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Jeudi 19 novembre 2009
Amazon 

Un homme à la mer.

Il y avait bien longtemps qu'on n'avait alimenté notre rayon des opuscules minuscules.Retrouvez tous nos opuscules minuscules
Le gênois Ernesto Franco nous permet de relancer la tradition avec son Histoire d'Usodimare qui tient en 76 petites pages découvertes chez L'arbre à lettres.
Un récit de marin : [...] je lui réponds, comme je le fais toujours, que ce métier n'est pas un métier moderne.
Un récit de voyage (Usodimare doit d'abord rejoindre son bateau depuis Cuba) : [...] De décollage en décollage, les avions que doit prendre Usodimare sont des appareils de plus en plus vieux. Des Antonov, de plus en plus souvent. Il écrit qu'il a l'impression de passer imperceptiblement des mains des pilotes à celles de Dieu.
Le récit d'une fin, celle d'un bateau déglingué qu'Usodimare doit accompagner jusqu'au Bangladesh pour la ferraille.
[...] À la fin, le bateau sera à eux, mais ce ne sera plus un bateau. Ils vont le dévorer comme des fourmis pleines de rouille, sous les pluies incessantes de leur pays, du plus profond de leur désespoir. Mais ils n'auront dans leurs mains blessées qu'une montagne de fer, une baleine mécanique, une onde magnétique.
Une histoire où s'entrecroisent différents récits : quelques traces laissées par Usodimare, quelques souvenirs, l'enquête minutieuse d'un officiel de la compagnie maritime, ... une belle écriture pour un récit insolite et étrange qui semble comme flotter à la dérive, entre deux eaux, entre ciel et mer, tant est proche la fin qui s'annonce.
Usodimare est une sorte de capitaine Achab sur sa baleine mécanique, obsédé par les souvenirs de ses femmes dont l'une lui aurait laissé quelque chose sur le bateau ? Quelque chose qu'il doit découvrir avant que les ferrailleurs de Chittagong ne s'empare de sa carcasse.
Comme tout bon capitaine, Usodimare sera le dernier à quitter son navire, ou du moins ce qu'il en restera une fois échoué sur les tristes plages du Bangladesh.Candidat au best-of 2009
Un trop minuscule opuscule que l'on a relu après quelques jours pour mieux se laisser bercer par la houle des mots d'Ernesto Franco.
Pour celles et ceux qui aiment les histoires de marins.
L'Arbre vengeur édite ces 76 pages qui datent de 2007 en VO et qui sont traduites de l'italien par Lise Chapuis.
Le breton Raphaël Gromy a réalisé quelques illustrations.
Télérama en parle.

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Mardi 17 novembre 2009
Le site du Théâtre 13

Les enfants du professeur Tournesol.

Le Théâtre 13, notre salle de quartier avec son aimable petit amphithéâtre, nous emmène en Russie au début du siècle lorsque Maxime Gorki emprisonné écrivait Les enfants du soleil.
Dans cette pièce écrite après la première révolution avortée de 1905, Gorki critique l'intelligentsia russe qui reste confinée dans la théorie au lieu de s'engager aux côtés du peuple.
Le progrès scientifique (le professeur chimiste) et l'art du beau (le peintre) suffiront-ils à éclairer l'humanité pour la sortir des ténèbres ? Alors qu'aux portes grondent la révolte, la famine et le choléra (1).
Depuis 1905, l'Histoire a apporté quelques réponses, malheureusement pas celles espérées, mais dans la Russie de l'époque, ça bouillonnait et ça cafouillait comme dans le tube à essai du Professeur.
Un Professeur qui reste sourd et aveugle à ses proches (l'amour vient le déranger dans ses travaux et ses expériences : il a autre chose à faire, rien de moins que le mystère de la vie à comprendre) tout autant qu'à ses concitoyens (il ne peut s'abaisser à fabriquer des médecines contre l'épidémie de choléra : il a autre chose à faire, rien de moins que le mystère de la vie à comprendre).
Ces propos philosophiques pourraient être rébarbatifs s'ils n'étaient portés par une troupe très homogène de comédiens vraiment excellents : le Théâtre du Fracas.
Le texte a été actualisé et modernisé (le traducteur André Markowicz accompagnait les premières répétitions), les acteurs s'en sont emparés et on se laisse porter agréablement par la vivacité de la mise en scène (Côme de Bellescize) et l'humour et la tendresse des personnages.
Confortablement installés dans l'amphi, au coeur de la maisonnée agitée du Professeur, il ne nous reste plus qu'à apprécier à sa juste mesure le texte de Gorki.
On n'en demande pas plus.
___
(1) amusant écho de cette pièce d'il y a cent ans, à nos phobies grippales contemporaines !

Pour celles et ceux qui aiment la révolution russe.
Marie Ordinis en parle, Delphine également.
C'est jusqu'au 13 décembre 2009 au Théâtre 13.
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Lundi 16 novembre 2009
Allociné
Parfum de femme. 

Le producteur Alain Monne passe derrière la caméra et adapte au cinoche un bouquin d'Éric Holder  : L'homme de chevet.
L'histoire d'une paraplégique qui embauche à son service un ancien boxeur déchu devenu alcoolique.
Un scénario qui risque de faire fuir bon nombre de spectateurs comme il a fait fuir bon nombre de producteurs (Alain Monne aura eu 13 ans pour "mûrir" son projet !).
Pourtant ce serait dommage de passer à côté de cette belle histoire pleine de tendresse.
D'abord, parce que Sophie Marceau et Christophe Lambert sont impeccables.
Ensuite, parce que le film, tout en pudeur, évite rigoureusement mélo et pathos.
Enfin, parce que c'est une très belle histoire des corps vivants : celui, brisé et inerte, de Sophie Marceau, clouée dans son lit mais qui ne demande qu'à profiter d'un rayon de soleil, d'une brise de vent ou d'un parfum. Celui, brisé et imbibé, de Christophe Lambert meurtri par la vie lui-aussi et qui ne demande qu'à redonner un sens à la sienne.
Tous deux avaient jadis un corps plein et vivant qui n'est plus.
Pour faire bonne mesure, un troisième personnage (1) donne tout son sens à ce poème : Carthagène, puisque c'est en Colombie qu'Alain Monne a choisi de planter sa caméra.
La chaleur et la moiteur tropicales, les parfums et les senteurs, la mer et le vent, la vie bouillonnante (drogue, prostitution, boxe, ...) des colombiens et la sensualité des colombiennes, ... tout cela fait écho à ce qui se passe (à ce qui passe) entre Mr. et Mme.
Une histoire d'amour sans sexe mais pleine de sensualité.
Il est également question de littérature dans ce film (forcément Madame passe son temps dans les livres) puisqu'on commence avec Bukowski et qu'on termine sur cet extrait d'un poème de Francis Ponge sur l'eau :

C’est toujours les yeux baissés que je la regarde. Comme le sol, comme une partie du sol, comme une modification du sol.

Elle est blanche et brillante, informe et fraîche, passive et obstinée dans son seul vice : la pesanteur ; disposant de moyens exceptionnels pour satisfaire ce vice : contournant, transperçant, érodant, filtrant.

A l’intérieur d’elle-même ce vice aussi joue : elle s’effondre sans cesse, renonce à chaque instant à toute forme, ne tend qu’à s’humilier, se couche à plat ventre sur le sol, quasi cadavre, comme les moines de certains ordres. Toujours plus bas, telle semble être sa devise : le contraire d’excelsior.

Étrange de constater que l'on ne retrace du film, ici, que cette puissance poétique des corps et de la vie. Alors qu'une bonne partie de l'histoire est en réalité consacrée à leurs déchéances : celle d'une belle femme riche, libre et intelligente devenue infirme et haineuse, celle d'un champion du ring déchu devenu un ivrogne des bas quartiers, sans compter le refus de Mme de se livrer en confiance à Mr.
C'est sans doute que le message du film d'Alain Monne est bien celui de la vie : sachons profiter de cet héritage et le partager.
 ____
(1) un personnage introduit par Alain Monne : l'histoire du livre se situait en France.

Pour celles et ceux qui aiment la tendresse des belles histoires.
Un film accompagné par la Fondation Groupama-Gan pour le cinéma.
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Lundi 16 novembre 2009
Pascale en parle
  Après eux le déluge.

Depuis une certaine Tour Infernale, BMR est plutôt bon public pour ce qui est des films catastrophes.
Alors bien sûr 2012, la cata des catas, je pouvais pas le louper ! Et je m'y suis bien amusé ! (1)
Attention : je dis presque tout ...
L'histoire d'abord (c'est tellement compliqué, faut que j'explique, c'est quand même la fin du monde) : les mayas l'avaient prévu puisque leur calendrier s'arrête en décembre 2012, alors bien sûr les frustrés de 12.1999 ou même de 09.2001 escomptent bien entendre les trompettes du jugement dernier en 12.2012.
Dans le film, les cassandres sont des scientifiques qui, dès 2010, observent une activité solaire anormale et un bombardement de neutrinos (habituellement inodores et indolores) qui réchauffent le coeur de notre planète, façon micro-ondes, ... et comme il n'y a pas de soupape ...
Alors ça pète de tout côté : tremblements de terre, éruptions volcaniques, tsunamis et raz-de-marée, dérive accélérée des continents, tout y passe !
Disons le tout de suite, c'est plutôt bien amené, bien vu et bien fait : superbes images, poursuites infernales, pièges géodiaboliques, rythme d'enfer, etc...
Sauf que c'est pas tout : puisque les scientifiques ont annoncé tout ça en 2010 (voilà ! y'en a qu'ont pas suivi, pfff) certains ont eu le temps de se préparer à sauver le monde (à commencer par eux-mêmes).
Et c'est là que passe la subliminale leçon de géopolitique de Roland Emmerich : les gouvernements du G8 (les autres peuvent crever, ils ont l'habitude) se réunissent en 2010 (sous les huées des altermondialistes) et préparent en catimini un plan secret que l'on découvre peu à peu tout au long du film. Il s'agit tout simplement de construire des arches de Noé (façon Enterprise Star Trek) dans une haute vallée du Tibet (qui sera inondée en dernier).
D'ailleurs qui d'autre que l'efficacité chinoise (je cite) pouvait venir à bout de ce projet dans des délais aussi serrés ?
Comme y'en n'aura pas pour tout le monde, on vend les places à 1 milliard d'euros (le dollar n'a plus la côte) aux milliardaires et autres mafieux russes.
Pour que le plan reste secret, il faut libérer les lieux et déplacer les indigènes et comment fait-on en Chine pour déplacer en masse les populations ? On leur annonce qu'on va construire un barrage !!! Le film est bourré d'allusions de ce genre, absolument iconoclastes, hilarantes et politiquement incorrectes !
Le président US est un vieux black qui pourrait être le père de Michelle Obama, les moines tibétains prennent le thé sur leurs montagnes en attendant zen la montée des eaux, le conservateur du Louvre (faut bien sauver La Joconde) s'explose en voiture dans le tunnel de Lady Di, ...
Quelques clins d'oeil à la clientèle européenne (rappelez-vous : le G8 ...) comme par exemple le décollage poussif des héros dans un gros Antonov qui décime un monument pyramidal et élancé tout en fer : merde, c'était pas la Tour Eiffel ? Si ! Ou presque, puisque c'était ... celle qui est en face du Caesars Palace à Las Vegas !!!
Moralité (ou plutôt amoralité) du film : à la cata, survivront les états-majors du G8, quelques milliardaires et bandits, 4 tibétains plus futés que les autres et une poignée de héros (7, si j'ai bien compté). Après eux le déluge !
Seul scène morale du film que j'ai pu relever : le Pape et ses cardinaux se réfugient bêtement dans la prière à Saint-Pierre de Rome et prennent le plafond de la Chapelle Sixtine sur la tête ...
Bref, c'est pour dans trois ans : dépêchez-vous de trouver 1 milliard d'euros ou bien à défaut, l'endroit secret où nos gouvernements avisés planquent leurs navettes ! Si ça se trouve, le global warming c'est juste pour nous endormir d'ici là (2).
Tout cela est bien sûr à prendre au second degré, si, si.
_______
(1)
d'abord parce que dans la salle (comble) il fallait au moins 2 ou 3 des (jeunes) spectateurs pour faire mon âge et je parle pas de l'âge mental : portables, blabla, sms, pop-corn, blabla, bruits divers, blabla, sms, ... ont-ils eu le temps de jeter un oeil sur l'écran pourtant géant ?
(2) ça c'est pas dans le film.

Pour celles et ceux qui aiment les catastrophes.
Cedric a compris mais on peut aussi trouver ça nullissime.
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Dimanche 15 novembre 2009
Le site officiel

Allez, on se bouge !  

Histoire de secouer la grisaille et la froidure, voici une pop enjouée et rythmée venue d'outre-manche avec Kid Harpoon (de son vrai nom Tom Hull).
Deux extraits de son album Once :
Flowers By The Shore 
et Burnt Down House 
C'est frais, ça balance et c'est ce genre de ritournelles qui, le matin, vous donnent l'air idiot sur le chemin du boulot, claquant des doigts et fredonnant ...
[...] I'm coming out to find you
I'm coming out to take you home
I'm packing shotguns and rifles
I left my flowers by the shore ...
Oh oh oh ...     'sais pas ce qu'elle lui a fait, mais ça va barder ...

Pour celles et ceux qui aiment les refrains qui swinguent.
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Vendredi 13 novembre 2009
Pascale en parle
  Sérieux s'abstenir.

Il semble de bon ton de critiquer ça ou le dernier film de Jeunet : Mic-macs à tire-larigot.
Les marchands d'armes dont il est question (les méchants du film) ne font-ils plus recette ? Il serait pourtant bon de se rappeler que Pasqua et ses complices ne sont toujours pas derrière les barreaux et que Handicap International mobilise toujours aussi régulièrement la planète pour ériger des montagnes de chaussures (et ce sont bien les mines antipersonnel qui sont visées par Jeunet).
Mais finalement, quoiqu'on pense de ce contexte politique, l'industrie de l'armement est surtout chez Jeunet un prétexte bien vu pour fournir des méchants au profil idéal (Dussollier, excellent !).
Face à ces affreux jojos, une bande de joyeux drilles, marginaux de la récup (façon Max et les ferrailleurs) qui prennent fait et cause pour Dany Boon victime des méchants (son papa a sauté sur une mine et lui-même a pris une balle une balle perdue).
Dans l'équipe des gentils, on trouve en vrac aux côtés du Ch'ti (qui heureusement n'en fait pas trop) :
- la Môme Caoutchouc qui se plie en quatre pour entrer dans une valise ou un frigo, au choix selon les besoins du moment,
- le black ethnologue qui collectionne sur sa machine à écrire Remington toutes les expressions imagées dont est le français est si friand (genre : si tu fais chou blanc alors les carottes sont cuites et le beurre va manquer dans les épinards)
- la petite Calculette qui calcule tout
- le géo-trouvetou qui concocte des machineries inutiles, superflues, voire même utiles parfois, (et à côté duquel McGyver fait figure d'enfant de choeur n'ayant jamais touché un Meccano)
- les impayables Marielle en chiffonnier-ferrailleur et Yolande Moreau en mama-gâteau.
Une fois les présentations faites, c'est parti pour un film hilarant, déjanté, sans queue ni tête, plein d'humour (finaud) et de poésie (drôle).
Jeunet ne sait peut-être pas dessiner ni faire de bonshommes en pâte à modeler, alors ne pouvant ainsi faire des dessins animés ... il fait des films !
Car on n'est pas loin de Tex Avery : dans un superbe Paris Art-Déco, l'équipe de joyeux lurons montent des combines abracadabrantes et des machineries alambiquées pour rouler les vilains méchants dans la farine. On rit beaucoup, genre fou rire inextinguible (n'est-ce pas MAM ?), tellement s'empilent et s'enchaînent les gags et les incongruités. Jeunet est tellement sûr de son coup qu'il se paye même le luxe de nous annoncer le gag quelques secondes avant et on rit d'avance, avant, pendant, après ...
Il faut avoir l'oeil dans tous les coins pour saisir toutes les farces (la photo de Sarko, les affiches du film dans le film, ...) et tous les hommages de Jeunet au cinéma de notre enfance (le générique, le vidéo-club, les sketches à la Tati ou à la DeFunès, ...).
Tout cela (sauf le rire) est dosé juste comme il faut : rien de trop lourd, rien de trop long, rien de trop appuyé (ou si peu).
L'utilisation de l'islam terroriste dans le dénouement est, à ce titre, une perle d'intelligence et de finesse, chapeau ! j'en connais qu'auraient des leçons à prendre !
Certes tout cela n'a guère de prétentions, certes Jeunet utilise toujours la même palette de décors et de personnages (comme Walt Disney), certes ..., mais en cette journée de la gentillesse, il serait bien dommage de manquer ce sympathique dessin animé (pardon : film), marrant, malin et malicieux.

Pour celles et ceux qui aiment les joyeux-doux-dingues-dong.
Pascale a honte d'avoir aimé, Agnès a bien apprécié. Rob est sévère.
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Vendredi 13 novembre 2009
Le site de la Géode
  Le samedi, c'est opéra.  

Samedi à La Géode (à La Villette), c'était opéra lyrique.
Pas trop dans nos habitudes, pourtant on a été enchantés par cette retransmission en direct-live (et en haute-définition) du spectacle du Metropolitan Opera de New-York (le MET Opera).
Ce samedi-là à 19h (pour cause de décalage horaire) nous avions droit à Turandot de Puccini.
Une chinoiserie baroque avec pléthore de costumes et de décors (photo ici) : juste ce qu'il nous faut pour apprécier l'opéra.marina poplavskaya
Avec une distribution très "world music" : un jeune chef d'orchestre letton (Andris Nelsons), un ténor sicilien (Marcello Giordani), une soprano ukrainienne (Maria Guleghina) et une autre russe (Marina Poplavskaya) ...
Marina Poplavskaya tenait le rôle de Liù, la jeune esclave qui se sacrifie pour le beau Calàf, et ce fut notre coup de coeur ce soir-là (comme pour beaucoup de spectateurs, à Paris ou à New-York si l'on en juge à l'applaudimètre).
Les puristes de l'art lyrique vivant grogneront sûrement, mais on apprécie ce média "à la page" capable de faire connaître et aimer l'opéra à un plus grand nombre (idéal pour les ados).
Ajoutons, histoire de se fâcher définitivement avec les ultras, que les sous-titres n'enlèvent rien à la compréhension de l'histoire et permettent à tous d'apprécier tous les aspects du spectacle ... !
Heureuse initiative que ce MET live in HD : au même moment, plusieurs centaines de salles à travers le monde retransmettent sur écran géant et en son haute-définition ces spectacles. Cette petite prouesse technique ajoute un peu d'émotion et un peu de "vie" à cette diffusion.
La liste des salles en France qui sont affiliées à ce programme est disponible sur CielÉcran (1).
Alors rendez-vous un samedi prochain pour Les contes d'Hoffmann, Carmen ou Hamlet ...
____
(1) : après quelques vérifs sur le oueb, cette liste parait exacte : il y aurait donc une vie kulturelle au-delà du périph ?!    ;-)

Pour celles et ceux qui aiment les belles voix.
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Jeudi 12 novembre 2009
Amazon
  Sexe, mensonges et vidéo.  

C'est grâce à la BoB team de BlogOBoook (et au Livre de Poche) que Les conspirateurs de Shan Sa sont tombés dans notre PAL.La bOb Team
Rappelez-vous il y a vingt ans : quelques mois avant la chute du Mur dont nous venons de parler, en juin 89, la Chine sortait de plus de vingt ans de RévoCul et l'Empire tremblait sur ses bases ...
Shan Sa, une chinoise qui vit en France (et écrit en français) a été naturellement profondément troublée par ces événements et tente d'en retrouver le sens dans plusieurs de ses bouquins, au travers d'Ayamei, une jeune chinoise supposée avoir été au coeur de ces troubles.
Déjà croisée dans la Porte de la paix céleste, revoici Ayamei espionne à Paris.

Ils sont beaux, ils sont encore jeunes, ils ont de l'argent, ils voyagent, ils fréquentent les beaux hôtels et les grands restaurants, ils sont amoureux, ils habitent de grands et beaux appartements du V° avec vue imprenable sur le jardin du Luxembourg (1) ...

Elle est chinoise, c'est une espionne et doit le séduire. Il est américain, c'est un espion et doit la séduire.

Ces deux conspirateurs sont plus ou moins agents doubles ou triples (plutôt plus que moins : à eux deux, ça doit faire au moins quatre ou cinq espions !) et les chapitres successifs du roman retourne le lecteur comme on retourne un espion.

Raconté ainsi, on dirait un roman de série B, ce que laisse d'ailleurs croire la quatrième de couverture (2).

Mais on connaît Shan Sa depuis longtemps maintenant  (c'était avec La joueuse de go, déjà un duel) et il faut donc se garder de cette première lecture trop rapide, même si on est quand même loin de l'inspiration de la très belle joueuse de go.

Ce qui intéresse Shan Sa ce sont ces deux personnages désincarnés, sans vie et sans âme, qui ont abandonné leur destin depuis belle lurette en des mains supérieures qui tirent leurs ficelles.

Ils sont sans passé (ou avec des passés multiples et mensongers ce qui revient au même), sans personnalité (ou avec des personnalités multiples et mensongères, ce qui revient au même). Ils ne sont plus eux-mêmes, se trompant même parfois de "personnage" en jouant leur rôle avec une épouse ou un amant.

Un peu de sexe, beaucoup de mensonges et même un tout petit peu de vidéo.

Le bouquin se lit facilement et rapidement : on ne fait qu'effleurer la surface de ces deux fantômes, de ces deux marionnettes.

C'est glaçant, sinistre, cynique et désabusé, triste à mourir (oui, justement).

Deux êtres broyés depuis longtemps sur l'autel de la raison d'état et dont il ne reste pas grand chose, que cette enveloppe charnelle qui continue à jouer, manipuler, mentir, ...

Entre l'américain et la chinoise : un français, Philippe, ministrable ambitieux, affairiste et roulé dans la farine (et les bras de la chinoise), comme notre République sait si bien en produire.

[...] - Dans ce monde, les forts se maintiennent et les faibles sont éliminés. Ton Américain fait semblant et tu le crois ! Entre vous, il n'y aura jamais de sentiment. Ce sera toujours de la compétition.

Elle secoue la tête.

- Philippe, toi et moi sommes de la même espèce : nous mangeons pour nous emparer de la saveur, nous baisons pour voler un plaisir ou un renseignement, nous courons en avant pour fuir le passé, le présent, l'éternité. Afin de ne jamais faillir dans la manipulation, nous devons d'abord castrer nos émotions, verrouiller nos sentiments. L'amour existe ... mais c'est un sommet qui nous est inaccessible.Une image du film de Lou Ye

On retrouve ici exactement le cynisme de films récents qui évoquaient également ces hommes et femmes vidés de leur substance et transformés en machines à renseignements : Secret défense, Espions, ...

Comme si désormais en ce XXI° siècle l'espion n'était plus ce qu'il était ...

L'autre intérêt (et non des moindres) du roman de Shan Sa, c'est le personnage de l'espionne chinoise rescapée de la place Tianan Men.

[...] Je fréquentais les étudiants des différentes facultés. Les idées nouvelles soufflaient sur Pékin. Les livres censurés, les revues politiques venues de Hong-Kong circulaient en secret. La police faisait irruption dans les concerts de rock clandestins, fermait les expositions de peintures jugées dégradantes, mais les interdits étaient devenus un formidable excitant pour la création. Après dix années de Révolution Culturelle, nous avions enfin l'impression d'entrer dans un cycle positif.

Les souvenirs d'Ayamei ravivent entre ces pages, ce vent de mai 68 qui soufflait alors en 89 sur la Chine. C'était il y a tout juste vingt ans, pendant que s'effritait chez nous, le Mur de Berlin.

On retrouve là toute l'ambiance du film de Lou Ye : Jeunesse chinoise, qui évoquait justement l'ébullition de la jeunesse chinoise en ce printemps 89.

Mais depuis la guerre froide s'est terminée, la planète s'est réchauffée et la Chine s'est réveillée : l'idéologie qui faisait d'Ayamei un agent double au service de la noble cause de son grand pays a fondu au soleil du capitalisme.

Le terrible ennemi occidental est devenu un simple concurrent commercial.

[...] Je me prostituais au nom du communisme alors que le pays ne fonctionnait plus qu'à l'économie de marché.

Cette ambiance de fin de règne ajoute au désespoir de la belle espionne : non seulement elle y a laissé son âme, mais ce fut en vain.

________
Qu'on nous permette de relever un signe des temps modernes : quelques bouquins déjà, quelques films également, se permettent d'insérer de courts passages en VO (ici en anglais basique) sans traduction. Peut-être est-ce encore un effet de mode, Blue Gray y voit là un artifice superflu, mais pour l'instant cela nous intrigue, voire nous amuse. À suivre !
 ________

(1) là j'avoue : mesquine jalousie, je le reconnais volontiers

(2) ce qui nous avait d'ailleurs tenus jusqu'ici à l'écart de ce bouquin


Pour celles et ceux qui aiment les mata-hari.
Le livre de poche édite ces 218 pages en poche parues en 2005.
Blue Gray, Lousia, n'ont pas aimé.
Ankya, Typhania, Pisi, sont plus positifs.
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Mercredi 11 novembre 2009
Amazon

Keep cool in Berlin ...  

Elle est ivoirienne, il est égyptien, ils viennent tous deux de Berlin, la cool-capitale, et tombent à pic pour fêter en musique l'anniversaire de la chute du Mur.
Voici Okou le duo de Tatiana Heintz et Gilbert Trefzger.
Deux extraits de leur album :
le morceau titre Serpentine 
et surtout le très swinguant To the Bone  .
Un air bluesy, un zeste de Sade, c'est cool (comme Berlin) et l'on aime le piquant du banjo de Gilbert et la suavité de la voix de la belle Tatiana.
Pour celles et ceux qui aiment les bons côtés de la mondialisation.
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Lundi 9 novembre 2009
La boutique du Monde
L'Empire n'a pas contre-attaqué.  

Il n'aura échappé à personne que nous célébrons (que dis-je : nous fêtons) cette année les vingt ans de  la chute du mur de Berlin.
Die mauer ist weg !
L'occasion pour Le Monde de sortir un numéro spécial fort bien fait qui met en perspective cet événement dans le contexte plus général de l'année 1989.
Cette année 1989 (annus miraculis, pour reprendre la formule d'un dirigeant de Solidarnosc) a sans doute marqué la fin de notre XX° siècle aux plans historique et politique, et peut-être social si l'on voit l'Europe actuelle comme la continuité de cette ouverture.
L'histoire au quotidien c'est un peu comme une visite mal organisée des Champs-Élysées : au JT de 20h, tous les soirs, le tour-operator vous amène par une rue transversale et à chaque coin de rue, vous découvrez une nouvelle vue des Champs. C'est pas mal.
Vingt ans plus tard, vous revenez en visite à Paris, le tourisme s'est organisé et Le Monde vous emmène au sommet de l'Arc de Triomphe : voici la perspective royale des Champs, depuis Le Louvre et sa Pyramide jusqu'à la Grande Arche de la Défense en passant par le Carrousel, la Concorde, etc ...
Ça a quand même une autre gueule et on a le sentiment de comprendre quelque chose.
Nos photos des vestiges du mur (en 2008)Ce numéro du Monde nous donne ce même sentiment d'être intelligent ... vingt ans après !
Une intelligence guère partagée à l'époque sans la perspective acquise depuis. Tonton Mitterrand et Papa Bush commençaient tout juste à envisager une Allemagne confédérée d'ici quelques années, Gorbatchev faisait des efforts pathétiques pour contenir les réformes mises en branle, perestroïka [restructuration] et glasnost [transparence] et multipliait depuis des mois les signes vers les pays frères : nous n'interviendrons plus militairement.
En RDA, seul Honecker vieillissant faisait preuve d'une rare clairvoyance : Dans cinquante ans ou cent ans, le Mur sera toujours là. C'était le 19 janvier.
Dix mois plus tard, le mur tombait.
On trouve dans ce numéro spécial plusieurs interviews de personnalités politiques de l'époque dont une de Gorbatchev qui analyse cette année 1989 en parfait marxiste : Nous étions conscients de ce que notre politique, la politique en général, était incapable d'accompagner le processus historique. [...] L'histoire a débordé. [...] L'histoire est sortie de ses gonds.
Pourtant, cette année-là il suffisait de regarder le JT tous les soirs à 20h ...
En janvier 1989, Vaclav Havel, co fondateur de la Charte 77, est emprisonné à Prague après la violente répression des manifestations. En Pologne, Jaruzelski autorise légalement Solidarnosc et entame des négociations avec le syndicat.
En mai, les autorités Hongroise et Autrichienne commencent à cisailler les barbelés le long de leur frontière. Première brèche dans le Rideau de fer, plus de quarante ans après que Churchill rendit cette expression célèbre en 1946 :
[...] De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu à travers le continent.
En juin, les élections "semi-libres" (le PC se "réservant" une bonne part des sièges) en Pologne se soldent par un raz-de-marée de Solidarnosc. En Hongrie, on commémore officiellement la révolution de 1956.
En juillet, le Soviet Suprême accorde une relative autonomie aux États Baltes.
Dès l'été, les allemands de l'est vont faire du "tourisme" en Hongrie et passent à l'ouest au travers de la frontière autrichienne désormais ouverte, sous l'oeil bienveillant des autorités, aussi bien d'est que d'ouest. Les stations-service s'approvisionnent même en mélange 2 temps nécessaire aux fameuses Trabants.
Certains de ces évadés se retrouvent à Berlin-Ouest chez famille et amis, à quelques centaines de mètres de leur point de départ.
En octobre, Gorbatchev est en RDA pour le 40° anniversaire et donne un célèbre baiser empoisonné à Honecker dont il critique ouvertement l'immobilisme : Celui qui vient trop tard sera puni par la vie.
Il y croise un dirigeant de Solidarnosc membre du gouvernement polonais qui lui demande :
[...] - Mikhaïl Sergueïevitch, vous comprenez l'allemand ?
- Suffisamment pour comprendre ce que scandent les manifestants.

- Vous comprenez que c'est la fin ?
- Oui.

Les manifestations se multiplient dans tous les pays, jusqu'en RDA et en Tchécoslovaquie, les pays mieux "tenus".
Le 18 octobre, Erich Honecker démissionne.
Le 9 novembre, lors d'une conférence de presse Günter Schabowski, porte-parole du Polit Buro de RDA, est interrogé par un journaliste italien sur la date d'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation assouplie sur les voyages. Question de routine.
Schabowski cafouille, bafouille, ... d'après ce que je sais ... : tout de suite. Immédiatement.
Ça y'est le mur est ouvert. C'était le 9 novembre, il y a vingt ans.
Pour finir cette toujours même année 1989, en décembre, Vaclav Havel sera élu président de la Tchécoslovaquie.
L'un de ces événements faillit quand même passer inaperçu dans l'actualité quotidienne : le matin du 5 juin après la victoire de Solidarnosc aux élections semi-libres, Sylvie Kauffmann l'envoyée du Monde en Pologne, téléphone au journal pour demander la Une.
Mais l'info polonaise sera reléguée en bas à droite après une énorme manchette sur ... l'intervention des chars chinois sur la place Tiananmen, le 4 juin 1989.
Au même moment, un autre Empire vacillait sur ses bases : vingt ans après, reconnaissons aux dirigeants chinois une clairvoyance politique et historique sans commune mesure avec celle de leurs homologues occidentaux.
Tout cela, et bien d'autres choses, est intelligemment mis en images et en perspective dans ce numéro du Monde.
Une belle leçon d'Histoire, pour nous qui avons attendu le mois de novembre pour enfin en ressentir le vent et pour nos ados qui n'étaient pas encore là.
Nous sommes allés à Berlin en 2000 alors que les différences entre les Berlins Est et Ouest étaient encore trLa boutique de Teleramaès marquées (urbanisme, habillement, ...) et nous y sommes retournés l'an passé pour ramener quelques photos d'une ville où les clivages est/ouest ont désormais disparu.
À compléter par le DVD de Good bye Lenin et surtout celui du très beau La vie des autres, ou plus récemment celui du film de Christian Carion sorti en septembre : L'affaire Farewell.

Telerama n'est pas en reste et sort également son numéro spécial avec en complément du Monde, la perspective murale d'autres dirigeants éclairés : Bush junior à la frontière Mexicaine (1.300 km de clôture aujourd'hui !) ou encore Ariel Sharon en Cisjordanie ...
De quoi alimenter d'autres rétrospectives dans quelques années ...

Pour celles et ceux qui aiment notre Histoire.
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Dimanche 8 novembre 2009
Le Lucernaire
  Ménage à trois ...   

Pas faciles, les textes de Harold Pinter, monstre sacré du théâtre.
Le metteur en scène Mitch Hopper s'en sort plutôt bien avec le texte de Trahisons.
L'histoire d'un ménage à trois : l'amant, la femme se retrouvent au café bien des années après la fin de l'histoire.
Peu à peu, les souvenirs et les mensonges remontent à la surface.
Au fil d'une dizaine de séquences qui les mettent en scène tous les trois (la femme, l'amant et le mari), on remonte le temps jusqu'à la rencontre.
Une dizaine de tableaux rapidement montés qui aident à assimiler le texte de Pinter où les mots cachent d'autres mots.
Dans ce trio issu de la compagnie Demain on déménage, on a remarqué Delphine Lalizout (la femme) et Sacha Petronijevic (le mari, sorte d'inquiétant et flegmatique Kevin Spacey (1)) qui sont arrivés à s'approprier leur texte et leur rôle. Alexis Victor, l'amant, semble moins à l'aise dans un texte plus difficile (il a pris le rôle en cours de route).
Les trois comédiens sont seuls sur la petite scène du Lucernaire, aux prises avec leur texte, leur histoire, leur silence, dénués face aux amours non vécus, aux passions non dites. Joli moment de théâtre, très épuré.
Le texte de Pinter, froid, lucide, dissèque au scalpel les âmes de ces trois-là, dévoilant mensonges, fuites et ... trahisons, au fil de cette histoire d'une femme qui aura échappé à ses deux hommes.
_____
(1) Le Kaiser Soze de Usual Uspects.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires triangulaires.
C'est jusque fin novembre au Lucernaire.

Froggy, Les 3 coups et La théatrothèque en parlent.
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Samedi 7 novembre 2009
D'autres avis sur Critiques Libres
Souvenir de Port-Nicolas.   

Suite de notre retour aux sources dans les premiers polars de Fred Vargas.

Avec Un peu plus loin sur la droite, quatrième opus de la dame et suite de Debout les morts puisqu'on y retrouve deux des apôtres : Saint-Mathieu et Saint-Marc.

Avec cette fois Louis Kehlweiler aux commandes de l'enquête. Après le Vandoosler des épisodes précédent, Kehlweiler se révèle un cousin très proche de la future star Adamsberg (apparu quelques mois plus tôt dans L'homme aux cercles bleus).

Kehlweiler erre sur les quais de Paris entre bancs et arbres numérotés par ces soins, archivant dans son appartement du V° toute sorte de coupures de journaux et de paperasses, de quoi faire trembler la République.

Il parle (simplement) à Bufo, son crapaud qu'il loge dans la poche de son manteau :

[...] - Je lui parle comme ça parce qu'il est un peu con, je vous l'ai déjà expliqué. Faut être simple avec Bufo, n'utiliser que les notions de base : les gentils, les méchants, la bouffe , la reproduction, le sommeil. Il ne sort pas de là. Parfois, je tente des discours un peu plus ardus, philosophiques même, pour lui éveiller l'esprit.

- L'espoir fait vire.

- Il était beaucoup plus con quand je l'ai eu. Plus jeune aussi.

Au cours d'une de ses promenades au fil des bancs de Paris, il découvre un reste d'os dans une crotte de chien. Un os humain, cela va sans dire.

De là, tout un long fil d'Ariane à dérouler, à démêler, de digression en fausse-piste, jusqu'au petit bourg breton de Port-Nicolas.

Une enquête prétexte à de savoureux dialogues entre Kehlweiler, ses deux apôtres et toute une galerie de personnages pittoresques et plus ou moins déjantés.

Comme lorsque notre héros arrive à Port-Nicolas et entame la conversation avec la femme d'un mari un peu inquiétant ...

[...] - Il n'est pas encore rentré ? demanda-t-il.

- Si, mais il est à la cave avec une nouvelle. Ça peut durer une demi-heure ou plus, on ne peut pas le déranger.

- Ah. [...] Mais pourquoi la cave ?

- C'est moi qui l'ait exigé. La cave ou rien. Je ne veux pas de pagaille dans la maison, il y a des limites. J'ai posé mes conditions, parce que si on l'écoutait, il les installerait n'importe où. Après tout, c'est ma maison aussi.

- Bien sûr. Ça arrive souvent ?

- Assez. Ça dépend des périodes.

- Où les prend-il ?

- [...] Où il les prend ? Ah ... ça vous intéresse bien sûr ... Il les prend là où il les trouve, il a ses circuits. Il cherche un Fred Vargaspeu partout, et quand il les embarque, croyez-moi elles n'ont pas fière allure. Personne n'en voudrait, mais lui, il a l'œil. C'est ça le truc, et je n'ai pas le droit de vous en dire plus. Et après la cave, de vraies princesses. moi, à côté on dirait que je n'existe pas.

- Ce n'est pas très marrant, dit Louis.

- Question d'habitude.

Ça paraissait en 1996 chez Viviane Hamy : Vargas avait trouvé le bon rythme, ample et poétique.
Récit, intrigue, digressions, tout est totalement maîtrisé. Le sens aigu de l'observation des "gens", le savoir-faire dans la description des personnages, denses, épais, tout est là.
Adamsberg et les épisodes suivant le confirmeront.


Pour celles et ceux qui aiment les chiens et la thalasso.
J'ai lu édite ces 254 pages qui datent de 1996.
D'autres avis sur Critiques Libres.

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Vendredi 6 novembre 2009
Le site officiel

La Schtroumpfette à New-York.

Émilie Simon nous avait été révélée par la BOF des manchots et l'une de ses chansons reprise par une pub, on en parlait l'an passé. On appréciait à petites doses cette voix éthérée et cette musique électronique.
Cette fois la belle Émilie a traversé, non pas l'arctique, mais l'atlantique et nous a concocté son nouvel album depuis New-York.
De la Big Apple est donc sortie The ballad of the big machine  .
C'est plus rock, plus swing avec des airs de Kate Bush.
Les fans de la première heure seront peut-être déçus mais nous on gagne au change.
Voici encore un extrait : The devil at my door    .

Pour celles et ceux qui aiment l'électronique.
Y'a même des fans comme Nothing Special ou Benjamin. Mais le billet de Culturopoing est plus amusant.
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Mercredi 4 novembre 2009
Amazon
Hêtre ou ne pas hêtre ...  

Suite de la soirée Fred Vargas de l'autre dimanche avec Debout les morts.
Adamsberg n'est toujours pas là et comme dans le précédent bouquin, Ceux qui vont mourir ..., , on retrouve un trio improbable : cette fois ce sont trois chercheurs surnommés Saint Luc (spécialiste de la guerre de 14, comme le frère de Fred Vargas), Saint Marc  (médiéviste comme Fred Vargas herself) et Saint Matthieu (préhistorien). À leurs côtés, l'oncle de Saint Marc, Armand Vandoosler, flic défroqué ou déchu, au passé un peu trouble. À droite, une voisine fort sympathique. Une autre à gauche, ancienne cantatrice, mais celle-là disparait après avoir découvert qu'un arbre avait mystérieusement été planté une nuit dans son jardin ...

Fred Vargas est visiblement plus à l'aise à Paris qu'à Rome (oui, ben nous on la comprend) et les personnages, tout aussi insolites mais plus travaillés que ceux de son précédent roman (on les retrouvera d'ailleurs dans certains des épisodes suivants), se mettent en place plus rapidement.
La machine Vargas à produire du polar surréaliste démarre dès quelques dizaines de pages.
Armand Vandoosler navigue dans cette intrigue comme à la pêche à la baleine (c'est lui qui le dit) : du haut de sa vigie (il reste perché à sa fenêtre du 4° étage !), il laisse filer la ligne pour voir où la baleine va sonder puis réapparaître ...
[...] - parce que je préférais laisser croire à l'assassin, quel qu'il fût, que ses plans fonctionnaient. Lui laisser la bride sur le cou, laisser filer la ligne, voir où l'animal, en liberté et sûr de lui, allait réapparaître.
[...] On ne peut pas tout saisir, tout geler, tout surveiller le premier jour d'une enquête.Fred Vargas
[...] Laisser l'action se dérouler, les événements se succéder, se précipiter. Et voir comment l'assassin allait en tirer parti. Il faut laisser les mains libres aux assassins pour qu'ils puissent commettre une erreur.
Vandoosler, c'est un peu le prototype du futur Adamsberg. De même que son ex-collègue le breton têtu et cartésien Leguennec préfigure un peu le Danglard des futurs épisodes.

Un bouquin de Vargas c'est un peu comme une tablette de chocolat. Avant de l'ouvrir on est sûr que ce sera bon. Ensuite on passe la soirée avec la main dans la tablette, découvrant au fil des carrés des saveurs surprenantes lorsque les pépites craquent sous la dent.
La tablette est vite finie et on court voir s'il en reste dans le placard, pour demain.
Et puis, comme le chocolat, c'est bon pour le moral.
Ceci étant dit, il vaut sans doute  mieux découvrir ces deux ou trois "premiers romans" en visite amicale, après avoir été totalement convaincu par la maîtrise des plus récents.


Pour celles et ceux qui aiment les petites rues de Paris.
J'ai lu édite ces 283 pages qui datent de 1995
.

Madame Charlotte en parle. D'autres avis sur Critiques Libres.

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Lundi 2 novembre 2009
Amazon
Tous les chemins mènent à Rome. 

L'autre dimanche, soirée Fred Vargas. La voisine du 4° avait décidé de faire du vide dans son grenier et mettait à disposition des occupants de l'immeuble deux ou trois cartons de bouquins, façon bourse aux livres, servez-vous. On y a pioché quelques Fred Vargas, des vieux qu'on relira avec plaisir et des vieux qu'on n'avait pas encore eu le plaisir de lire.
MAM tape évidemment au hasard dans la pile (pfff...) mais BMR commence sagement par le début avec Ceux qui vont mourir te saluent l'un de ses tout premiers romans (1994).
Nous voici à Rome à la poursuite de dessins de Michel-Ange mystérieusement disparus de la Vaticane, la grande bibliothèque locale.
[...] - Tu es donc en cheville avec le banditisme romain ? Tu trafiques ?
- Mais non. C'est ma valise qui trafique. Quand j'arrive à Rome, il n'y a rien dedans. Quand je repars, il y a des tas de trucs inouïs. Qu'est-ce que je peux y faire ? Elle vit sa vie de valise, cette valise. Si ça lui plait de trimbaler des tas de bricoles, c'est son affaire, je ne vais pas m'en mêler. On ne quitte pas une valise sous prétexte qu'elle prend de temps en temps son indépendance.

Sans le soutien qui viendra plus tard du commissaire Adamsberg, Fred Vargas peine un peu pendant quelques chapitres pour mettre en place ses personnages.
On se fait l'effet d'une soirée mondaine où, l'air un peu emprunté, on salue d'autres invités inconnus : un trio de fils à papa oisifs qui traînent dans les études d'art et surtout les fêtes chic et décadentes de Rome (ils ont pris les noms des empereurs romains, Néron, Claude et Tibère). La mère de l'un d'eux, femme fatale et fantasque. Un inspecteur italien charmeur et bavard. Un monseigneur papiste qui semble s'arranger facilement de la conscience divine. Un missi dominici au caractère odieux envoyé par un ministère parisien pour étouffer l'affaire.
[...] Gabriella resta les yeux dans le vide, tournant une cigarette entre ses doigts.
- Tu penses à Richard Valence ? demanda Lorenzo.
Tu te dis qu'il a malgré tout quelque chose d'irrésistible et tu te demandes ce que ça pourrait bien être ?
- Lorenzo, tu es exactement le genre de curé que j'adore. On a à peine le temps de commencer à penser que c'est déjà déchiffré, formulé, disposé en petits carrés sur la table. Il devait y avoir la queue à ton confessionnal.
L'évêque rit.

Mais une fois que l'on a fait connaissance avec tous les invités, le spectacle peu commencer.
Fred Vargas démontre une profonde et humaine tendresse pour ses personnages et c'est forcément communicatif.
Ce presque premier roman nous permet de découvrir la construction Vargas de manière quasi transparente : l'auteure s'intéresse avant toute chose à ses personnages. Des figures un peu déjantées, des tronches décalées, des personnalités insolites. Une fois ceux-ci en place et connus du lecteur, la machine se met en marche et nous pond du dialogue poétique et surréaliste, en veux-tu en voilà.
Au fil des chapitres elle sème de ci de là, le ton badin : une phrase innocente ici, un personnage anodin par là, une Fred Vargasaction insignifiante plus loin, ... 
Et puis, au détour d'une page,  vient le moment espiègle de la récolte : ça fait plop, plop, et l'on jubile de voir comment elle détourne et assemble toutes les pièces pour dessiner un surprenant puzzle.
À cela il faut ajouter que Fred Vargas ne se prend pas au sérieux et ne nous prend pas la tête. Ses bouquins se lisent d'une traite comme des histoires gentilles et sympathiques où les méchants ne sont jamais très méchants et où tout est bien qui finit bien.
Pour le seul plaisir de la langue et de la lecture.
Pour celles et ceux qui aiment les bibliothèques et les histoires de famille.
J'ai lu édite ces 190 pages qui datent de 1994
.
D'autres avis sur Blog-O-Book et sur Critiques Libres.
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