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Lundi 16 novembre 2009
Allociné
Parfum de femme. 

Le producteur Alain Monne passe derrière la caméra et adapte au cinoche un bouquin d'Éric Holder  : L'homme de chevet.
L'histoire d'une paraplégique qui embauche à son service un ancien boxeur déchu devenu alcoolique.
Un scénario qui risque de faire fuir bon nombre de spectateurs comme il a fait fuir bon nombre de producteurs (Alain Monne aura eu 13 ans pour "mûrir" son projet !).
Pourtant ce serait dommage de passer à côté de cette belle histoire pleine de tendresse.
D'abord, parce que Sophie Marceau et Christophe Lambert sont impeccables.
Ensuite, parce que le film, tout en pudeur, évite rigoureusement mélo et pathos.
Enfin, parce que c'est une très belle histoire des corps vivants : celui, brisé et inerte, de Sophie Marceau, clouée dans son lit mais qui ne demande qu'à profiter d'un rayon de soleil, d'une brise de vent ou d'un parfum. Celui, brisé et imbibé, de Christophe Lambert meurtri par la vie lui-aussi et qui ne demande qu'à redonner un sens à la sienne.
Tous deux avaient jadis un corps plein et vivant qui n'est plus.
Pour faire bonne mesure, un troisième personnage (1) donne tout son sens à ce poème : Carthagène, puisque c'est en Colombie qu'Alain Monne a choisi de planter sa caméra.
La chaleur et la moiteur tropicales, les parfums et les senteurs, la mer et le vent, la vie bouillonnante (drogue, prostitution, boxe, ...) des colombiens et la sensualité des colombiennes, ... tout cela fait écho à ce qui se passe (à ce qui passe) entre Mr. et Mme.
Une histoire d'amour sans sexe mais pleine de sensualité.
Il est également question de littérature dans ce film (forcément Madame passe son temps dans les livres) puisqu'on commence avec Bukowski et qu'on termine sur cet extrait d'un poème de Francis Ponge sur l'eau :

C’est toujours les yeux baissés que je la regarde. Comme le sol, comme une partie du sol, comme une modification du sol.

Elle est blanche et brillante, informe et fraîche, passive et obstinée dans son seul vice : la pesanteur ; disposant de moyens exceptionnels pour satisfaire ce vice : contournant, transperçant, érodant, filtrant.

A l’intérieur d’elle-même ce vice aussi joue : elle s’effondre sans cesse, renonce à chaque instant à toute forme, ne tend qu’à s’humilier, se couche à plat ventre sur le sol, quasi cadavre, comme les moines de certains ordres. Toujours plus bas, telle semble être sa devise : le contraire d’excelsior.

Étrange de constater que l'on ne retrace du film, ici, que cette puissance poétique des corps et de la vie. Alors qu'une bonne partie de l'histoire est en réalité consacrée à leurs déchéances : celle d'une belle femme riche, libre et intelligente devenue infirme et haineuse, celle d'un champion du ring déchu devenu un ivrogne des bas quartiers, sans compter le refus de Mme de se livrer en confiance à Mr.
C'est sans doute que le message du film d'Alain Monne est bien celui de la vie : sachons profiter de cet héritage et le partager.
 ____
(1) un personnage introduit par Alain Monne : l'histoire du livre se situait en France.

Pour celles et ceux qui aiment la tendresse des belles histoires.
Un film accompagné par la Fondation Groupama-Gan pour le cinéma.
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Lundi 16 novembre 2009
Pascale en parle
  Après eux le déluge.

Depuis une certaine Tour Infernale, BMR est plutôt bon public pour ce qui est des films catastrophes.
Alors bien sûr 2012, la cata des catas, je pouvais pas le louper ! Et je m'y suis bien amusé ! (1)
Attention : je dis presque tout ...
L'histoire d'abord (c'est tellement compliqué, faut que j'explique, c'est quand même la fin du monde) : les mayas l'avaient prévu puisque leur calendrier s'arrête en décembre 2012, alors bien sûr les frustrés de 12.1999 ou même de 09.2001 escomptent bien entendre les trompettes du jugement dernier en 12.2012.
Dans le film, les cassandres sont des scientifiques qui, dès 2010, observent une activité solaire anormale et un bombardement de neutrinos (habituellement inodores et indolores) qui réchauffent le coeur de notre planète, façon micro-ondes, ... et comme il n'y a pas de soupape ...
Alors ça pète de tout côté : tremblements de terre, éruptions volcaniques, tsunamis et raz-de-marée, dérive accélérée des continents, tout y passe !
Disons le tout de suite, c'est plutôt bien amené, bien vu et bien fait : superbes images, poursuites infernales, pièges géodiaboliques, rythme d'enfer, etc...
Sauf que c'est pas tout : puisque les scientifiques ont annoncé tout ça en 2010 (voilà ! y'en a qu'ont pas suivi, pfff) certains ont eu le temps de se préparer à sauver le monde (à commencer par eux-mêmes).
Et c'est là que passe la subliminale leçon de géopolitique de Roland Emmerich : les gouvernements du G8 (les autres peuvent crever, ils ont l'habitude) se réunissent en 2010 (sous les huées des altermondialistes) et préparent en catimini un plan secret que l'on découvre peu à peu tout au long du film. Il s'agit tout simplement de construire des arches de Noé (façon Enterprise Star Trek) dans une haute vallée du Tibet (qui sera inondée en dernier).
D'ailleurs qui d'autre que l'efficacité chinoise (je cite) pouvait venir à bout de ce projet dans des délais aussi serrés ?
Comme y'en n'aura pas pour tout le monde, on vend les places à 1 milliard d'euros (le dollar n'a plus la côte) aux milliardaires et autres mafieux russes.
Pour que le plan reste secret, il faut libérer les lieux et déplacer les indigènes et comment fait-on en Chine pour déplacer en masse les populations ? On leur annonce qu'on va construire un barrage !!! Le film est bourré d'allusions de ce genre, absolument iconoclastes, hilarantes et politiquement incorrectes !
Le président US est un vieux black qui pourrait être le père de Michelle Obama, les moines tibétains prennent le thé sur leurs montagnes en attendant zen la montée des eaux, le conservateur du Louvre (faut bien sauver La Joconde) s'explose en voiture dans le tunnel de Lady Di, ...
Quelques clins d'oeil à la clientèle européenne (rappelez-vous : le G8 ...) comme par exemple le décollage poussif des héros dans un gros Antonov qui décime un monument pyramidal et élancé tout en fer : merde, c'était pas la Tour Eiffel ? Si ! Ou presque, puisque c'était ... celle qui est en face du Caesars Palace à Las Vegas !!!
Moralité (ou plutôt amoralité) du film : à la cata, survivront les états-majors du G8, quelques milliardaires et bandits, 4 tibétains plus futés que les autres et une poignée de héros (7, si j'ai bien compté). Après eux le déluge !
Seul scène morale du film que j'ai pu relever : le Pape et ses cardinaux se réfugient bêtement dans la prière à Saint-Pierre de Rome et prennent le plafond de la Chapelle Sixtine sur la tête ...
Bref, c'est pour dans trois ans : dépêchez-vous de trouver 1 milliard d'euros ou bien à défaut, l'endroit secret où nos gouvernements avisés planquent leurs navettes ! Si ça se trouve, le global warming c'est juste pour nous endormir d'ici là (2).
Tout cela est bien sûr à prendre au second degré, si, si.
_______
(1)
d'abord parce que dans la salle (comble) il fallait au moins 2 ou 3 des (jeunes) spectateurs pour faire mon âge et je parle pas de l'âge mental : portables, blabla, sms, pop-corn, blabla, bruits divers, blabla, sms, ... ont-ils eu le temps de jeter un oeil sur l'écran pourtant géant ?
(2) ça c'est pas dans le film.

Pour celles et ceux qui aiment les catastrophes.
Cedric a compris mais on peut aussi trouver ça nullissime.
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Vendredi 13 novembre 2009
Pascale en parle
  Sérieux s'abstenir.

Il semble de bon ton de critiquer ça ou le dernier film de Jeunet : Mic-macs à tire-larigot.
Les marchands d'armes dont il est question (les méchants du film) ne font-ils plus recette ? Il serait pourtant bon de se rappeler que Pasqua et ses complices ne sont toujours pas derrière les barreaux et que Handicap International mobilise toujours aussi régulièrement la planète pour ériger des montagnes de chaussures (et ce sont bien les mines antipersonnel qui sont visées par Jeunet).
Mais finalement, quoiqu'on pense de ce contexte politique, l'industrie de l'armement est surtout chez Jeunet un prétexte bien vu pour fournir des méchants au profil idéal (Dussollier, excellent !).
Face à ces affreux jojos, une bande de joyeux drilles, marginaux de la récup (façon Max et les ferrailleurs) qui prennent fait et cause pour Dany Boon victime des méchants (son papa a sauté sur une mine et lui-même a pris une balle une balle perdue).
Dans l'équipe des gentils, on trouve en vrac aux côtés du Ch'ti (qui heureusement n'en fait pas trop) :
- la Môme Caoutchouc qui se plie en quatre pour entrer dans une valise ou un frigo, au choix selon les besoins du moment,
- le black ethnologue qui collectionne sur sa machine à écrire Remington toutes les expressions imagées dont est le français est si friand (genre : si tu fais chou blanc alors les carottes sont cuites et le beurre va manquer dans les épinards)
- la petite Calculette qui calcule tout
- le géo-trouvetou qui concocte des machineries inutiles, superflues, voire même utiles parfois, (et à côté duquel McGyver fait figure d'enfant de choeur n'ayant jamais touché un Meccano)
- les impayables Marielle en chiffonnier-ferrailleur et Yolande Moreau en mama-gâteau.
Une fois les présentations faites, c'est parti pour un film hilarant, déjanté, sans queue ni tête, plein d'humour (finaud) et de poésie (drôle).
Jeunet ne sait peut-être pas dessiner ni faire de bonshommes en pâte à modeler, alors ne pouvant ainsi faire des dessins animés ... il fait des films !
Car on n'est pas loin de Tex Avery : dans un superbe Paris Art-Déco, l'équipe de joyeux lurons montent des combines abracadabrantes et des machineries alambiquées pour rouler les vilains méchants dans la farine. On rit beaucoup, genre fou rire inextinguible (n'est-ce pas MAM ?), tellement s'empilent et s'enchaînent les gags et les incongruités. Jeunet est tellement sûr de son coup qu'il se paye même le luxe de nous annoncer le gag quelques secondes avant et on rit d'avance, avant, pendant, après ...
Il faut avoir l'oeil dans tous les coins pour saisir toutes les farces (la photo de Sarko, les affiches du film dans le film, ...) et tous les hommages de Jeunet au cinéma de notre enfance (le générique, le vidéo-club, les sketches à la Tati ou à la DeFunès, ...).
Tout cela (sauf le rire) est dosé juste comme il faut : rien de trop lourd, rien de trop long, rien de trop appuyé (ou si peu).
L'utilisation de l'islam terroriste dans le dénouement est, à ce titre, une perle d'intelligence et de finesse, chapeau ! j'en connais qu'auraient des leçons à prendre !
Certes tout cela n'a guère de prétentions, certes Jeunet utilise toujours la même palette de décors et de personnages (comme Walt Disney), certes ..., mais en cette journée de la gentillesse, il serait bien dommage de manquer ce sympathique dessin animé (pardon : film), marrant, malin et malicieux.

Pour celles et ceux qui aiment les joyeux-doux-dingues-dong.
Pascale a honte d'avoir aimé, Agnès a bien apprécié. Rob est sévère.
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Dimanche 1 novembre 2009
Libé en parle
 Les choristes. 

Eichwald, un petit village de l'Allemagne profonde.

Plongé en plein Moyen-Âge, ce petit hameau survit sous la coupe rigoriste de l'Église réformée. Une poigne de fer.

Les femmes y sont bafouées, humiliées, asservies. Les enfants attachés, battus, violés.

Violence sociale également sous la régence du baron, seul employeur du village, qui règne en maître sur ses serfs.

Michael Hanecke (La pianiste, Funny games, ...)  nous montre peu de choses à l'écran : la tension est sourde, la violence se cache derrière les portes.

Une voix off (celle de l'instit, façon Rapport de Brodeck) nous raconte les étranges incidents survenus cette année-là.

Au coeur de ces événements, les enfants du village qui tentent de grandir sans tendresse dans cet absolutisme qui se veut purificateur et qui n'engendre que haîne et mort.

Des enfants à qui l'on noue Le ruban blanc pour leur rappeler l'innocence qu'ils doivent conserver et la pureté qu'ils doivent atteindre. Celle de l'austérité puritaine, de la blancheur immaculée, celle de la neige qui recouvrira la campagne cette année-là.

Des enfants qui forment la chorale lors des messes à l'église où le village se retrouve pour communier.

Des enfants qui, cette année-là, rodent autour des victimes de ces accidents étranges, tels les oiseaux d'Hitchcock.

Mais on n'est pas au Moyen-Âge : on est en 1913, à la veille de l'attentat de Sarajevo et de la déflagration de la Grande Guerre. Tant de sourde violence, c'est manifeste selon Haenecke,  ne pouvait conduire qu'à une si sombre tragédie.

Le film, tout en noir et blanc, se termine à la messe dans un fondu au noir : l'innatteignable blancheur de l'innocence disparaît définitivement.

Élevés par des parents rigoristes et autoritaires qui croyaient visiblement bien faire, ces enfants auront une trentaine d'années vers 1930 lorsque montera le grondement fanatique d'une autre guerre ...

MAM n'a pas vraiment apprécié et trouve qu'Haenecke en fait trop, ce qui nuit à sa démonstration pas vraiment subtile et beaucoup trop longue, d'autres films, d'autres cinéastes auraient peut-être eu besoin d'une palme d'or à Cannes ... mais ceci est une autre histoire.


Pour celles et ceux qui aiment l'innocence perdue.
Guillaume est partagé,
Jullelien en parle, Ludo également. Pascale partage l'avis de MAM.

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Lundi 12 octobre 2009
Lustucru en parle
  L'honneur perdu d'Elly.

Portrait de groupe. Iranien.
Ces trois ou quatre mots pourraient résumer le film du réalisateur iranien Asghar Farhadi qui retrace le week-end de quatre couples d'amis partis, depuis Téhéran, en week-end au bord de la mer.
La première partie de ce À propos d'Elly est absolument fascinante : il faut moins de deux minutes à Asghar Farhadi pour que l'on fasse partie de la bande, que l'on joue avec eux, danse avec eux, cuisine avec eux. En oubliant complètement que l'on est en Iran, tant ce groupe d'amis à l'ambiance bon enfant pourrait être au bord du Pacifique en Californie ou ailleurs encore. Quel talent de cinéaste !
Dès ces premières minutes on est plongé, sans aucune exposition ni explication, au coeur de ce petit week-end entre amis que l'on ne connait pas et la mise en scène très elliptique stimule notre intérêt et nous laisse deviner peu à peu que la belle Sepideh a tout organisé et monté un plan un peu foireux pour qu'une invité surprise, la fameuse Elly, fasse la connaissance de l'un des leurs, célibataire.
Une belle phrase de Farhadi : [...] J'aime l'idée qu'un film ressemble à des mots croisés dont on demande au public de remplir les cases.
Les décors sont pouraves (une baraque déglinguée au bord de l'eau), les costumes sont iraniens (jeans, survèts, baskets pas lacées et foulards sur la tête), mais les acteurs et actrices rayonnent de justesse. Golshifteh Farahani (Sepideh, en gros plan sur l'affiche) est magnifique(1).
Et puis rapidement (trop ! on aimerait tant que la fête se prolonge !) la tension monte et l'on sent que le drame viendra de la mer dont la baraque est beaucoup trop proche ...
On ne vous en dit pas plus sur la démonstration de la seconde moitié du film, qu'on a trouvée malheureusement un peu longue et un peu lourde (tant la première partie était subtile !). Mais visiblement Asghar Farhadi veut nous faire comprendre que sous la surface moderne, enjouée, heureuse, insouciante de ces iraniens de Téhéran, couvent les conflits ancestraux entre hommes et femmes. Le drame qui survient mettra à jour des comportements soumis à une morale qui, pour le coup, est cette fois bien iranienne et l'on comprendra enfin ce qui motivait la mystérieuse Elly à partir en week-end ...
Ce petit film que l'on visionne un peu tard est une belle révélation de cette rentrée.
L'un de ses mérites, et non des moindres, est également de nous faire découvrir un Iran très proche de nous et donc très loin des clichés médiatiques habituels : instructif et passionnant.
Si l'on veut bien nous permettre de remplir quelques lignes de la grille de mots croisés proposée par Asghar Farhadi (mais au crayon ! chacun pourra gommer et voir à sa guise ce film aux multiples facettes !), on devine un pays en plein bouillonnement, en pleine transformation (le voyage en voiture au début du film) où tant les hommes que les femmes ont bien du mal à retrouver un équilibre relationnel et à retomber sur leurs pattes (nos années 70 en quelque sorte !).
___
(1) : on l'avait déjà aperçue dans Mensonges d'État : c'était l'infirmière dont Leonardo tombait amoureux.

Pour celles et ceux qui aiment les iraniens vus par les iraniens.
Lustucru en parle, Le Monde et Critikat aussi.
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Mardi 6 octobre 2009
Le (joli) site officiel
C'est l'histoire d'un fou ... |

Voilà bien un étrange film d'animation : Mary & Max de l'australien Adam Elliot,à voir sans les enfants.
Un film sur la correspondance échangée entre une petite fille australienne de la banlieue de Melbourne et un vieux monsieur qui vit au coeur de New-York.
Mary n'est pas très jolie, affligée d'une tâche sur la figure et en proie aux moqueries de ses camarades. Maman boit du sherry et Papa empaille des oiseaux blessés dans le garage.
Max, juif renégat, est boulimique et atteint du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme.
Tous deux partagent le même plaisir du chocolat et la même incapacité à aimer ou être aimé.
Le film a beau être plein de traits d'humour (Max écrit à Ridiculani, le maire de New-York, il achète et rachète des poissons rouges qui tombent comme des mouches dans la chasse d'eau, ...), tout cela n'est pas très gai et la vie semble bien dure vue par les yeux de Max et Mary. Heureusement les petits personnages de pâte à modeler mettent une relative distance entre le spectateur et cette sombre histoire.
Le film est d'une rare beauté plastique avec une belle unité de tons : sépia et marron pour la petite Mary down-under, noir et blanc pour Max et un New-York plus vrai que nature.
Mais le propos essentiel du film tourne autour de Max et sa maladie, un peu façon Rain Man. Le réalisateur A. Elliot a lui aussi correspondu dans la vraie vie pendant de nombreuses années avec un "aspie". Ce syndrome d'Asperger qui fait de Max un inadapté social, hyper-logique (il attend le bus avec son rubik's cube) mais incapable de saisir les nuances de la communication non verbale : le genre de type qui part avec les meubles quand on lui dit  "mais prenez-donc un siège".
Mary et Max sont entourés de voisins guère mieux lotis : celle de Max est aux trois-quarts aveugle (elle contribuera d'ailleurs à l'hécatombe de poissons rouges !), celui de Mary est agoraphobe.
Mary finira quand même par épouser un petit voisin, un ... grec, qui la quittera pour un éleveur de moutons Néo-Z !
Moralité : on ne choisit ni sa famille, ni son héritage génétique. Acceptons nous tels que nous sommes, cela nous aidera à nous accepter les uns, les autres.
Ou encore : on ne choisit pas sa famille et il n'est pas facile de se faire des amis ...
Après le bipolaire mythomane de The informant, après l'alcoolique du Dernier verre, le cinéma de la rentrée a mal à la tête ...

Pour celles et ceux qui aiment recevoir du courrier.
Alexis, Pascale, Valérie, Marion en parlent.
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Lundi 5 octobre 2009
Cluny en parle
C'est l'histoire d'un fou ... |

On n'est pas allés voir The informant. On n'est même pas allés voir le dernier Soderbergh.
Non, on est allés voir Matt Damon, tant il est vrai qu'il porte le film, l'histoire et le personnage sur ses épaules.
Matt Damon a pris au moins quinze kilos et incarne de manière stupéfiante ce cadre du middle-west américain (moustache, moumoute, imper, tout y est), directeur de production dans un trust agro-alimentaire.
Le film est tiré d'une histoire vraie du début des années 90 : le bonhomme en question a roulé dans la farine en vrac, ses patrons, sa femme, le FBI, le Ministère de la Justice, ses avocats, ceux de ses patrons, ses amis, les journalistes, et j'en passe ...
Mis sous pression après des problèmes de production, il invente (?) une taupe japonaise venue saboter l'usine. Ses patrons font appel au FBI.
Il se tire de son premier mensonge en imaginant une embrouille et déclare au FBI qu'il veut mettre à jour l'entente illicite sur les prix entre ses patrons et leurs concurrents japonais. De cette mystification il sortira par une pirouette et un nouveau mensonge. Qui appellera une autre affabulation. Etc, etc ... un véritable festival d'arnaques et d'imbroglios dans lequel il entraîne tout le monde autour de lui.
Le bonhomme manipulateur se voyait bien en espion (0014, doublement plus futé que 007) et aurait bien dégommé tout le staff de sa boîte pour se retrouver PDG.
On est restés un peu mitigés sur ce film : pas vraiment accrochés et tenus à l'écart, un peu ennuyés, par la distance que mettait Soderbergh entre nous et l'écran. Il est vrai que le personnage de Matt Damon n'est pas très sympathique, du moins au début.
Et puis Soderbergh filme tout cela façon années 70 (alors que l'histoire a moins de quinze ans) ce qui accentue encore le recul.
Reste les dernières vingt minutes avec notamment une scène époustouflante où Matt Damon est enfin confondu de l'un de ses bobards (une erreur de date de quelques jours sur un faux courrier) et où ses voix intérieures viennent lui souffler les nouveaux mensonges à empiler, à enfiler, pour se tirer de ce mauvais pas : il s'enfonce encore plus loin dans ses bobards, sa femme se met à pleurer à ses côtés, l'enquêteur du FBI ne sait plus où se mettre ...
Car Matt Damon (enfin, son personnage) est un malade, mythomane, bipolaire, peu importent les étiquettes et c'est ce qui nous le rend finalement sympathique et (enfin) humain, malgré l'énormité de l'empilage d'affabulations ... auxquelles tout le monde a cru ...
Sa femme (Mélanie Lynskey) trouve d'ailleurs là un rôle intéressant : nunuche potiche de province au début du film, elle se transforme au fil de ces quelques années et se révèle finalement la seule à comprendre et aimer son mari.
On aurait apprécié que cet aspect humain de l'histoire soit plus développé et non le volet juridico-financier, finalement moins intéressant ...

Pour celles et ceux qui aiment qu'on leur raconte des histoires.
Timothée en parle, Pascale et Cluny également.
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Dimanche 27 septembre 2009
Le site officiel avec plusieurs
L'espion venait du froid |

En 1981, François Mitterrand donne à Ronald Reagan une liste de noms d'espions soviétiques infiltrés dans les labos, académies et officines gouvernementales US, jusqu'au Pentagone, "en échange" du droit de garder quelques ministres communistes à son premier gouvernement.

Deux ans plus tard, une série d'arrestations et d'expulsions aux US et dans toute l'Europe de l'ouest vient démembrer l'immense réseau d'espionnage technologique pour lequel les soviétiques dépensaient plus d'argent que pour leur propre recherche.

Les américains lancent alors leur coup de bluff sur la guerre des étoiles et l'URSS commence à vaciller sur ses bases, privée de ses yeux et oreilles à l'ouest. C'est le début de la fin et Gorbatchev tente de convaincre ses collègues déjà à moitié embaumés, de l'urgence de réformes.

Ces listes d'infiltrés venus du froid, c'était un colonel du KGB, nom de code Farewell, qui les faisait passer à l'ouest par un petit ingénieur de chez Thomson en poste à Moscou.

Et c'est cette histoire que nous raconte Christian Carion dans son Affaire Farewell.

Un film porté par Emir Kusturica (le colonel-traître), étonnant de présence physique, un peu "à la Depardieu", et Guillaume Canet (parfait en face de l'imposant Kusturica) en petit ingénieur falot et barbichu, embarqué malgré lui dans une aventure qui le dépasse.

Christian Carion plante rapidement et efficacement le décor historique, celui de l'Histoire avec un grand H. Mais c'est l'histoire de ces deux hommes (et des quelques belles femmes qui les entourent) qui l'intéresse.

On ne sait officiellement pas grand chose des motivations qui poussaient le colonel Farewell à trahir son pays (encore aujourd'hui les blessures restent ouvertes à Moscou : Christian Carion dit y avoir été fraîchement accueilli). Ce n'était ni la fuite à l'ouest ni l'argent (les comptes de la DST l'attestent !) et le film le présente comme un homme touché par la grâce et Léo Ferré lors d'un passage en poste à Paris, convaincu que le rêve socialiste se termine et décidé à précipiter l'inévitable transformation de l'empire soviétique. Pour le bien des générations futures et plus particulièrement de son fils qui ne rêve que des concerts de Queen.

Pour Christian Carion cet épisode de la guerre froide, qui figure en bonne place au best-of des histoires d'espionnage, est peut-être le premier coup de tocsin annonciateur de la chute du Mur (on en reparle bientôt : cette année nous en fêtons le vingtième anniversaire).

C'est filmé sans esbrouffe, lentement et sûrement, sans courses-poursuites ni effets spéciaux : le réalisateur, on l'a dit, s'intéresse avant tout à ses deux personnages, à leurs familles, pris dans la tourmente de l'Histoire, cette Histoire que le colonel entendait bien accélérer.

Bye bye Farewell.


Au passage, on a été ravis de revoir quelques belles images de Moscou, comme celles de l'imposant gratte-ciel stalinien de l'université Lomonossov ou celles des citernes de Kvas dans les rues.


Quelques mots encore d'un poème d'Alfred de Vigny (la mort du loup), auquel dialogues et images du film font de nombreuses références et qui met en vers la traque d'un loup resté en arrière de sa meute pour affronter son destin et les chiens et les fusils des chasseurs, sauvant ainsi sa femelle et surtout ses petits :

[...] Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,

Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,

Et, sans daigner savoir comment il a péri,

Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

[...] Sans ses deux louveteaux, la belle et sombre veuve

Ne l'eut pas laissé seul subir la grande épreuve;

Mais son devoir était de les sauver, afin

De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,

A ne jamais entrer dans le pacte des villes,

Que l'homme a fait avec les animaux serviles ...


Pour celles et ceux qui aiment les histoires dans l'Histoire.
Benoit en parle sur Critikat, Pascale aussi bien sûr et le JDD.
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Mercredi 23 septembre 2009
Pascale en parle
Elles ont de belles gambas, les aliènes |

Attention, une mauvaise bande-annonce peut cacher un excellent film ! Candidat au best-of 2009

Certes, District 9est bien un film de SF, jugez-en plutôt : les militaires qui gèrent le camp de réfugiés se baladent en blindés fraîchement peints de blanc et siglés MNU ... mais il s'agit d'une milice privée. C'est pas de la science-fiction ça ? 

Onu soit qui mal y pense, nous revoici donc (1) aux prises avec ces sociétés militaires privées qui fleurissent dans nos poubelles.

Mais là n'est pas seulement le propos du sud-africain Neill Blomkampqui situe l'action à Johannesburg : des indésirables parqués dans les townships de la banlieue de Jo'burg, c'est pas de la science-fiction ça ?

Et pour ceux qui n'ont pas encore compris ou qui se croient encore hors de portée loin dans le futur, Neill Blomkamp prend soin de filmer tout ça façon JT de 20h, façon documentaire de tous les jours, un peu dans la ligne de Battle for Haditha ou de Redacted.

Bref, de la politique-fiction certes, mais fortement ancrée dans notre présent, c'est le moins qu'on puisse dire !

Le scénario du film est plus qu'astucieux : habituellement les américains filment de gigantesques vaisseaux aliens qui s'arrêtent au-dessus de New-York (2) et leur civilisation ultra-puissante menace de détruire la planète. Heureusement Uncle Sam et ses GI Joe veillent au grain et réussissent généralement à sauver leur pays et une bonne partie du monde avec (en principe, nous, on est toujours dedans).

Blomkamp brise tous ces codes : les aliens sont au-dessus de Jo'burg en pleine Afrique et nous font le coup de la panne d'essence. Ils sont malades, affamés et fatigués, on les parque dans un camp de réfugiés !

L'autre astuce, c'est Sharlto Copleyqui incarne l'anti-héros : fonctionnaire idiot, badge en sautoir, raie sur le côté, photo de son petit ange sur son bureau, gilet infâme et accent impayable, absolument ravi de nous faire visiter son camp de réfugiés face à la caméra du reporter, pendant que les militants des droits des non-humains manifestent à l'entrée du District 9.

Ah ! cette scène où, toujours devant les caméras, il jubile et plaisante sur l'irrésistible bruit de pop-corn que font les embryons d'aliens quand ils éclatent alors que derrière lui ses collègues armés de la MNU passent au lance-flammes les cabanes du bidonville ! La bêtise humaine à la puissance dix ! On ne peut ni mieux dire, ni mieux filmer !

Blomkamp ratisse large (apartheid avec les panonceaux "interdit aux non-humains", nazisme antisémite avec les camps de concentrations et les expériences dignes de Mengele, opérations militaires en Afrique ou au Moyen-Orient avec les cow-boys de la MNU, ...) pour faire une sorte de compile de tout ce qu'aura engendré notre sens aigu de l'hospitalité désormais réputé dans toute la galaxie.

D'ailleurs, après le film, on se surprend à prier pour que les aliens de tout bord comprennent bien qui on est (3) et qu'ils fassent un large détour pour ne jamais se poser sur notre terre : il est sûr que nos gouvernements seraient incapables de gérer la situation, ce serait la cata !

On est loin de quand on était petit et qu'on rêvait d'un aimable et intelligent rendez-vous avec les extra-terrestres façon Rencontre du 3° type (4).

District 9 s'emploie à démolir consciencieusement nos rêves (sur notre rencontre avec les extra-terrestres) et nos illusions (sur notre réalité bien humaine et bien terrestre).

On sort du ring sonné, KO, avec des phrases timides du genre : "Eh ben ..., ça décoiffe hein ?".

Y'a pourtant plein d'humour (l'anti-héros, le petit E.T. bricoleur,...), plein de réparties ironiques dans les dialogues, mais Blomkamp ne nous laisse pas le temps de savourer, pas une seconde de répit (faudra le revoir en DVD) : ça démarre très très vite et le montage serré, haletant, ne faiblit pas un instant. C'est violent et la tension est très forte à laquelle s'ajoutent quelques scènes un peu gores (sûr qu'il faudra quelques semaines avant qu'on remange des gambas ...).

Bon, on aurait pu écourter un peu la seconde partie du film avec ses courses-poursuites-fusillades, ça fait sans doute partie du cahier des charges destiné à remplir les salles obscures, mais il serait vraiment dommage de passer à côté de cet ovni filmique, façon grand-huit.

Même MAM, pourtant allergique non pas aux crevettes mais aux ambiances SF, a été emballée (stressée mais emballée), c'est dire !

Et ce n'est que le premier long métrage de Neill Blomkamp (certes Peter Jackson, le seigneur des anneaux, était aux manettes de la production mais quand même) !

Plaignons le prochain réalisateur à qui un studio commandera un film de SF ... comment faire après District 9 ?

___
(1) : déjà avec
Jeux de pouvoir, c'était avant les vacances.
(2) : c'est ce que dit l'un des personnages du film d'ailleurs !
(3) : j'espère qu'avec la TNT les ondes filmiques continuent à se disperser dans le cosmos, sinon il va falloir bricoler quelque chose.
(4) : encore une allusion dans un dialogue où quelqu'un à l'arrivée du vaisseau s'attendait plutôt à voir de jolies lumières ! 

Profitons-en, même si c'est un peu facile, pour saluer au passage le sens de l'à-propos cinéphilique de notre ministre de la non-immigration Eric Besson qui, après avoir grandement contribué il y a quelques mois (et on l'en remercie, si, sincèrement) à la campagne de promotion du film de Philippe Lioret, Welcome, saisit l'occasion de la sortie de District 9 pour commanditer l'évacuation manu militari de la Jungle de Calais. On en reste quoi ?


Pour celles et ceux qui aiment les crevettes.
Quelques articles ici ou . Gator, Pascale, Mlle Bulle, E&O en parlent.
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Mardi 22 septembre 2009
Le Monde en parle
Bas les masques |

Espérons que le réalisateur Mathias Gokalp n'y verra Rien de personnel, mais il est bien difficile de résumer son film (son premier long métrage).
Ce pourrait être l'histoire d'une entreprise, un labo pharmaceutique, qui organise une soirée pour ses cadres et leurs conjoints.
Avec un jeu de rôle, un jeu de rôle qui n'est pas un jeu drôle, mais alors pas du tout.
Un exercice de coaching (tiens, c'est à la mode, à l'écran comme dans la vraie vie, enfin celle du business) destiné à sélectionner les cadres à faire monter dans la prochaine charrette ...
Oui, ce pourrait être une histoire un peu comme ça.
Mais ce n'est pas ça du tout.
Parce que c'est avant tout un film et qu'un film c'est avant tout un scénario (un montage) et des acteurs.
Côté acteurs on y retrouve, entre autres, Darroussin et Podalydès qui n'ont plus rien à prouver mais qui font encore la démonstration de leurs talents. Ah, Darroussin capable en quelques mots d'endosser un personnage ou un autre !
Mais c'est aussi côté scénario et montage que se trouvent les bonnes surprises.
La première partie du film nous raconte cette soirée et ce jeu féroce où l'on voit le petit chef d'usine de province se faire malmener par la jeune louve aux dents longues ... enfin c'est presque ça !
La seconde partie du film nous fait revivre la même soirée ... à quelques détails près, filmée d'un autre point de vue et retourne les deux personnages (le petit chef et la jeune louve) comme des gants. Attention, un cadre peut en cacher un autre ! Un cadre d'entreprise comme un cadre de caméraman.
Mathias Gokalp nous a roulés dans la farine.
Ce second épisode approfondit également d'autres personnages de la soirée ... alors il faut bien sûr une troisième partie à ce film !
Un dernier épisode où l'on revit (où l'on revoit) une troisième fois cette soirée, filmée sous d'autres angles encore, découvrant au passage ce qui nous avait échappé (ou ce qui nous avait été soigneusement masqué), de quoi retourner encore comme des crèpes quelques personnages ... et le spectateur.
Moralité : c'est bien l'habit qui fait le moine ...
Variante : les places de chacun sont interchangeables et ça ne change rien.
Scénario et montage extrêmement habiles. On serait ravis, on jubilerait presque si le propos caustique n'était pas si grinçant et si l'ironie mordante ne nous mettait pas si mal à l'aise.
Car Mathias Gokalp frappe sans relâche (et à trois reprises !) là où ça fait mal : on rit mais on rit jaune.
Très habile et très dérangeant. Sûr que demain on regardera ses collègues ... sous un autre angle !

Pour celles et ceux qui aiment les business models.
Pascale n'a pas aimé, Lo si,  ...
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Dimanche 20 septembre 2009
JP en parle
À la bonne votre |

Le producteur Philippe Godeau passe derrière la caméra et adapte au cinoche un bouquin autobiographique d'Hervé Chabalier, directeur de l'agence de presse Capa : Le dernier pour la route.
Une histoire d'alcoolisme, plus exactement l'histoire d'un homme qui réussit à sortir de son alcoolisme.
Le film est essentiellement centré sur la cure de désintoxication et l'aide que trouvera Hervé dans le "groupe" dont les membres, comme lui, essaient de sortir de cette spirale infernale. Avec plus ou moins de bonheur.
Pas très drôle comme sujet ?
Non, et pourtant le film est remarquable. François Cluzet y est pour quelque chose, c'est évident, comme tous les autres acteurs qui l'entourent.
Mais au-delà de ce remarquable jeu d'acteur(s), le film résonne étonnamment "juste" : pas une fausse note dans ce pourtant difficile numéro d'équilibriste.
Les pièges étaient nombreux et ils sont tous soigneusement évités par la scénariste Agnès de Sacy.
L'alcoolisme est encore un sujet tabou en France et ce livre et ce film ont le mérite de mettre le sujet en pleine lumière.
Sans complaisance (la "dérive" est à peine évoquée par quelques flash-backs), tout est fait pour amener le spectateur à suivre le cheminement d'Hervé, qui à son arrivée au centre commence par se demander, comme nous, dans quel genre de "secte" il est tombé.
L'accent est mis sur ces quelques semaines de cure et l'essentiel soutien que le "groupe" apporte à celui qui lutte contre ses démons, pied à pied, pour s'en sortir (pour sortir), jusqu'à sa réintégration dans la vraie vie, celle si difficile, du dehors.
Une belle leçon d'humanité (le combat autobiographique raconté par Hervé Chabalier) et de cinéma (l'adaptation qu'en ont tirée Philippe Godeau et Agnès de Sacy) pour faire connaître cette terrible maladie qu'est la toxico-dépendance.
Allez, encore un livre dans la PAL.

Pour celles et ceux qui aiment l'humaine vérité.
Un film accompagné par la Fondation Groupama-Gan pour le cinéma.
Rob a bien aimé.
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Lundi 7 septembre 2009
Cluny en parle
Mal de vivre |

Nos avis sont très partagés sur ce Non, ma fille tu n'iras pas danser du breton Christophe Honoré.
MAM s'est plutôt ennuyée, n'allant pas au ciné pour y retrouver les mêmes tourments que dans la vraie vie, en tout cas sans plus de perspectives. L'éloge de l'inconstance selon le breton.
BMR a, lui, plus apprécié, considérant que Honoré réalisait là un film plutôt honorable.
Avec d'abord quelques actrices qu'on aimerait voir plus souvent : Marie-Christine Barrault, la mère, avec ses yeux inoubliables, Marina Foïs, la soeur, avec sa voix et sa diction impayables, et bien sûr Chiara Mastroianni, avec ses longues jambes, une actrice que ses parents ne peuvent décidément pas renier.
Et de parents, il est justement question ici puisque nous voici dans une famille (et dans une maison de famille) comme tant d'autres, où chacun étouffe, où chacun s'étouffe.
Chiara n'arrive pas à trouver sa place dans la vie, rejette l'omnipotence de sa mère mais vient en vacances chez elle, passe d'ex en amant sous le mode je pars mais tu reviens, étouffe à son tour ses propres enfants qui ne lui laissent guère de répit, ... le mal de vivre incarné !
Le jeu de trois (belles) femmes (la mère et les deux soeurs) dont aucune ne semble tirer son épingle.
Chacun fait des plans pour remettre Chiara dans le droit chemin (il est d'ailleurs longuement question de la chanson Making plans for Nigel (XTC 1979) que l'on avait retrouvée avec la voix de Camille, on en parlait ici-même - on reparlera bientôt de Nouvelle Vague).
Le film oscille entre la maison de Bretagne et la vie parisienne et il est ponctué de deux belles légendes bretonnes dont l'une est mise en images à mi-parcours de manière curieuse (incongrue, dira MAM), façon office du tourisme et folklore local.
Cette histoire est celle de Katell Gollet (Catherine la Perdue) qui, préférant la danse et la fête aux rigueurs du mariage, promet à son père ou tuteur qu'elle épousera bien un garçon, certes, mais uniquement celui qui sera capable de la faire danser douze heures durant. La fête est organisée et Katell épuise les garçons du village, un à un, qui tombent littéralement morts de fatigue. Jusqu'à ce qu'un inconnu se présente, chaussé et botté de rouge, qui la fait danser tant et si bien que c'est elle qui se perd en enfer.
L'autre légende racontée dans le film (par la mère à ses petits-enfants) est celle d'une mère qui vend son enfant au diable en échange de richesses et plaisirs terrestres : elle aussi y perd tout, et son enfant et son âme.
Chiara Mastronianni est ainsi dans le film : incapable de choisir un homme, incapable d'assumer ses enfants, incapable de renoncer à sa liberté de choix, une liberté qui disparait évidemment lorsque le choix est fait ...
Le second titre du film est Vivez libre ... Le message d'Honoré est clair et inscrit en grosses lettres sur l'affiche !

Pour celles et ceux qui aiment la liberté de l'inconstance.
Benjamin en parle sur Playlist. Cuny également.
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Dimanche 6 septembre 2009
Quelques vidéos
Terminator en marionnettes |

C'est à l'occasion de la sortie de Là-haut que l'on vous avait parlé de la bande annonce de Numéro 9 qui semblait très prometteuse.
Depuis les critiques (sévères) avaient un peu refroidi nos enthousiasmes mais BMR n'a pas voulu laisser passer ce dessin animé sans lui laisser sa chance.
Prévenu, on ne fut pas vraiment déçu !
Le film tient les promesses graphiques de la bande annonce : l'univers décrit est très original, façon steampunk, avec des tonalités sombres et une grande unité d'ambiance.
Et bien sûr, les petites bestioles de toile, d'électricité, de bois et de métal (subtile alliance de matières) sont vraiment de belles trouvailles.
Après la fin du monde façon Terminator (la révolte des machines et tout et tout, air connu), ces petites bestioles semblent les seuls survivants et défendent leur "peau" à couteaux tirés avec une grosse machine ...
Malheureusement, l'histoire est un peu courte et les dialogues sont franchement d'une pauvreté effarante.
C'est bien dommage car on sent qu'on est passé pas loin de quelque chose ... l'idée graphique d'un univers original et homogène mais qui n'a pas su être mis en valeur par un scénario digne de ce nom.
Ce dessin animé de Shane Acker est, parait-il, tiré d'un court-métrage de 1995 : même avec le parrainage de Tim Burton, il s'avère qu'il n'y avait finalement pas de quoi faire plus long ...
Reste quelques belles images à découvrir comme ici (on vous conseille celle-ci avec les jumeaux dans la bibliothèque).

Pour celles et ceux qui aiment les belles images.
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Lundi 31 août 2009
D'autres avis sur Critico-Blog
La leçon de cinéma |

On craignait un peu que les critiques s'auto-congratulent devant le talent attendu de la coqueluche du box-office, mais non, Tarantino est vraiment en très grande forme.

Dès la musique du générique, avant même la première image, on jubile dans son fauteuil, retrouvant le cinéma de quand on était ado, regrettant presque de ne pas avoir acheté de pop-cornCandidat au best-of 2009 à l'entrée.

Ça démarre comme un western avec même une petite maison dans la prairie, mais une prairie de France, une France de carte postale (c'est un film US !), histoire de planter le décor de cette deuxième guerre : les juifs pourchassés par les affreux nazis.

Le deuxième chapitre met en piste les fameux Inglourious basterds, genre douze salopards : Brad Pitre campe une caricature d'américain à la Clark Gable, à l'accent chewing-gum impayable, à la tête de sa petite troupe de juifs parachutés en France au moment du débarquement et chargés de dégommer un max de nazis avant l'arrivée des troupes alliées (et récupérer leurs scalps pour rester dans l'ambiance western).

Le reste de l'intrigue se complique un peu et il faut un petit peu de temps pour tout mettre en place.

On renâcle un peu aussi à la mise en scène tragicomique d'Hitler ou Goebbels ... les ricains n'ont pas nos tabous européens.

Mais bon sang, ça valait le coup ! Quel film ! Ça décoiffe !

On rit, on jubile, on savoure, on se cache les yeux pour échapper aux détails trop gores ! Du grand cinoche.

Chaque chapitre est l'occasion de scènes d'anthologies, tracées à la pointe fine et réglées au millimètre.

Les dialogues sont époustouflants et plusieurs confrontations (y'a quand même des nazis et des gestapistes !) transmettent une tension extraordinaire alors que les personnages semblent rivaliser de sourires et de mondanités à l'écran !

C'est d'ailleurs un film à voir impérativement en VO : les jeux de langues entre le français, l'anglais et l'allemand, les jeux d'accents même, font partie intégrante de l'intrigue et des ressorts comiques ou dramatiques du film.

Belles prestations d'acteurs également puisque, outre Brad Pitt et son accent de l'ouest profond, on y croise la belle Mélanie Laurent (celle de Je vais bien ...) et l'impeccable et surprenant autrichien Christoph Waltz qui joue le rôle du vilain méchant capable des plus beaux sourires et de la plus grande affabilité en bonne société.

Tout le film est aussi un vibrant hommage au cinéma : bourré de références (des westerns spaghettis d'Ennio Morricone à Danielle Darrieux en passant par Leni Riefenstahl dont on parlait il y a peu) le film démontre tout simplement que l'on peut éviter la guerre grâce au cinéma, rien de moins !

On pourrait regretter que Tarantino semble réduire ici la seconde guerre mondiale à la chasse aux juifs par les nazis, c'est un peu court mais bon, c'était sa règle du jeu, ne boudons pas notre plaisir.


Pour celles et ceux qui aiment qu'on leur fasse du cinoche.
D'autres avis sur Critico-Blog.

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Dimanche 2 août 2009
D'autres avis sur Critico-Blog
Spirit of adventure |

Rarement film d'animation aura fait preuve d'un tel équilibre : Là-haut est vraiment une belle réussite.

On parle à dessein (animé) de film d'animation car on se croirait vraiment dans un vrai film : des paysages plus beaux que les vrais, autant d'émotion que dans une comédie, autant de palpitations que dans un james bond, autant d'humour que dans un ... dessin animé.

L'ambiance graphique du vieux monsieur et de sa maison volante vaut le déplacement (en ballon).

Le début du film raconte, avec une rare économie de mots, la vie émouvante du vieux monsieur bougon qui, depuis tout petit, rêvait de devenir explorateur en ballon dirigeable (le Spirit of adventure) sur les traces d'un aventurier célèbre disparu en Amérique du Sud. Toute sa vie défile en quelques minutes depuis son enfance et son mariage avec Ellie, une jolie rêveuse comme lui, jusqu'à la solitude du veuvage. La vie de ceux qui courent après leurs rêves sans jamais les réaliser.

Excédé par des promoteurs qui veulent le caser en maison de retraite pour raser sa maison, le vieux monsieur bougon gonfle des ballons (c'était sa profession : vendeur de ballons de baudruche) et décolle vers l'Amérique du Sud ... emportant à l'insu de son plein gré un jeune scout rondouillard qui veut absolument accomplir sa B.A. : rendre service à une personne âgée.

La mécanique de ce couple improbable (le vieux ronchon et le petit grassouillet) fonctionne à merveille et situations et dialogues sont tout sauf bébêtes : c'est parti pour l'Aventure, celle avec un grand A, celle de Jules Verne, celle du Spirit of Adventure, celle des rêves du vieux monsieur et de sa regrettée Ellie.

Le tandem improbable fera bien évidemment quelques rencontres impossibles : aventure(s) et humour sont au rendez-vous, on vous laisse la primeur des découvertes.

Vous pourrez lire ici ou là que la première partie du film (la rétrospective de la vie du vieux monsieur) est magnifique mais que la suite laisse plus à désirer : c'est vrai que le changement de ton est notable mais pour notre part à tous les trois on était impatients de décoller et on ne s'est pas ennuyés un seul instant, bien accrochés à nos fauteuils (une bonne partie du film se passe quand même ... là-haut !).

Une réussite bien plus aboutie que le récent Coraline.

Juste un petit regret pour la 3D qui, certes donne de la profondeur aux différents plans du dessin, mais sans plus : visiblement, producteurs et distributeurs ont trouvé là un filon pour extorquer 3€ de plus aux spectateurs.

Signes des temps vieillissants de nos sociétés modernes ? ici le vieil homme bougon qui ne veut pas de l'hospice et dans le dernier Miyazaki (Ponyo), le petit Sosuke qui fréquente le jardin d'enfants comme la maison de retraite voisine ...


Pour celles et ceux qui aiment l'esprit de l'aventure.
D'autres avis sur Critico-Blog.

Le site du film qui permet de composer soi-même son fond d'écran (super).

Au passage, ne manquez pas la bande annonce de Numéro 9, le film d'animation de Tim Burton et Shane Acker prévu pour août et dont la palette graphique, façon steampunk, semble très très prometteuse (ici aussi).
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