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On A Tout Archivé

7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 05:46

D'autres avis sur Critiques LIbres


Polar noir des années noires.

Revoici l'écossais Philip Kerr et son étonnant détective privé Bernie Gunther, façon Nestor Burma chez les nazis.

On avait beaucoup apprécié le gros volume précédent qui réunissait trois épisodes : c'était la Trilogie Berlinoise.

Cette quatrième aventure, La mort entre autres, se laisse lire avec toujours autant de plaisir (Philip Kerr est un bon auteur de polars) mais n'atteint pas le niveau de la trilogie précédente.

Le goût de la nouveauté et le plaisir de la découverte ne sont évidemment plus là. Et l'intrigue de cette enquête, de cette manipulation dont est victime l'ami Bernie est un brin rocambolesque.

Reste, outre le plaisir de lire un bon polar, un polar bien noir, l'intérêt de relire quelques pages de notre Histoire, des pages bien noires.

Puisque tout l'intérêt des histoires de Philip Kerr c'est que, sans jamais pontifier, il nous fait voyager de Berlin à Vienne ou Garmish et même Tel-Aviv, il nous fait rencontrer toutes sortes d'aimables personnages comme Eichmann ou encore Hadj Amin le Grand Mufti de Jérusalem. Il nous balade entre les prémices du nazisme avant guerre jusqu'aux compromissions de l'Église, de la Croix-Rouge et de la CIA, toutes très occupées à faire échapper un grand nombre de nazis et de SS vers l'accueillante Argentine de Peròn.

Et toutes les ‘anecdotes’ dont Philip Kerr émaille son récit sont tristement avérées : depuis la visite d'Eichman à Tel-Aviv pour trouver une terre d'accueil où envoyer les juifs d'Allemagne, jusqu'au plan B qui consistait à récupérer une colonie française pour ce faire. C'était Madagascar. La suite on la connait et une autre solution, plus finale, sera mise en oeuvre.

Y'a de quoi déprimer pour le pauvre Bernie qui navigue en eaux troubles :

[...] Je me sentais aussi solitaire qu'un poisson dans une cuvette de toilette. Je n'avais pas de parents, et pas d'amis à qui parler, hormis le type dans le miroir de la salle de bains, celui qui d'ordinaire me souhaitait le bonjour, le matin. Dernièrement, il avait cessé de m'adresser la parole, même lui, et j'avais l'impression qu'il me saluait trop souvent d'un sourire sarcastique, comme si ma présence lui était devenue odieuse. Nous étions peut-être tous devenus odieux. Nous tous, les Allemands. Les Américains nous regardaient tous avec un mépris silencieux. Philip Kerr

Alors bien sûr il faut en revenir aux fondamentaux de tout bon détective :

[...] Voyez un peu les pays qui boivent beaucoup de bière. Ils sont presque tous protestants. Et ceux où l'on boit beaucoup de vin ? Tous catholiques.

- Et les Russes ? Ils boivent de la vodka.

- C'est une boisson qui aide à trouver l'oubli, répondit le père Bandolini. Absolument rien à voir avec Dieu.

L'époque était des plus sombres. Ce polar noir l'éclaire un tout petit peu.

Chacun connait bien désormais les sinistres compromissions dont firent preuve français, anglais ou américains à la fin de la guerre, par exemple avec les ‘médecins’ nazis qu'évoque largement ce bouquin.

Ce qui reste généralement passé sous silence, et pour cause, ce sont les compromissions des mêmes, avant guerre dans les années 30, pour trouver un consensus sur une solution au ‘problème juif’, aucun n'en voulant chez lui. On connait la suite.


Pour celles et ceux qui aiment les histoires avec de l'Histoire dedans.

D'autres avis sur Critiques Libres.

Le Livre de poche édite ces 565 pages qui datent de 2006 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Johan-Frédréik Hel Guedj.

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 20:46

D'autres avis sur Babelio


L'inspecteur Chen devient écolo ?

Polar Nous sommes depuis longtemps fans des polars shanghaïens de Qiu Xiaolong.

Après quelques dernières déceptions (voir De soie et de sang) on a voulu laisser une nouvelle chance à l'Inspecteur Chen avec Ces courants fourbes du lac Tai.

Malheureusement la veine prometteuse des savoureux premiers épisodes semble bien tarie.

L'inspecteur Chen promène son ennui sur les bords du lac, ne sachant trop ce qu'il est venu y faire, envoyé par un ponte du Parti, sans trop savoir s'il est ici en vacances forcées ou plutôt pour être l'oeil de Pékin sur place ...

Polar On a donc quitté Shanghaï à regrets et on n'est pas vraiment convaincu par cet épisode où Qiu et Chen jouent aux écolos ...

[...] Mon grand-père a cru aux nationalistes, mais Chiang Kai-shek a expédié tout l'or à Taïwan en 1949. Mon père a cru aux communistes, mais les Gardes rouges de Mao l'ont battu jusqu'à le rendre infirme en 1969. J'au cru à la réforme de Deng pendant les premières années, mais l'entreprise où j'avais travaillé toute ma vie a fait faillite du jour au lendemain. [...]

Tout tourne autour du profit. À quoi d'autre les gens pourraient-ils se raccrocher ? Rien qu'à l'argent.

Tout cela est pétri de bons sentiments et c'est dans l'air du temps. L'air du temps occidental (Qiu Xiaolong vit depuis longtemps aux US) mais ce n'est pas forcément ce qui faisait tout le charme des histoires shangaïennes du Qiu Xiaolong de la première heure.
Encore déçus par cet épisode donc, ce billet est donc à nouveau l'occasion de vivement vous conseiller de découvrir (si ce n'est déjà fait) Qiu Xiaolong par ses précédents polars, tous excellents et la plupart en format poche (voir des extraits au format PDF).


D'autres avis sur Babelio.

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 21:11

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Noël à Venise

Rien de tel que d'être coincé pour dans un hôtel de la banlieue de Madrid pour cause de surbooking sur la route de retour de vacances, pour vous faire découvrir quelques nouveaux bouquins, en fait les seuls en langue française dans une boutique de Bajajas ...

Ce sera donc le Cantique des innocents chanté par notre habituelle Donna Leon, Le répertoire des polarsmi-américaine, mi-vénitienne.

Revoici donc la Fred Vargas italienne (oui, on l'a déjà dit et redit) et son commissaire fétiche, Guido Brunetti.
Cet épisode-là tient la route même si ce n'est pas le meilleur de la dame et même si le sujet est un peu casse-gueule puisqu'il s'agit d'évoquer les adoptions peu orthodoxes et mieux encore les enfants que l'on peut acheter [de préférence à une fille de l'est] faute de pouvoir en faire. 

Un polar sans meurtre, presque sans crime.

[...] - Quels torts a-t-elle, en fin de compte ? D'être née dans le mauvais pays? D'être venue dans un pays plus riche. De s'être retrouvée enceinte, de ne pas vouloir le bébé et de trouver quelqu'un qui le voulait ? D'une certaine manière, elle a au moins le mérite d'avoir pris l'argent et de ne pas être revenue plus tard pour m'en demander d'avantage.

Juste une balade dans Venise, comme seule Donna Leon sait nous les organiser, avec le commissaire Brunetti comme guide.

Ça commence pourtant plutôt fort avec une descente musclée des carabiniers au domicile d'un pédiatre, sans doute coupable d'avoir eu un enfant qui n'était pas le sien mais dont la mère ne voulait pas.

Le gosse part à l'orphelinat auquel il était destiné, le pédiatre part à l'hôpital après s'être violemment jeté sur la crosse des fusils des carabiniers.

L'intrigue est mince mais suffira largement à Donna Leon pour démêler tout un écheveau de fils et contre-fils dans les arcanes du milieu médical italien.

Un bon épisode où l'on a même droit à une escapade de signor Brunetti et de la fameuse signorina Elettra(1) partis tous deux à Vérone jouer les faux parents en mal de vrais enfants.

[...] - Je suis allé à Vérone avec la signorina Elettra, dit-il, surpris lui-même de faire cette révélation. Nous étions un couple désespérant d'avoir un enfant. Je voulais vérifier si la clinique n'était pas impliquée  dans ces affaires d'adoption.

- Et est-ce qu'ils t'ont cru ? À la clinique ? " demanda-t-elle, même si Brunetti considérait que la question importante était de savoir si la clinique était partie prenante ou non dans les adoptions illégales.

" Je crois que oui ", dit-il, estimant plus prudent de ne pas essayer d'expliquer pourquoi.

Paola reposant les pieds par terre et s'assit. Elle posa son verre sur la table, se tourna vers Brunetti et retira un long cheveu noir du devant de sa chemise. Elle le laissa tomber sur le tapis et se leva. Sans rien dire, elle alla dans la cuisine préparer le reste du repas.

Hmmm, savoureux !

Rien que pour cette demi-page, le bouquin vaut le détour : les amateurs de Donna Leon et les fans de Brunetti (ou de Paola, ou de la signorina Elettra) apprécieront !

À force de lire Donna Leon on se demande comment on peut ne pas vivre à Venise ?

Ah oui, c'est vrai j'oubliais : on vit à Paris qui est encore plus belle !

Ceux qui découvriraient seulement Donna Leon pourront commencer par l'un des meilleurs épisodes comme Requiem pour une cité de verre.

__________________________

(1) : oui, oui, BMR avoue un penchant coupable pour la signorina Elettra à la vie mystérieuse mais que l'on suppose ô combien tumultueuse !


Pour celles et ceux qui aiment les pâtes italiennes.
Points poche édite ces 341 pages qui datent de 2007 en VO et qui sont traduites de l'anglais (Donna Leon est une américaine qui vit à Venise) par William Olivier Desmond.

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 11:46
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Alice au pays des merveilles nippones.

http://carnot69.free.fr/images/chinois.gif

C'était un coup de coeur des libraires Virgin mais cet étrange bouquin ne nous aura pas tout à fait emballés. http://carnot69.free.fr/images/Pigeons.jpg

Il faut dire que le japonais Kôtarô Isaka souffre de la comparaison avec sa compatriote Yôko Ogawa et qu'il est bien difficile de se faire une place sur l'étagère de l'étrange et du bizarre aux côtés de la grande dame. 

Et cette Prière d'Audubon ne possède pas le charme des nouvelles de Madame Ogawa.

Reste une bien étrange histoire : à la suite d'un concours de circonstances, un jeune homme se retrouve sur l'île d'Ogishima, un microcosme coupé du reste du monde depuis des lustres (une situation bien connue des japonais !). Notre esprit cartésien est encore un peu plus secoué lorsqu'on découvre qu'une rizière est occupée par un épouvantail ... qui parle.

Et pas pour rien dire, puisque l'épouvantail est capable de prédire l'avenir !

Bientôt quelques personnes disparaissent sur cette île fermée, quelques meurtres aussi. Et même l'épouvantail est assassiné !

Pour quelqu'un qui était supposé deviner son futur, ça la fiche mal. À moins que ...

Au fil des chapitres de cette intrigue mi fantaisiste mi policière, le voyageur-lecteur fera la connaissance de quelques personnages bizarres : un chat qui donne la météo sur son arbre, un peintre qui parle à l'envers, un poète qui n'hésite pas à tuer ceux qui s'écartent du droit chemin, et les fameux pigeons migrateurs du sieur Audubon.

Et c'est finalement tout un empilement de circonstances hasardeuses, d'événements et d'incidents fortuits, que l'on découvre au fil des pages jusqu'à la vision finale du puzzle. Sacré épouvantail !

[...] Il y avait en ce monde une île dont l'existence était ignorée de tous. Comme par hasard, cette île se trouvait au Japon et il y vivait entre autres un épouvantail doté du langage humain et des pigeons migrateurs qui avaient disparu du reste du globe depuis plusieurs décennies. Et j'allais croire tout ça ?

Un mélange curieux d'étrangeté fantaisiste et d'écriture nippone, comme désabusée et distanciée.

L'occasion aussi de découvrir cet étrange français qu'est Jean-Jacques Audubon, plus connu en Amérique sous le nom de John James Audubon !


Pour celles et ceux qui aiment les oiseaux et les épouvantails.
Philippe Picquier édite ces 441 pages qui datent de 2000 en VO et qui sont traduites du japonais par Corinne Atlan.
D'autres en parlent ici ou .
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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 21:53

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Le pelleteux de nuages dans le bocage normand.

Cet été, il fallait vraiment passer ses vacances sans lunettes au fin fond de la Creuse pour manquer le dernier Fred Vargas, promis au statut de polar de l'été, objet d'un battage médiatique soutenu.

Mais le succès étant ce qu'il est, cette Armée furieuse allait-elle tenir ses promesses ?

Reconnaissons que l'amie Vargas démarre très fort.

Grâce à Tavernier, James Lee Burke et Dave Robicheaux, on avait découvert il y a peu les brumes électriques des marais de Louisiane, propres à faire surgir du néant toute une armée de confédérés.

Avec Fred Vargas, ce sont maintenant les sous-bois du bocage normand qui laissent entrevoir, à la nuit tombée, la Mesnie Hellequin, l'Armée Furieuse.

[...] - Comment ça se présente ? De  quoi s'agit-il ?

- Il y a eu un meurtre - un homme - et une tentative de meurtre sur une vieille femme. On ne pense pas qu'elle survivra. Trois autres morts sont encore annoncées.

- Annoncées ?

- Oui. Parce que les crimes sont directement liés à une sorte de cohorte puante, une très vieille histoire.

- Une cohorte de quoi ?

- De morts en armes. Elle traîne dans le coin depuis les siècles des siècles, et elle emporte avec elle les vivants coupables.

- Parfait, dit Noël, elle fait notre boulot en quelque sorte.

- Un peu plus car elle les tue. Danglard, expliquez leur rapidement ce qu'est l'Armée Furieuse.

Une ‘vraie’ légende qui veut que depuis l'an mille, de Suède en Touraine, en passant par l'Allemagne et la Lorraine, et jusqu'en Normandie donc, les nuits de pleine lune voient défiler l'Armée furieuse du sieur Hellequin, une chevauchée d'esprits guerriers dont les âmes ne trouvent jamais le repos. Ces fantômes bruyants et caracolants viennent “se saisir” ici-bas de nouveaux compagnons malfaisants qui ne méritent pas, eux non plus, le repos éternel.

Malheur à vous, si l'on vous voit chevaucher et hurler en compagnie de la meute du sieur Hellequin : vous voici, à votre tour, condamné pour d'inavouables fautes commises ici-bas. Et condamné à très court terme : tout au plus vous reste-t-il quelques jours pour plier vos bagages avant le grand voyage. 

Alors bien sûr quand Lina, une jeune fille du village normand, affirme avoir vu trois ou quatre de ses concitoyens chevaucher à bride abattue un soir de pleine lune ... c'est la panique. D'autant qu'un premier cadavre est vite découvert.

[...] - Le Seigneur Hellequin a désigné des victimes, et un homme se croit légitimé pour les tuer. C'est ce que vous pensez ? Que la vision de Lina a fait surgir un assassin ?

[...] - Tout est venu de la Mesnie Hellequin. Elle est passée et je l'ai vue. Il y avait quatre saisis, il y aura quatre morts.

Est-ce l'Armée furieuse qui les emporte ? Est-ce un voisin “bien intentionné” qui a jugé bon de répondre à l'invitation de la Mesnie Hellequin et a voulu rendre lui-même “vraye justice” ?

De toute évidence ce mystère est de ceux auxquels Jean-Baptiste Adamsberg ne peut résister bien longtemps ! Et nous non plus !

Allez, vous prendrez bien un sucre dans votre café ou votre calva en regardant fixement ces vaches paisibles qui ne semblent pas bouger de la journée, un mystère encore plus impénétrable pour Adamsberg que celui de l'Armée du Sieur Hellequin.

Alors au final, le succès annoncé ?Fred Vargas

Et bien c'est sans doute l'un des Vargas les plus solides, les mieux construits. L'intrigue policière (ou plutôt les intrigues car il y en a deux, presque trois, qui s'entrecroisent) est bien maîtrisée. On sent que Vargas a choisit de plaire à un plus large public.

Les dialogues savoureux, délicieux, onctueux, dont elle est coutumière, sont au rendez-vous. Les petites histoires débarquent sans prévenir, on n'y comprend goutte, et puis voilà, cinquante pages plus loin, ça resurgit et ça fait plop.

Mais on est devenu exigeant (trop ?) et tout cela semble trop raisonnable, trop sage. De belles explosions de ci, de là, mais le feu d'artifice n'est pas aussi délirant que, par exemple, dans un récent Lieu incertain.


Pour celles et ceux qui aiment les fantômes, datent-ils du Moyen Âge.
Viviane Hamy édite ces 427 pages qui datent de 2011
.

On peut lire aussi cette intéressante interview de Fred Vargas herself.

D'autres avis sur Critiques Libres et Babelio.

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 19:30

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  La solitude des chambres d'hôtel.

À l'heure où l'arrogance des puissants vaut tous les passe-droits, ce blog entend réhabiliter une profession promise à tous les abus : femme de chambre, femme de ménage,...

Après la lettre À l'attention de la femme de ménage, voici donc la Femme de chambre de Markus Orths.

Comme pour faire écho à la pitoyable actualité du FMI(1), l'héroïne de ce roman, Lynn ou plus exactement Linda Maria Zapatek, est femme de chambre dans un grand hôtel allemand (Bonn ?).

Lynn est une femme de chambre hors pair, légèrement franchement accro au ménage, tendance maniaco-obsessionnelle.

[...] Personne ne lui ordonne de s'arrêter. On la laisse faire. Et bientôt Lynn disparaît dans le décor de l'hôtel, on ne la remarque plus, c'est comme si elle en faisait invisiblement partie, une pièce de mobilier qui se meut de temps en temps de façon à peine perceptible, un esprit qui va et vient comme il veut, un lutin qui fait tout le travail en passant.

Un objet tombe par terre : Lynn est là pour le ramasser. Une revue oubliée dans le bar : elle n'y reste pas longtemps. Les traces de pas boueuses d'un client qui a marché sous la pluie : avant que le chef de la réception ait pu s'en soucier, c'est déjà effacé.

Mais Lynn passe la plupart du temps dans les chambres. Et là, c'est l'existence des choses, l'importunité des choses, l'omniprésence des choses qui enveloppe Lynn tout entière comme un drap.

Parce qu'en plus de son obsession de la propreté, Lynn a aussi un autre petit travers.

Une toute petite déviance. Un très très léger défaut. Une gentille petite manie.

En fait, elle aime beaucoup se glisser sous les lits des clients. Et se faire oublier. 

Comme pour s'accaparer une part de leur vie, elle qui n'en a pas beaucoup.

Elle préfère même ne pas prendre de congés(2) (ah, le vide insondable de la solitude des 'vacances') pour mieux profiter des dessous de lit de ses clients.

Jusqu'à ce que l'on comprenne, en même temps que Lynn elle-même, quel était le lit qui lui manquait.

Sans même évoquer la triste actualité, il est un peu étrange d'avoir lu ces deux livres coup sur coup, puisque pas mal d'échos résonnent de l'un à l'autre. Bien sûr on y retrouve ces fameuses ‘femmes de chambre’ qui se fondent dans le décor jusqu'à faire corps avec lui (et dans le bouquin de Markus Orths, c'est le cas de le dire), mais on y entend tout également des roucoulements saphiques : est-ce là un simple hasard littéraire ou est-ce que tout cela relève de notre imaginaire collectif lié à ce ‘personnel de maison’ ?

Dans les lettres écrites À l'attention de la femme de ménage, cette dernière était absente et servait en contre-point de miroir à l'héroïne. Mais ici c'est bien la femme de chambre qui tient le premier rôle.

Les deux bouquins, tous deux gentiment givrés, tous deux plus proches de la nouvelle que du roman, se lisent rapidement, avec peut-être un peu plus de facilité pour l'allemand.

________________________________________

(1) : pour dire vrai, le hasard fait bien les choses (si on peut dire) puisque les deux bouquins furent acquis bien avant les dskonneries de dski vous savez

(2) : ce pourrait être le livre de chevet des patrons du Medef, à défaut d'être celui des patrons du FMI


Pour celles et ceux qui aiment les chambres d'hôtel.
Liana Levi édite ces 132 pages qui datent de 2008 en VO et qui sont traduites de l'allemand par Nicole Casanova.

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 21:47

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  Le chant glacé des sirènes.

Drôle de bouquin (enfin non, pas drôle du tout) que cet ouvrage d'Emilie Desvaux, à mi-chemin entre une longue nouvelle et un court roman.

L'histoire d'une folie ordinaire. Une folie glacée.

Une jeune et riche veuve, oisive et neurasthénique, raconte ...

Elle écrit À l'attention de la femme de ménage. La femme de ménage qui fait partie des meubles, de la maison : qui voit tout, entend tout, comprend tout mais ne dit rien.

Et qui surtout, passe derrière vous pour faire ... le ménage.

La riche veuve vient de perdre son mari. Une histoire un peu trouble d'accident d'auto.

La jeune et fraîche cousine du mari était venue loger chez eux.

Le mari décédé ne pouvait plus approcher son épouse, glacée. S'est-il montré un peu trop proche de la jeune cousine ?

La riche veuve, elle, s'est franchement éprise de la fraîche cousine, qui est restée.

La jeune cousine s'incruste et s'enferme des heures dans la salle de bain.

[...] Je la trouvais partout, Marie-Jeanne, la cousine de mon mari, ma nouvelle colocataire. Elle était ma première vision, ma paralysie pour un minuscule instant,  une seconde sans fin ni frémissement - elle était dans le salon, dans la cuisine, dans la véranda inachevée, sur la terrasse. Elle était vautrée sur le canapé ou à même la moquette, un genou replié, occupée à se vernir avec application les ongles de pieds.

Deux femmes goûtant les plaisirs de Sapho. Un absent.

Et un quatrième personnage : la maison qui semble peser de tous ses murs, de toutes ses pièces sur cette étrange histoire.

D'autres absents aussi, encore trop présents eux aussi : la mère qui fut beaucoup trop lointaine et le père qui aura été un peu trop proche et qui lui racontait des histoires à l'oreille le soir en lui caressant les cheveux ...

[...] J'ai eu des grands-parents, je crois, lorsque j'étais bébé, ils sont morts très vite. Tout le monde est mort si vite. Ce serait une maison idéale pour les fantômes mais en fait de fantôme, il n'y a que moi.

Il faut un peu de temps pour entrer dans cette histoire glaçante, un peu de temps pour se laisser prendre par ces personnages ces fantômes de famille qui hantent la maison. Et puis on se laisse glisser dans l'eau froide ...

Et puis la femme de ménage découvrira la lettre.

Brrr.... idéal pour se rafraîchir un soir d'orage.

On reparle très bientôt des femmes de ménage ... n'en déplaise à dski vous savez.


Pour celles et ceux qui aiment les douches froides.
Stock édite ces 183 pages qui datent de 2011.

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 16:14
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Parfum de rose islandaise. 

À ne pas confondre avec Vera Candida. Rien à voir.

Rosa candida raconte une histoire islandaise ... qui se passe en Europe sur le continent, on ne sait pas trop où(1).

http://carnot69.free.fr/images/best-of-livres.pngArnljotur est un jeune homme d'Islande presque ordinaire(2) amoureux des roses comme l'était sa maman, un peu trop tôt disparue. Il se décide à quitter son caillou pour aller repiquer des Rosa Candida, variété rarissime, dans le jardin réputé d'un lointain monastère.

En fait, ce résumé est idiot et cette trame ne sert que de prétexte à quelques rencontres de savoureux personnages.

Le père du jeune homme, une amoureuse un peu vite embrassée dans une serre (of course) juste le temps de faire un bébé, un moine cinéphile, et plusieurs autres croisés en chemin.

C'est une espèce de voyage initiatique, un peu road-movie, une rêverie sans queue ni tête mais un bouquin très maîtrisé.

Quelques péripéties comme une opération de l'appendicite :

[...] Depuis que j'ai été opéré, je pense nettement plus qu'avant à mon corps, tant au mien qu'à celui des autres. Par celui des autres, j'entends principalement le corps des femmes, mais je remarque aussi celui des hommes. Je me demande si l'anesthésie d'il y a quatre jours peut avoir pour effet secondaire d'accroître la conscience corporelle.

Car le jeune homme est effectivement très attiré par les personnages féminins croisés au cours de son périple :

[...] Les femmes ont une très longue mémoire et sont sensibles à l'effet des choses singulières qui se sont produites dans leur famille au cours des deux cents dernières années ; après quoi elles vont essayer de me relier à leurs racines historiques.

http://carnot69.free.fr/images/audur.jpgPas vraiment facile à raconter. Un roman en forme de berceuse, très "zen", où il faut accepter de se laisser porter, tout comme le héros, sans jamais trop savoir où cela va nous/le mener. Ici et maintenant : carpe diem, telle pourrait être la devise de (accrochez-vous) : Audur Ava Olafsdottir.

Un certain regard sur les femmes (Audur machin-dottir est une dame, on a vérifié sur le ouèbe, d'ailleurs elle s'appelle -dottir, donc).

Bien sûr l'allusion au Candide de Voltaire avec son "il faut cultiver son jardin" ne vous aura pas échappé (sinon, vous êtes bon pour repasser votre bac de philo).

Après l'Odeur du gingembre, voici un deuxième excellent roman pour l'été : MAM a beaucoup aimé cette odeur de roses islandaises, BMR a préféré le parfum exotique des racines asiatiques.

__________________

(1) : quelques indices épars, laissés ici ou là, qu'on n'a pas pris le temps de déchiffrer, pourraient bien donner lieu à toute une glose sur le sujet !

(2) : si tant est qu'un islandais puisse être ordinaire


Pour celles et ceux qui aiment les fleurs.
C'est Zulma qui édite ces 333 pages qui ont fleuri en 2007 en VO et qui sont traduites de l'islandais par Catherine Eyjolfsson.
Ce bouquin a fait le tour de la blogosphère et donc y'a plein d'autres avis chez Babelio ou Critiques Libres.
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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 19:24
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Parfum de voyage surrané. 

Remercions Martine de nous avoir conseillé ce petit bouquin merveilleux : Une odeur de gingembre, écrit par l'anglais Oswald Wynd qu'on pourrait croire du début du siècle alors que le bouquin date de 1977.

Un parfum délicieusement vieillot, un brin rétro, une odeur de bonbon anglais, un peu dans la même veine que les Prodigieuses créatures de l'américaine Tracy Chevalier.

Avec la même sensibilité, la même finesse d'esprit.http://carnot69.free.fr/images/bestof.png

Et aussi des propos très voisins sur la libération féminine, ce doit être l'époque(1).

À tout juste vingt ans, Mary MacKenzie quitte son Ecosse natale pour aller rejoindre le mari qui lui a été promis, attaché militaire au consulat de Pékin.

Après avoir découvert la Chine et Pékin, la jeune femme découvrira le Japon et Tokyo (l'auteur est né au Japon). Il s'agit donc bien entendu d'un récit de voyage (sous forme de 'journal' et de lettres).

Mais c'est aussi le récit d'une émancipation.

Dès le deuxième jour de bateau sur le S.S. Mooldera, c'est à dire dès la deuxième page du bouquin, Mary commence par ne plus mettre son corset (il fait trop chaud en mer Rouge).

[...] Il parait que les gens changent à l'est de Suez et c'est peut-être ce qui est en train de m'arriver. [...] C'est presque effrayant d'être sur un bateau et de se sentir changer. Cela n'arrive pas à tout le monde. La plupart des passagers sont trop vieux.

Il s'ensuivra la lente mais inéluctable libération d'une jeune femme qui découvre et le monde, et la vie, et qui ne peut rester confinée dans l'étouffante oppression anglicane. Et donc quelques deux cent pages plus loin :

[...] Cela fait presque exactement deux ans que j'ai emprunté la passerelle du S.S. Mooldera à Tilbury. Cette jeune fille que j'étais aurait été horrifiée à l'idée de partager une cabine avec la femme que je suis devenue.

Alors bien sûr quand, après déjà quelques aventures, Mary rencontre une sorte de suffragette tokyoïte emprisonnée pour avoir oser lever les yeux sur l'Empereur Meiji, c'est un vrai régal :

[...] « Deux femmes de mauvaise réputation comme nous devraient être amies, qu'en pensez-vous ? »

Je pense que oui. Nous allons ensemble au théâtre Kabuki la semaine prochaine.

On manque de place ici pour citer ne serait-ce que quelques unes des multiples perles que recèle ce bouquin.

L'écriture d'Oswald Wynd est un pur régal : on apprécie son sens de la formule, de l'ellipse explicative (oui c'est paradoxal mais c'est ainsi), son humour et son art d'enfiler les perles fines.

Passant habilement d'un savoureux exotisme :

[...] J'ai comme l'impression que les Japonais sont assez désinvoltes pour ce qui touche à la religion, et ne croient pas à grand-chose à part aux fantômes.

C'est un grand pays pour les fantômes, tout y est hanté, y compris les arbres !

à des vérités assénées avec une rare férocité :

[...] Je n'ai rien reçu quant à un éventuel divorce, mais je suppose qu'avec la loi anglaise, il pourrait être prononcé sans que cela me soit notifié.

Curieusement, cette Odeur de gingembre est le seul 'vrai' roman d'Oswald Wynd qui a écrit également des polars.

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(1) : soyons honnêtes : il y a quand même cent ans d'écart entre les deux bouquins, les Créatures prenent vie vers 1810 du temps des guerres napoléoniennes alors que Mary MacKenzie voyage en orient vers 1910 durant la guerre russo-japonaise.


Pour celles et ceux qui aiment les Femmes et l'Orient.
C'est Folio qui édite ces 474 pages parues en 1977 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Sylvie Servan-Schreiber.
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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 06:45

D'autres avis sur Critiques Libres


  Rattrapé par le passé.

Les derniers polars d'Henning Mankell nous avait laissé un petit goût de déception lorsque l'auteur se perdait dans des méandres politico-policiers.

Alors nous voici ravis avec cet Homme inquiet, ravis de renouer avec la meilleure veine du suédois, même s'il s'agit de la dernière enquête du commissaire Wallander.

Et oui Kurt rend les armes.

Mankell nous avait habitués à porter un regard incisif sur la Suède.

Déjà avec Le retour du professeur de danse, on avait vu la supposée ‘neutralité’ suédoise se montrer beaucoup trop bienveillante à l'égard du nazisme. Mankell poursuit sa leçon d'histoire et met en scène les années 80 où, après la guerre froide, la ‘neutralité’ suédoise incline cette fois du côté de l'Otan.

C'était l'époque du Premier ministre Olof Palme (assassiné en 1986), du groupe suédois d'armement Bofors et bien sûr des mystérieux sous-marins soviétiques venus rôder dans les eaux suédoises.

En réalité, il y a beaucoup d'hommes inquiets dans ce roman.

À commencer par Kurt Wallander lui-même. Le bonhomme a passé la soixantaine(1). Un cap difficile.

Le temps a gagné la partie : Wallander vieillit, le diabète gagne du terrain et le commissaire est victime d'absences répétées. L'homme est rattrapé par son passé : toutes ‘ses femmes’ se sont comme donné rendez-vous dans cet épisode. Son ex (Mona, devenue alcoolique), sa fille Linda et maintenant sa petite-fille et même son aventure lettone, Baïba, qui est de passage.  Tout cela a un petit parfum des Chaussures italiennes(2).

[...] Ce fut une période où il tourna dans sa maison comme un ours en cage, sans plus trouver la force de résister à l'évidence qu'il avait soixante ans et qu'il était en marche, qu'il le veuille ou non, vers sa vieillesse. Il pouvait vivre encore dix ans ou même vingt, mais tout ce que lui apporteraient ces années, ce serait de vieillir, précisément.

L'autre homme inquiet, celui du titre, celui de l'histoire, est un marin. Un officier qui était aux premières loges dans les années 80 lorsque les sous-marins soviétiques rôdaient près des bases navales suédoises. Lui aussi est rattrapé par son passé en même temps que la Suède est rattrapée par son histoire.

L'homme disparaît subitement sans explication. A-t-il été assassiné ? Était-il menacé ? Cherche-t-il à fuir ?

Qu'avait-il à cacher ? Des histoires d'espionnage ? Ou bien des secrets de famille ?

[...] - L'histoire des sous-marins remonte à vingt-cinq ans. Qu'est-ce qui pourrait être encore dangereux après tant d'années ? Bon sang, l'Union Soviétique n'existe même plus. Le mur de Berlin est tombé. La RDA c'est fini. Toute cette époque-là est révolue. Quelles seraient ces ombres qui resurgiraient à l'improviste ?

[...] - Palme était Premier ministre à l'époque où les sous-marins faisaient du cabotage dans nos eaux territoriales, dit-il.

[...] Tout cela remonte à plus de vingt ans de toute manière. Quoi qui ait pu être dit ou fait, c'est prescrit, et sans intérêt.

- Pas complètement. L'Histoire n'est pas figée. Elle nous suit.

Cet excellent roman est empreint d'une certaine tristesse désabusée qui mêle habilement le passé et le présent, l'histoire personnelle de Wallander et celle de l'officier de marine.
La dernière enquête Wallander s'avère être une réussite (sur le plan littéraire s'entend, pour le reste, on vous laisse dénouer les fils de l'intrigue politico-policière !).

Les amateurs de polars ne manqueront pas cet excellent épisode.

Les autres ne manqueront pas le détour par les Chaussures italiennes, excellent roman.

______________________

(1) : Henning Mankell est né en 1948

(2) : le meilleur roman de Mankell, même si ce n'est pas un polar


Pour celles et ceux qui aiment la saga Wallander.
Seuil édite ces 552 pages qui datent de 2010 en VO et qui sont traduites du suédois par Anna Gibson.

D'autres avis sur Babelio et Critiques Libres. Cathulu en parle.

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