, se contentait simplement de l'envoyer chercher telle chose à l'étage, à la cuisine ou au jardin, rien d'important, jamais par exemple elle ne lui aurait demandé de sortir le linge de la machine à laver et d'aller l'étendre dehors sur le fil.
L'écriture est originale, simple et sans trop d'effets à la mode [on pense un peu à Échenoz, belle référence] : au fil des scènes qui remontent du passé, il faut se laisser bercer par les longues phrases sans queue ni tête de Véronique Bizot et se laisser promener dans les méandres des digressions et des souvenirs. Jusqu'à une courte fin abrupte et surprenante.
Car c'est l'histoire d'une famille : des frères, des soeurs.
La soeur Margrete déversait dans ses cahiers tout ce qui menaçait de la submerger. Paul avait lui, choisi d'enfouir tout cela dans les tiroirs secrets de sa mémoire : mais pendant ces quelques jours passés seul dans la maison familiale, tout cela va resurgir et le submerger à son tour.
En contre-point, comme en creux, on devine l'histoire des parents ... qui, par le passé, n'ont peut-être pas laissé beaucoup d'avenir à leurs enfants.
Un petit bouquin qui mérite une belle place dans notre répertoire des opuscules minuscules
Avec ce second roman (on n'avait pas encore lu le premier), Véronique Bizot confirme qu'elle a de l'avenir !

Pour celles et ceux qui aiment les courts romans ou les longues nouvelles.
C'est Actes Sud qui édite ces 103 pages qui datent de 2011.
D'autres avis sur Babelio.
 
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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 06:48

Robinson des glaces.

On n'avait pas cédé (à raison visiblement) aux sirènes de Sukkwan Island, le précédent roman de David Vann : trop d'engouement, trop de ferveur sur les blogs, l'effet de mode nous avait paru suspect.
Mais on ne pouvait pas bouder trop longtemps et le pitch de son second roman, Désolations, semblait prometteur.
http://carnot69.free.fr/images/best-of-livres.png
Au fin de fond de l'Alaska, Gary et Irene sont à la retraite, leurs gosses élevés et devenus adultes.
Gary n'a plus qu'une obsession : construire sa cabane sur Caribou Island (c'est le titre en VO), l'île perdue au milieu du lac en face de chez eux.
Irene est prête à le suivre : tout, même la folie de Gary, plutôt que d'être abandonnée à nouveau (elle ne s'est jamais remise de la fuite de son père et de la pendaison de sa mère).
[...] Au petit matin, Irene porta sa part, rondin après rondin, du pick-up au bateau. On n'arrivera jamais à les caler les uns sur les autres, dit-elle à son mari, Gary.
Je vais devoir les raboter un peu, dit-il d'un air renfrogné.
Irene s'esclaffa.
Merci, dit Gary, Il affichait déjà cette expression inquiète et morose qui accompagnait tous ses projets impossibles.
Pourquoi ne pas construire la cabane avec des planches ? demanda Irene. Pourquoi faut-il absolument qu'elle soit en rondins ? Mais Gary ne lui répondit pas.
Voilà. On est à la page 10 seulement et tout est déjà dit : on sait qu'on va accompagner ce vieux couple finissant dans une lente mais certaine descente aux enfers, jusqu'à un dénouement qui ne pourra être que tragique.
Bientôt Irene sera prise de maux de tête terribles, qu'on devine psychosomatiques. Tous deux s'entêtent, chacun de son côté, Gary à bâtir sa cabane de traviole, Irene à ne pas le lâcher pour ne pas lui laisser l'occasion de la planter là, sur la rive.
Et pour être sûr que cette histoire soit vraiment terrible, David Vann nous a emmenés chez lui en Alaska :
[...] La fin de l'été dans cette région ressemblait fort à l'hiver. Ne te plains pas, se dit-elle. C'est toi qui as voulu venir. Elle avait imaginé l'Alaska comme une véritable aventure, mais à dire vrai la région lui semblait plutôt fade. On voit un ou deux élans et ils commencent à sembler aussi communs que les vaches.
Un pays de désolation. Pluies, neiges, vents et moustiques. Un pays avec ses cohortes de pêcheurs : à la ligne ou au chalut, mais David Vann ne nous donne certainement pas envie d'aller pêcher le saumon avec eux !
Rien à voir, par exemple, avec la pêche de la truite à la mouche dans le Maine où nous conviait William G. Tapply(1).
Le Maine c'est quand tu veux, mais l'Alaska non, sûrement pas !
Autour de Gary et Irene, leurs deux enfants qui sont restés à proximité : le fils Mark fume la marie-jeanne de son jardin, Rhoda rêve d'un mariage avec un riche dentiste qui court déjà le jupon. On se dit qu'ils ont des excuses, ils vivent en Alaska.
Voilà pour l'histoire et son décor.
http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifReste le bouquin de David Vann : passées les premières pages, c'est terrible. On dévore ce bouquin à vive allure, impossible de le reposer, il ne s'y passe pratiquement rien mais c'est pire qu'un polar. L'obsession de Gary, courbé sous les muets reproches de sa sorcière de femme, incarnation de la réprobation, devient la nôtre. On partage les affres et les maux de tête d'Irene qui s'obstine à sauver son couple et à suivre son abruti de mari entêté. Tous les personnages, couple, enfants, conjoints, sont attachants, épais, humains et vrais. On croit prendre parti pour l'un ou l'autre, on aimerait bien s'identifier à quelqu'un, ne serait-ce qu'un demi-héros, mais le chapitre suivant nous le dépeint sous un jour encore plus sombre et plus attristant. Les tempêtes et les désolations de l'Alaska ne sont bien évidemment que les reflets de celles des âmes humaines, à moins que ce ne soit le contraire.
David Vann nous décrit des paysages grandioses (désolants mais grandioses !) mais c'est dans les têtes que tout se passe.
[...] Il faut que j'y aille, dit Mark.
Reste déjeuner, dit Rhoda.
J'ai promis de rendre le bateau. Il faut que j'y retourne.
Tu fuis comme ton père, dit Irene. Pourquoi tu ne peux pas rester ? C'est rien qu'un déjeuner. Pourquoi les hommes de cette famille passent-ils leur temps à fuir ?
Je ne sais pas, dit Mark, Peut-être parce que tu nous fous les jetons ? Si je reste une minute de plus ici, je vais hurler. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est comme ça. Désolé. Ne le prends pas personnellement. Il avait ouvert la porte, s'enfuyait.
Que je ne le prenne pas personnellement ? dit Irene.
David Vann écrit là où ça fait mal. Et il écrit bien. Vraiment très bien.

(1) : c'était Dérive sanglante, Casco Bay et Dark Tiger, dans la même collection Nature Writing de Gallmeister.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires de couple, même finissant. Les portraits aussi.
Et c'est donc la maintenant fameuse collection Nature Writing de Gallmeister qui édite ces 297 pages qui datent de 2011 en VO et qui sont traduites de l'américain par Laura Derajinski.
D'autres avis sur Babelio.
 
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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 12:33

Cold case à la danoise.

Ça ressemble à un best-seller de gare surfant sur la vague du polar nordique.
C'est en partie vrai.
Vrai parce que Miséricorde, le bouquin du danois Jussi Adler Olsen raconte une histoire où l'on joue à se faire peur avec la disparition d'une jolie députée danoise, Merete Lynggaard, qui se retrouve enfermée dans une sorte de grand caisson d'isolement surcomprimé. Qui lui en veut au point de la torturer ainsi ? Un amant éconduit ? Un politicien qu'elle aurait dénoncé ? C'était en 2002. Depuis 5 ans, Merete croupit dans sa cage. Le dossier a été classé, on l'a cru disparue en mer.
S'il n'y avait que ces chapitres, on ne parlerait pas de Jussi Adler Olsen sur ce blog.
Polar noir
Mais il y a l'autre volet du bouquin : en 2007, l'inspecteur Carl Mørck échappe de peu à une fusillade. Ses deux collègues n'ont pas eu sa chance. Il aurait peut-être pu réagir un peu plus vite et les sauver ? Déjà que Carl Mørck n'était pas un compagnon bien agréable avant, désormais il est odieux avec ses collègues. Traumatisé par la fusillade, il déprime.
[...] Pour commencer sa femme l'avait quitté. Ensuite, elle avait refusé de divorcer, tout en continuant à vivre séparé de lui dans son abri de jardin. Finalement, elle s'était offert une brochette d'amants beaucoup plus jeunes qu'elle et avait pris la mauvaise habitude de lui téléphoner pour les lui décrire. Ensuite, son fils avait refusé de continuer à vivre avec elle et s'était réinstallé chez Carl, en plein crise adolescente. Et pour finir, il y avait eu cette fusillade à Amager, qui avait stoppé net tout ce à quoi Carl s'était raccroché.
Pour cuver sa peine, le voici donc relégué au sous-sol avec de vieux dossiers classés à ré-ouvrir, histoire de redorer le blason de la police aux yeux des politiques et d'obtenir des subventions supplémentaires. Bien sûr, le dossier sur le haut de la pile est celui de Merete Lynggaard disparue 5 ans plus tôt. Et le lecteur futé se doute bien que les deux histoires vont finir par se rejoindre.
Mais Carl est affublé d'un aide à tout faire : Hafez el Assad, un pseudo-réfugié syrien (!) qui cuisine des beignets dans le bureau de Carl le bougon. Ces deux-là forment une paire impayable. Et originale.
Assad ne se contente pas de laver par terre et de faire la cuisine, il conduit aussi la voiture comme Samy Naceri dans Taxi, il connaît les filons pour décoder les faux-papiers plus vite que la scientifique et surtout il décrypte les affaires plus vite que Carl ! Ah, j'oubliais, auprès des femmes il a aussi plus de succès que Carl le maladroit.
[...] Carl s'assit lourdement sur son siège en face de son assistant.
« Ça sent très bon, Assad, mais ici, on est à la préfecture de police, pas dans un gril libanais de Vanløse.
- Goûtez ça, chef, et félicitations monsieur le commissaire », répliqua-t-il en lui tendant un triangle de pâte feuilletée fourrée. [...] La situation n'était pas facile à gérer.
« J'ai mis tous les papiers concernant l'accident de voiture sur votre bureau, chef. Je vous parlerai un peu de ce que j'ai lu, si vous voulez. »
Carl acquiesça de nouveau. Il ne manquait plus que ce type se charge aussi de rédiger le rapport quand ils en auraient fini avec cette affaire.
L'humour féroce de Jussi Adler Olsen décoiffe et égratigne ses compatriotes au passage.
Un bouquin qu'on ne lâche plus dès qu'on a eu le malheur bonheur de l'ouvrir.
Heureusement, tout au long du livre, les affreux collègues de Carl le bougon ont déposé tout plein de dossiers mal ficelés sur son bureau du sous-sol : on espère qu'il va bientôt en rouvrir un autre !

Pour celles et ceux qui aiment les danois et les syriens.
C'est Albin Michel qui édite ces 489 pages qui datent de 2007 en VO et qui sont traduites du danois par Monique Christiansen.
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On A Tout Rangé